Le Libre Journal de la France Courtoise - n° 3 du 11 mai 1993 - p. 19
Un jour
6 mai 1758 - Lourde hérédité

C’est le 6 mai 1758 qu’en la bonne ville d’Arras Jacqueline Carraut, femme légitime de maître François Derobespierre ou de Robespierre, avocat au Conseil de l’Artois, donna naissance à son premier enfant ; on baptisa le bezot Maximilien.

Nulles ténèbres n’entourent la venue au monde de Maximilien de Robespierre ; à l’inverse, une ombre couvrirait, semble-t-il, les origines du criminel Incorruptible : selon les Artésiens de la cauchemardesque époque révolutionnaire, le bichon assassin eut pour aïeul Damiens, le valet illuminé qui avait poignardé Louis XV le 5 janvier 1757...

Quoique extravagante, l’histoire qu’au pied de la guillotine chuchotaient les habitants de la métropole marchande vaut d’être narrée. D’après ces braves gens, Damiens, mort écartelé, place de Grève à Paris, avait deux fils, Robert et Pierre, qu’un arrêt de justice contraignit à changer de patronyme. Les héritiers du frénétique lièrent alors leurs prénoms, et de la liaison sortit Robespierre... L’un disparut, accompagnant vraisemblablement le père et la mère de Damiens, misérables gueux bannis du Royaume ; l’autre vint fonder un foyer à Arras. Et, toujours suivant la rumeur populaire, les infortunes de Robert et de Pierre Damiens auraient fourni à Maximilien le sujet de la harangue qu’il prononça, jeune, devant les membres de l’Académie de Metz, harangue où le futur tyran stigmatisait la notion de culpabilité familiale.

Petit-fils de maître Derobespierre, « avocat pauvre et pauvre avocat », affilié à la loge Rose-Croix "Ecosse Jacobite", Maximilien de Robespierre était-il l’arrière-petit-fils de Damiens ? G. Lenôtre ne le pense point. A la question, Clio, elle, sourit, puis murmure : « Se non è vero, è ben trovato »...

Jean Silve de Ventavon
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