Le Libre Journal de la France Courtoise - n° 1 du 21 avril 1993 - p. 19
Un jour
24 avril 1792 - La Marseillaise

Le soir du 24 avril 1792, M. de Dietrich, le maire de Strasbourg, brûlant de patriotisme, pria l’un de ses hôtes, le capitaine Rouget de l’Isle, de composer un hymne en l’honneur de la déclaration de guerre au roi de Bohème et de Hongrie : Rouget regagna sa chambrette plein de fièvre tricolore, accorda son violon, « les paroles (vinrent) avec l’air, l’air vint avec les paroles », et, le soleil levé, le "Chant de guerre pour l’armée du Rhin", la future "Marseillaise", était né.

La belle anecdote ment...

D’abord, M. de Dietrich n’avait rien d’un boutefeu ; le brave homme était simplement un bon amphitryon, ainsi que le prouve une lettre qu’écrivit sa femme le 26 avril. « Comme tu sais, dit la mairesse à son frère, que nous recevons beaucoup et qu’il faut toujours inventer quelque chose, soit pour changer de conversation, soit pour traiter de sujets plus distrayants, mon mari a imaginé de faire composer un chant de circonstance (...) ».

Ensuite, loin d’obéir à une noble inspiration, le pauvre Rouget, sorte de Trissotin à baudrier, dut piller les uns et les autres afin de pouvoir aligner une grappée de vers et bâtir une partition. Ses vers ? Le traîne-sabre les transposa des phrases d’une affiche incendiaire dont le club sans-culotte de l’Auditoire avait inondé les murs strasbourgeois - « Aux armes, citoyens, l’étendard de la guerre est déployé ! », et cætera... - et de ceux du choeur de l’acte III d’"Athalie" de Racine : « J’entends même les cris des sauvages soldats (...). On égorge à la fois les enfants, les vieillards (...) », et cætera... Sa partition ? M. de l’Isle la trouva in extenso, dans le splendide oratorio "Esther" qu’entre 1775 et 1787 avait produit le maître de chapelle de la cathédrale de Saint-Omer, Jean-Baptiste-Lucien Grisons.

Rouget de l’Isle ou l’inventeur des histoires... marseillaises !

Jean Silve de Ventavon
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