Le Libre Journal de la France Courtoise - n° 416 du 22 octobre 2007 - p. 18
Paroles d’amis
Hommage

Dans les années 60, lycéen je lisais le journal Pilote. Goscinny, Fred, Gébé, Brétécher : ces noms représentaient un univers inaccessible pour moi. Parmi eux, un personnage, qu’on voyait de temps en temps dans quelques vignettes et portraits de groupe, et dont le nom apparaissait à presque chaque numéro : c’était Serge. Premier lien avec lui.

Un peu plus tard, dans le milieu des années 70, militant dans les milieux solidaristes, j’apprenais que lui aussi (il se définissait comme "Royal Fasciste") en était. Deuxième lien.

Encore une petite dizaine d’années et c’était la naissance de Radio Courtoisie. Troisième lien. Je n’ai presque jamais raté une émission de Serge. Maintes fois, l’hiver, l’automne, j’ai marché en forêt en l’écoutant à l’heure où il n’y a plus personne. Quel que soit le sujet traité je l’écoutais avec satisfaction, sans jamais m’ennuyer, même quand les sujets abordés n’étaient pas a priori les miens. J’attendais toujours l’émission du mercredi soir comme une friandise, un peu défendue mais très bonne, venant d’un très bon pâtissier. Que ce soit dans la colère et l’indignation partagée, dans l’humour - parfois noir - (ses imitations du rap, un sujet qui me mettait dans les mêmes états de rage que lui, m’ont conduit aux frontières de l’apoplexie, mais par le rire). Ou bien dans l’interrogation bienveillante et pleine de curiosité humaine pour un auteur, ou un invité qui développait une théorie, ou une proposition hors normes, Serge avait la voix la plus radiophonique qui soit, une aisance et une fluidité verbale époustouflante. Je crois bien que cela s’appelle le talent. Je sais que beaucoup témoigneront dans le même sens : cette voix m’a accompagné pendant presque vingt ans, de 1987 ou 88 à 2007. Ce n’est pas rien. C’est même beaucoup.

Quant à sa plume, tout aussi aisée et jamais trempée dans un encrier tiède, d’autres en parleront mieux que moi.

En juillet dernier, j’ai eu envie de le voir et j’ai déjeuné avec lui. Je lui ai dit mon contentement, et aussi mon admiration, d’avoir en face de moi un croyant (je ne le suis pas, hélas) comme je les aime, et comme ils doivent être : intégrant dans leur foi rude et sans tiédeur le Maître du monde mais aussi le Diable, l’Enfer et le purgatoire. Il a eu un petit sourire et m’a juste dit : « Oui, c’est vrai, c’est comme ça, je n’ai pas d’explication, ça m’a été donné comme un cadeau. »

Je ne suis pas prêt de l’oublier.

Emmanuel Lévy
Sommaire - Haut de page