Le Libre Journal de la France Courtoise - n° 4 du 22 mai 1993 - p. 3
Editorial
Enfants de la patrie ?

En maintenant le "jus solis" (nationalité du lieu de naissance) contre le "jus sanguinis" (nationalité par le sang), la "droite" (?!) a, sans s’en aviser, censuré la Marseillaise. Plus d’ « enfants de la patrie ». Si, désormais, la carte d’identité délivrée à la demande fait de l’étranger né en France le concitoyen du Français de souche, elle ne fait pas pour autant de ces deux hommes des enfants de la même patrie.

Des compatriotes.

Ni le racisme ni la xénophobie ne dictent cette nuance. Elle est de nature étymologique et statistique.

L’étymologie enseigne que la patrie (patria) est la terre du père (pater).

La statistique montre (sondage Sofres/Nouvel-Obs des 6 et 7 mai) que, pour les jeunes de quinze à dix-sept ans nés en France de parents étrangers, le mot "patrie" évoque non pas la France mais le « pays d’origine de leurs parents ».

Le droit du sol est contraire à la notion de patrie.

Le droit du sang y est, en revanche, intimement lié.

Parce qu’il proclame que l’on est Français par le sang.

Le sang reçu ou le sang versé.

Fils d’un immigré mort pour la France, Français par le sang reçu et par le sang versé, je n’ai que mépris pour les profiteurs arrogants qui, mis au monde, nourris, éduqués (?) par la France, tiennent pour une humiliation de devoir demander la nationalité française.

Cette nationalité, mon père l’a acquittée de sa vie.

je l’ai, moi, échangée contre mes joies d’enfant en devenant orphelin, c’est-à-dire adulte, à l’âge de sept ans.

Ce baptême de sang a fait de moi le compatriote de Vercingétorix, de Villon, de Rabelais, d’Ambroise Paré, de Perrault, de Bayard et de du Guesclin, de Pasteur, de jules Verne, de la Petite Thérèse, de Maurras, de Mermoz, de Berlioz.

Et de nos rois.

La Loi républicaine peut me contraindre à être le concitoyen des Français de papier qui ne se baissent même pas pour ramasser une faveur pour laquelle, naguère, on mourait.

Elle n’en fera jamais mes compatriotes.

Serge de Beketch
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