Le Libre Journal de la France Courtoise - n° 416 du 22 octobre 2007 - p. 15
Le journal des dames
par Marie-Claude Monchaux
Il était
bon

J’étais couchée depuis des mois dans cet hôpital avec des fiches de métal dans les os de la jambe, des tuyaux partout où l’on avait pu m’en mettre et une bonne septicémie par-dessus le marché. Scotchée à une sorte de réverbère qui me reliait aux perfusions... Ce n’était pas le comble de la détente physique ni morale. Et le téléphone sonna, et j’entendis la bonne voix de Serge de Beketch, gouailleuse et amicale, qui me disait avec ce ton de chaleur inimitable !

- Alors, on s’prélasse ?

Et j’étais secouée de ce fou-rire irrépressible que connaissent bien les petites filles à l’école. Comme il était gentil, Serge ! Quel ami sûr il était ! Je lui ai confié bien des peines et il avait toujours le mot qui apaisait et rassurait. Nous avons aussi beaucoup ri ensemble - de futilités en apparence, mais qui rassuraient notre amitié.

C’était un homme droit, juste et bon. Ceux qu’il fustigeait à la radio ou dans le L.J. hausseront les épaules, mais je le répète : il était bon. Pis : c’était un coeur d’or. Tous ceux qu’il a accueillis et consolés le savent bien. Il était révolté par l’injustice et ne se lassait pas de le répéter dans ses émissions ou ses articles.

Il avait la culture. Il avait l’intelligence acérée sans laquelle la culture n’est rien qu’un psittacisme. Il avait des colères saines et des rires d’enfant. Nous avons parfois, trop peu souvent, rompu le pain ensemble. Je l’avais connu à Minute où il m’avait fait entrer pour quelques articles mémorables, qui tournaient tous autour de l’enfance, des livres d’enfants surtout, ce refuge empoisonné de la bassesse, de la pornographie - de toutes les tares.

C’était un combat perdu d’avance, mais nous aurions eu honte de ne pas le mener. Nous y avons lutté ensemble et j’ai encore dans l’oreille la gouaille avec laquelle il lisait tout haut les passages les plus scabreux de cette littérature de bas étage qui se glisse dans les meilleures maisons d’édition.

- Ecoute ça, nous disions-nous et nous nous étonnions encore avec sincérité que des éditeurs aient le triste apanage de publier pour des enfants de huit ou dix ans des épisodes si révoltants que ceux que nous découvrions.

Il m’a soutenue dans le combat que j’ai mené contre l’avortement. Oh je n’y étais pas seule n’est-ce pas, Docteur Dor ? Je n’y étais pas seule, mais Serge m’offrait là encore une tribune où j’ai pu écrire tout ce qui m’étouffait. Certains lecteurs ont encore en mémoire "La Complainte du Docteur Dor" que Serge m’a fait la grâce de publier deux fois dans L.L.J.

Serge était révolté par cette boucherie quotidienne des avortoirs. Les chiffres des avortements sont terribles. Et bien sûr c’est gratuit. Il ne faut pas se lasser de le répéter. Les colonnes du L.J. m’ont toujours été offertes dans cette lutte. Ah la page 15 ! Merci, Serge, de m’avoir toujours donné la page 15.

Merci, Serge, pour votre chaleur, votre amitié sincère, parfois bourrue, toujours brûlante, toujours prête à soutenir les plus petits d’entre nous, ceux qui seraient peut-être devenus, si on les avait laissés vivre, des être de lumière - ou tout simplement des gens honnêtes. Merci pour tous les combats que vous avez menés en première ligne. Merci d’avoir été cet apôtre qui m’avez réconciliée avec le catholicisme. Merci d’avoir été vous-même un être de lumière pour tous ceux qui avaient perdu la clarté. Merci, Serge, d’avoir été cet homme qui combattiez les assassins de Mozart. Merci, Serge.

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