Le Libre Journal de la France Courtoise - n° 4 du 22 mai 1993 - pp. 4 et 5
Nouvelles du Marigot
L’information sous contrôle du Nouvel Ordre Moral

Les armes et munitions modernes semblent décidément riches de ressources insoupçonnées... A peine a-t-on fini de ne pas nous expliquer le mystère de Ces deux douilles disparues du revolver qui tua Pierre Bérégovoy (voir Le Libre Journal n°3) que l’on dévoile à nos yeux stupéfaits un nouveau prodige : des balles qui percent la tête des gens sans faire couler la moindre goutte de sang !

On n’a pas pu, en effet, ne pas le remarquer en voyant les images diffusées à la télévision et les photographies publiées dans la presse quelques minutes à peine après l’assaut mortel du RAID, la "tanière" que le l’ogre de Neuilly s’était aménagée dans un coin de la classe de maternelle de l’école Commandant-Charcot ne présentait pas la plus petite trace sanglante, alors que, nous assurait-on, un homme venait de mourir là, abattu de trois balles en pleine tête par les super-policiers.

Les pompiers, ambulanciers, médecins des urgences et autres gardiens de la paix, à qui il est, hélas, trop souvent donné d’emmener des blessés de la tête après avoir pataugé dans les mares de sang que laissent toujours ces malheureux, partageront sans doute notre scepticisme quant aux circonstances de cette exécution par trop photogénique, telles que nous les rapportent les voix officielles et leurs relais médiatiques.

Que l’on ne nous taxe pas de paranoïa : pas plus que nous n’avons affirmé que la mort de Pierre Bérégovoy était un assassinat mais simplement un suicide particulièrement acrobatique - puisque, apparemment, le mort a eu le temps d’ôter les douilles du barillet après avoir tiré à deux reprises, dont une dans sa tempe - pas plus nous ne prétendons qu’Eric Schmitt a finalement obtenu ce qu’il voulait et a pu disparaître à la faveur d’une fausse exécution que lui-même avait imaginée dans son plan diabolique et informatisé.

Aucune trace de sang

Nous attendons simplement, et avec toute la bonne volonté du monde, que l’on nous explique comment on a fait disparaître, dans les minutes qui ont suivi l’assaut, jusqu’à la moindre trace de cet événement sanglant pour ne donner à filmer et à photographier aux journalistes mandés sur les lieux qu’une paire de matelas immaculés, posés sur un carrelage impeccable entre des étagères proprettes.

Une fois digérée la glose surabondante et fortement teintée de psychanalyse pour magazine féminin qu’a suscitée ce fait divers, on reste abasourdi devant l’attitude de plat conformisme, de crédulité servile et de prosternation devant les "vérités officielles" dont la presse écrite aussi bien qu’audiovisuelle a fait montre à cette occasion.

Il y a d’ailleurs quelque chose de pitoyablement comique dans le concert d’autosatisfaction entonné par les journalistes au lendemain de l’épilogue sur le thème "J’en savais plus que tous mes confrères mais j’en ai dit beaucoup moins".

C’est Rohert Namias, directeur de la rédaction de TF1, qui plastronne : « Dès vendredi, nous connaissions le plan du RAID. Nous savions qu’ils allaient accepter de le laisser sortir avec des parents et un enfant mais que les parents seraient en réalité des policiers, mais nous n’avons rien dit ».

Et cette confession : « Nous pensions qu’il allait nous demander de diffuser une interview, je m’en suis remis aux politiques, c’est la seule fois ».

C’est Gérard Sébag, rédacteur en chef de F2, qui lâche cet aveu mémorable dans la bouche d’un patron de l’information sur une chaîne d’état : « On a simplement été encore plus prudent que d’habitude »...

C’est Pascal Delannoy, directeur de l’information sur France-Info, qui, appelé par Pasqua, transmet les directives du ministre de l’Intérieur à ses journalistes : « Tout doit rester calme ».

C’est enfin, résumant tout, le secret confié par Jean-Pierre Joulin, directeur de l’information d’Europe 1 : « Nous n’avons rien dit ».

Evidemment, on peut comprendre cette prudence dans le contexte périlleux de l’événement. Encore qu’il aurait été plus honnête de dire tout simplement : "En raison du danger, nous ne transmettrons aucune information, aucune image avant le dénouement de cette affaire". Cela nous aurait au moins épargné le ballet grotesque de ces "reporters" se succédant devant les caméras et les micros pour expliquer qu’ils ne voyaient rien, ne savaient rien et n’avaient par conséquent rien à dire sinon pour célébrer le courage admirable de l’institutrice-otage dont on se demande bien comment la presse a pu en avoir connaissance puisque, justement, elle n’était informée de rien.

Le "quatrième pouvoir" Sans blague ?

Que l’on nous comprenne bien : nous ne mettons pas une seconde en question l’héroïsme des protagonistes de cette affaire.

Nous nous étonnons simplement de constater qu’au même moment toutes les radios, toutes les télévisions, tous les journaux ont entonné d’une même voix le même hymne sous la direction évidente du ministre de l’Intérieur.

On remarque que cette absence non pas de scepticisme mais de simple curiosité avait déjà présidé à tous les articles qui suivirent le pourtant fort étrange suicide de Pierre Bérégovoy.

Ainsi, la démonstration a été faite, deux fois en quinze jours, du degré d’asservissement de cette presse que l’on a appelée, sans blague ? le "quatrième pouvoir".

En état de démence

Conformisme, incuriosité, prosternation, autocensure, abdication de toute liberté d’esprit et de critique, les journalistes français se sont comportés, face à ces deux drames qui ont secoué la conscience nationale, comme les journalistes américains face à la tragédie de Waco.

Comment expliquer, par exemple, qu’aux Etats-Unis personne, absolument personne ne se soit simplement interrogé sur le bien-fondé du massacre de quatre-vingt-dix dingues mystiques, au simple motif qu’ils étaient soupçonnés de détenir des armes prohibées ?

Comment comprendre qu’en France pas une de nos belles âmes, pas une de nos hautes autorités morales, pas le moindre évêque (d’ordinaire si prompts à bêler au nom de la Paix, de la Fraternité humaine et du Pardon) n’ait émis la moindre réserve sur la façon dont on a revolverisé un fou avéré (le diagnostic est de Pasqua et Sarkozy), c’est-a-dire un homme qui, au terme de l’article 64 du code pénal, est à l’abri de toute sanction judiciaire en raison "de son état de démence au moment des faits".

La véritable question qu’a posée l’affaire de la maternelle Commandant-Charcot n’est pas, comme on veut nous le faire croire, celle de la sécurité en milieu scolaire.

On sait depuis longtemps, sinon à Neuilly Saint-James, du moins à la Courneuve, que les gosses sont en danger à l’école : danger moral, danger spirituel, danger physique et même danger intellectuel.

Le Nouvel Ordre Moral

La vraie question n’est même pas celle de cette "nouvelle délinquance" qui, nous dit-on, n’a même plus le respect de la vie des enfants au point de vouloir l’échanger contre de l’argent ; ce qui, comme le soulignait Présent, est une remarque assez indécente dans un pays où l’on immole au confort quotidien deux cent cinquante mille bébés par an.

Non, la vraie question est celle de la prétendue information sous contrôle du Nouvel Ordre Moral : A quoi sert-elle ?

Et surtout : Qui sert-elle ?

Serge de Beketch
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