Le Libre Journal de la France Courtoise - n° 4 du 22 mai 1993 - p. 24
Histoire de France
Dagobert, le refoulé
par Aramis

Eugen Donaushingen, théologien et psychanalyste, nous interpelle aujourd’hui. Présidant le collectif oecuménique pour le divorce des prêtres, il écrit : « Doux Jésus, votre Histoire de France s’inscrit véritablement dans notre combat pour des solutions humaines dont l’essence est profondément évangélique. Mais, en omettant toute référence au baptême de Clovis par l’évêque Rémi, vous négligez un élément fondamental et puissamment signifiant de l’incitation à la haine raciale ». En revanche, cela n’a pas échappé à M. Jean Khan, président du CRIF, qui, avec le courage qui est le sien, a relevé « la perversité de ce symbole d’enracinement de la France dans la spiritualité chrétienne »(1). Nous adressons au père Donaushingen nos excuses les plus plates pour cette lacune incroyable. Qu’il soit ici remercié, car il nous convie à vivre une expérience concrète d’écoute et de partage de la parole, de mise en commun de vie de prières et de célébration à partir de laquelle nous prendrons des décisions pour l’avenir. Ajoutons qu’on ne lit jamais sans émotion les écrits et discours de la vie concrète de la communauté de ceux qui, comme Eugen Donaushingen, n’ont d’autre obsession qu’une prédication enthousiaste de l’évangile par la parole et par la manière d’être ensemble.

H. Plumeau et R. Jacob


(1) authentique
***

A la mort de Clovis, le roi des menteurs, ses fils se partagèrent son royaume. L’exonération des droits étant totale à l’époque, cette succession s’inscrivit dans la logique du capitalisme sauvage. De sanglantes querelles éclatèrent, dans lesquelles presque tous les descendants de Clovis périrent. Ces disputes mérovingiennes auraient pu être évitées par des mesures d’intégration et de solidarité. Car si le droit du sol avait été généralisé, le violent débat à propos des anciens et des nouveaux Francs n’aurait pu trouver sa raison d’être. De même pour la fiscalité, que l’on pouvait rendre attractive et incitative en limitant l’enveloppe globale à la succession à 600 000 Francs. Ce qui était facile compte tenu de la faiblesse du taux de la population du royaume de Clovis. Ces dispositions de bon sens n’effleurèrent pas un seul instant ces héritiers imbus de leur suffisance de classe. La légende prétend que tous ne furent pas des tyrans assoiffés de sang car il y eu l’exception Dagobert. Cette contre-vérité fut colportée encore récemment sous forme d’une chanson enfantine. Mais comment porter un quelconque crédit à ce bourrage de crânes destiné à de petits êtres innocents et faibles ?

L’analyse sémantique pulvérise cet indigent discours. En affirmant de façon péremptoire : « C’est le roi Dagobert qu’a mis sa culotte à l’envers. Le bon saint Eloi lui dit : O mon roi, il faut la remettre à l’endroit », on échappe à la rigueur dialectique la plus élémentaire. Rien ne démontre, preuve à l’appui, que saint Eloi fut bon. Doit-on ensuite accorder à Dagobert une capacité réelle à gouverner dans ces conditions ? D’aucuns s’accordent à défendre ce souverain en affirmant qu’il était très myope. Piètre argument digne de l’école faurissonienne. Mais alors, que faisait cet évêque dans sa chambre ? A cet instant précis des interrogations, Freud nous dévoile les inhibitions profondes que provoque la bigoterie la plus insensée : « L’inversion vestimentaire chez Dagobert n’est que l’expulsion de son refoulement sexuel » (in Talmud et gri-gri, Wien Verlag, 1867). Tout ceci met en lumière les méfaits de l’ordre moral générateur de mauvais goût. Il suffisait, en effet, que Dagobert et Eloi acceptent d’assumer consciemment leur différence, en toute simplicité, pour entrer dignement dans la postérité. Dès lors, à aucun moment il n’aurait été fait d’allusion moqueuse à leurs penchants naturels. Dagobert aurait sans doute abandonné sa culotte rugueuse offerte par saint Eloi pour un slip molletonné tricoté par saint Laurent. Et la face du monde en eût été changée.

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