Le Libre Journal de la France Courtoise - n° 416 du 22 octobre 2007 - pp. 8 et 9
Un fou génial
Etonné d’être ami d’un banquier

J’ai connu Serge de Beketch en 1984/1985. J’étais directeur de clientèle au siège d’une grande banque qui avait historiquement une forte clientèle de "Pieds noirs" et de Maghrébins (aux comptes cachés en France). C’est l’époque où j’ai eu le plus de pouvoirs, sans m’en rendre vraiment compte. Je pouvais, en effet, accorder 4 millions de francs de crédits à une personne ou à une entreprise, dont deux millions "en blanc" (c’est-à-dire sans garantie hypothécaire). Trois "réseaux" m’apportaient les cas difficiles, c’est-à-dire ceux que les autres banquiers refusaient : les Pieds noirs souvent "cornaqués" par les Résistants de l’Algérie française, les Paras et les Nationaux. Je n’ai subi, à ma connaissance, aucun contentieux de leur part. Serge m’avait été adressé par ce dernier canal, Jean-Pierre Reveau peut-être.

Un jour de 1985 ou 86, je pense, Serge me demanda un rendez-vous. mais pas pour lui-même. Il me présenta la fille d’une personnalité connue de la famille nationale et me demanda de l’aider. Les difficultés de cette jeune fille étaient d’autant plus grandes qu’elle tenait impérativement à ne pas mêler Sa famille à ses problèmes. J’ouvris un compte avec un crédit que mes services mettraient en place et nous nous quittâmes. Cinq minutes après Serge remontait. Il avait laissé la jeune fille dans le très beau hall de la banque, sur un quelconque prétexte. Il me remit une somme qui correspondait à deux ou trois mensualités « Au cas où elle aurait à faire face à des problèmes de remboursement... Ne le lui dites pas ». Je crois avoir mémoire que c’était l’époque où il connaissait déjà lui-même quelques difficultés, après son départ de Minute.

J’ai quitté cette banque et n’ai plus eu ces pouvoirs de banquier prêteur. Nous ne nous rencontrions que dans le cadre de certaines réunions "politiquement peu correctes" et pour le tenir informé de certaines actions que je menais au titre des communautés "Pieds noirs" et Harkis, avec les Paras aussi. Ses difficultés financières étaient parfois grandes et je l’aidais du mieux que je pouvais, souvent à la suite d’un déjeuner dans un bistrot pas très loin de chez lui où nous vidions quelques verres. Entre-temps, j’étais devenu maire adjoint en Seine-Saint-Denis et constatais les gaspillages en faveur de populations chronophages. Devenu maire adjoint aux affaires sociales, je fus chargé de "distribuer" ! Cela lui donna prétexte a m’inviter à des émissions de Radio Courtoisie pour parler de l’immigration, notamment quand je publiai un document sur mon expérience de maire adjoint en 93. Immigration, mais aussi actions en faveur de la Mémoire de l’Algérie française furent mes premières interventions sur Radio Courtoisie, d’autres amis m’invitant à leur tour sur ces deux sujets : le Commandant Guillaume, Gérard Marin et Jean-Gilles Malliarakis, notamment.

Je m’étais un peu éloigné de Serge, je l’avoue, suite à la bataille de 1998 entre nationaux. Même si je lui gardais mon amitié, je lui en ai voulu, comme à d’autres journalistes amis, d’avoir dans un second temps, certes relativement court, semblé prendre parti. Je jugeais que nos journaux nationaux se devaient de se tenir à l’écart d’une guerre fratricide qui allait faire perdre des années au mouvement national. En fait, s’en remettra-t-il ? Je me désabonnai pendant un temps du Libre Journal, comme d’autres journaux et revues.

Puis en 2003, j’écrivis une lettre à Jean Ferré, avec copie à tous les chefs d’émission, pour les alerter quant aux dégâts que produisaient sur certains auditeurs les conseils financiers intempestifs et peu réfléchis que donnait l’un d’entre eux, depuis de longs mois, voire années. Serge de Beketch, comme le Crabe Tambour (qui n’aimait pas ce surnom qu il n’avait jamais porté), Gérard Marin et Jean-Gilles Malliarakis me proposèrent tous d’intervenir à l’une de leurs émissions, avec le même prétexte bien compris : « Je ne puis critiquer un autre chef d’émission, mais je t’ouvre la mienne pour corriger ».

C’est ainsi que vint certainement l’idée à Serge de me faire participer à ses émissions en tant que "conseiller financier indépendant".

