Le Libre Journal de la France Courtoise - n° 4 du 22 mai 1993 - p. 19
Un jour
24 mai 1920 - ... Il avait les pieds propres !

5 heures 30 du matin, le 24 mai 1920. Le train transportant à Montbrison le président de la République Paul Deschanel fait halte en la gare de Saint-Germain-des-Fossés : on remet à M. Bourdaille, commissaire des voyages officiels, cet étrange câble : « Un homme se disant M. Deschanel est tombé du train présidentiel au kilomètre 110.900 ».

M. bourdaille avait eu pour la première fois connaissance du petit bleu à 3 heures 45 en gare de Nevers, pour la deuxième fois à 4 heures 58 en gare de Moulins, et ne s’en était guère ému tant le texte paraissait absurde. Maintenant, un peu inquiet, il estime bon de réveiller le ministre de l’Intérieur, M. Steeg. M. Steeg va toquer à l’huis du compartiment qu’occupe le président... Personne n’ouvre... Troublé, le ministre tourne la poignée de la porte, franchit le seuil... M. Deschanel n’est point là. M. Deschanel n’est nulle part dans le chemin de fer !

L’affaire, drame et farce, était simple. A 3 heures/3 heures 15, le poseur de rails André Randeau avait vu jaillir de la nuit un individu vêtu d’un pyjama. L’inconnu dit à l’ouvrier : « Je vais vous étonner, mon ami, je suis le président de la République », et Randeau, abasourdi, l’avait mené chez les Dariot, un couple de gardes-barrière. « Je voyais bien que c’était un monsieur, expliquera la femme ; il avait les pieds propres. » Incroyable ! Au sous-préfet Lenoir, que les Dariot avaient vite averti des événements et qui était accouru sur les lieux, M. Deschanel avouera : « J’ai un trou complet de mémoire entre le moment où j’ai ouvert la porte de mon compartiment et le moment où je me suis réveillé ici. »

Paul Deschanel démissionna de sa charge le 21 septembre 1920. Il montrait de fréquents « signes d’agitation probablement maladive ».

Jean Silve de Ventavon
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