Le Libre Journal de la France Courtoise - n° 3 du 11 mai 1993 - p. 11
L’Histoire à l’endroit
Kosovo, la Jérusalem serbe
par Bernard Lugan

Le Kosovo, coeur de la nation serbe, est aujourd’hui peuplé et colonisé par des Albanais musulmans qui y constituent entre 80 et 85 % de la population. Cette invasion démographique est le résultat d’une histoire complexe héritée des longs siècles de sanglante occupation turque.

Le Kosovo ou "Vieille Serbie" est le noyau constitutif de la nation serbe. Cette région, vaste comme deux départements français, a été occupée par les Turcs après la défaite serbe de Kosovo ou "Champ du Merle" En 1389, une stèle de marbre fut à l’époque érigée avec cette inscription :

« Homme qui marches sur la terre serbe, que tu sois étranger ou d’ici, qui que tu sois, lorsque tu viendras sur ce champ qui s’appelle Kosovo, partout tu verras les nombreux ossements des morts. Ici était jadis le grand prince Lazar, merveille du monde et fleur serbe, pilier inébranlable de la foi. Comme un bon berger et guide, il mena les agneaux spirituels pour souffrir dignement dans le Christ et recevoir le martyre de la couronne et participer à la gloire éternelle. »

Une immigration porteuse d’une religion non européenne ne peut que déboucher sur un conflit

Le Kosovo est un cas d’école et un exemple pour tous les peuples d’Europe. Il devrait faire prendre conscience aux plus naïfs qu’une immigration porteuse d’une religion ou d’une culture non européenne ne peut, hélas, que déboucher sur un conflit. En effet, au Kosovo, pilier spirituel de l’identité nationale serbe, ces derniers sont, aujourd’hui, une minorité quotidiennement menacée qui doit, pour survivre, abandonner sa terre à des envahisseurs qui s’y considèrent désormais chez eux.

Ne pas confondre nationalisme et nationalitarisme

Les Balkans constituent une poudrière qu’il convient d’approcher avec la plus grande prudence. Or, avec une légèreté irresponsable les Européens ont reconnu sans aucune précaution des Etats nés de la dislocation de l’artificielle Yougoslavie. Non que la reconnaissance de la Croatie ait été une erreur, mais le démocratisme a placé sur un même pied d’égalité des vieilles nations et d’autres qui, par le passé, n’avaient jamais existé. Confondant nationalisme et nationalitarisme, ces deux réalités si bien définies par Maurras, ils ont ,sur les décombres de la Yougoslavie reconnu la Bosnie et sont en passe de le faire pour la Macédoine et le Kosovo. La reconnaissance de la Bosnie a provoqué la guerre pour une simple et bonne raison qui est que les Croates et les Serbes, majoritaires dans de vastes zones de cet artificiel Etat, ne pouvaient évidemment pas accepter de devenir les citoyens d’un Etat musulman, qui plus est dirigé par un fondamentaliste. Au Kosovo, la situation est encore plus explosive car deux logiques s’y affrontent. D’un côté, les Serbes, appuyés sur leur histoire, démontrent que le Kosovo est leur Jérusalem dont ils ont été peu à peu chassés par des musulmans venus d’Albanie.

Des campagnes de presse particulièrement malhonnêtes

De l’autre, se cramponnant à la démographie et à la démocratie, ces mêmes envahisseurs devenus majoritaires demandent que leur soit reconnu le droit à l’autodétermination afin qu’ils puissent faire sécession de la Serbie, dont le Kosovo constitue une province, pour ensuite opérer leur rattachement à l’Albanie.

Un peu comme si, dans la région marseillaise, certains militaient pour la sécession là où les musulmans sont majoritaires avant de demander leur rattachement à l’Algérie.

La diabolisation de la Serbie interdit toute approche réaliste et honnête de la question du Kosovo tant la haine anti-Serbe a été nourrie, en Europe et aux USA, par des campagnes de presse particulièrement malhonnêtes. Dès lors, les Albanais du Kosovo n’ont plus qu’à attendre le meilleur moment pour décider de faire sécession afin de provoquer une inévitable réaction serbe. Celle-ci sera suivie d’une non moins inévitable indignation mondiale, les aboyeurs de presse demandant que l’on ne laisse pas les "tueurs" serbes recommencer au Kosovo ce que l’Occident a été incapable d’empêcher en Bosnie. Et c’est ainsi qu’un conflit majeur éclatera en Europe, car les Albanais, les Bulgares, les Grecs et les Turcs seront peu à peu conduits à intervenir militairement.

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