De ces mois à Radio Courtoisie, je retiens d’abord le caractère généreux de Serge, celui qu’il m’avait démontré lors de nos premières rencontres. J’ai laissé entrevoir ses difficultés dues au renoncement d’une carrière plus en vue et surtout plus rémunératrice, si elle avait été politiquement correcte. Mais Serge était un "fou génial", comme on le dit des plus grands artistes, capitaines de guerre, conquérants, mécènes, inventeurs et bâtisseurs.

C’était aussi un "bordélique" pour ce qui ne concernait pas "son" sujet. Serge m’appelait souvent en début de semaine : « Ce serait bien de parler de tel sujet économique, de tel scandale financier, de tel rachat d’entreprise ». Je travaillais, car je ne suis pas un homme de médias et j’ai le handicap de retenir difficilement certains chiffres. Et je passais parfois toute une émission à attendre qu’il veuille bien me donner la parole, en vain souvent. Je pense que les émissions où j’ai dû me taire ont été les plus nombreuses, même si parfois j’arrivais à placer un bout de phrase pour un sujet qui n’était pas le mien. Combien d’écrivains, de politiques, d’historiens, de savants et de médecins, mais aussi parfois d’illuminés parmi ses invités ? Combien de fou-rires mal dissimulés par le Marquis, par Patrick Gofman et moi-même ! Combien de colères rentrées de mes deux nouveaux amis, le premier attendant de dire son extraordinaire et perfide rubrique people, le second de "vendre" Le Libre Journal dont il est le pilier essentiel aujourd’hui. Ma qualité de "petit nouveau", récemment autorisé à entrer au cénacle, ne me permettait pas de montrer mes énervements, d’autant que le petit dernier, Roboth, faisait preuve de la plus extrême courtoisie et de la plus grande patience, comme l’adorable Victoria, privée parfois de la lecture des messages d’auditeurs ou des petites annonces de fin d’émission. Mais ce temps volé à mon entreprise, deux à trois mercredis par mois, me permettait d’assister à un ballet médiatique, si ce n’est un opéra, maîtrisé par un excellent professionnel, malgré ses quintes de toux. Ses connaissances, sa culture sur des sujets aussi divers m’épataient, comme la facilité et l’enchaînement de ses questions, le coulé de ses interviews (pardon ! un euro dans la cagnotte). Mais ce sont surtout ses coups de gueule, ce courage, que ne peuvent déployer que des "fous géniaux" qui m’ont payés de ces heures, bien agréables par ailleurs, car j’ai très vite eu conscience d’appartenir à une équipe soudée.

Dernier point : Serge m’a toujours vouvoyé, comme moi en m’adressant à lui. Nous avions presque le même âge et quelques turpitudes communes m’auraient permis le tutoiement que j’ai facilement avec d’autres. Mais "il était quelqu’un" pour moi. Un maître, si je n’avais pas été sûr d’être incapable de suivre sa trace. Je pense que dans son cas, il me vouvoyait tout simplement parce que je l’étonnais de lui permettre de pouvoir se dire qu’il était ami d’un "banquier" ! Car il avait une haine véritable pour la finance et ses suppôts, dont je suis. D’où aussi ce désintérêt à préparer une retraite qu’il n aurait jamais prise, mais surtout à prendre des dispositions pour protéger les siens, Danièle bien sûr. Je n’en aurais pas parlé non plus si un appel n’avait été lancé sur les ondes de Radio Courtoisie et ne courait nos médias nationaux (presse et Internet). Quelques jours avant sa disparition, il me téléphona pour me demander « ce qu’il pouvait faire pour Danièle ? »

Je lui fis comprendre que c’était "difficile". Il paraissait bien tard pour épargner et trop tard pour une assurance décès, au vu de son état de santé. C’était aussi cela, Serge. Il me fit promettre alors d’aider Danièle. Bien informé de son état, je promis, mais sans vouloir accepter que nous en étions à son testament. Je crois avoir assisté le 12 octobre à une des plus belles messes, une de plus belles homélies de mon autre ami, le Père Argouarc’h, une des plus nombreuses et amicales assistances qu’il m’ait été donné de voir dans une église. Merci à toi Serge, merci pour moi et merci pour cette communauté des Dépatriés que je représentais parfois à ton émission.

Jean-Pierre Rondeau

Conseiller financier indépendant,
Président d’honneur des Anciens
du lycée Lamoricière d’Oran,
Président de Dépatriés,
Délégué Ile-de-France VERITAS,
membre de l’ADIMAD,
Vice-président de l’Amicale
des Anciens du 9e RCP

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