Le Libre Journal de la France Courtoise - n° 5 du 2 juin 1993 - p. 24
Histoire de France
Suivez le boeuf
par Aramis

Lorsqu’à la fin du XIXe siècle, l’anglais Charles Darwin développa la théorie de l’évolution des espèces, il ne se doutait pas qu’un siècle plus tard, le tunnel sous la Manche étant percé, c’est en France que se révélerait au grand jour la justesse de ses analyses. En France où, rappelons-le, on célèbre avec faste le vingt-cinquième anniversaire de mai 1968.

Or, c’est au cours de ce dernier quart de siècle que la mutation extraordinaire s’est produite. Rien pourtant, en apparence, ne laissait présager une telle transformation. Examinons les choses objectivement. Qu’observons-nous ? En premier lieu que les grands piliers fondateurs de la République sont toujours en place. Mieux : qu’ils se sont confortés à l’image du tiercé devenu au fil des ans quarté puis quinté plus. Tout est intact : Charles Trenet, la Coupe d’Europe des clubs champions ou encore Guy Bedos et le souvenir de Jean Moulin. Pourtant l’EVOLUTION s’est produite ! Dans son édition du 26 mai, "France-Soir" en relevait la teneur, sur toute la largeur de sa première page : "Nous sommes tous des Marseillais !" Un bouleversement considérable auquel la forte personnalité de Basile Boli n’est pas étrangère puisque, vingt-cinq ans plus tôt, avec Daniel Cohn-Bendit "nous étions tous des juifs allemands". Que de chemin parcouru en si peu de temps !

H. Plumeau et R. Jacob

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Dagobert le "refoulé" disparu, le pouvoir échoit à des princes particulièrement visionnaires et avant-gardistes. Leur ambition, que l’on pourrait presque qualifier de pré-pompidolienne, était de développer les moyens de transport individuels. Ils estimaient sans nul doute que le bonheur de leurs contemporains pouvait se quantifier avec l’évolution du parc bovidomobile. "Les Francs sont heureux, ils possèdent 1,34 chars à boeufs par ménage !" affirmaient alors les experts les plus performants. Parallèlement à cette extension des moyens de transport, ils instillèrent une notion nouvelle dans la pratique de ceux-ci : le confort. C’est ainsi qu’apparurent des équipements tous plus luxueux les uns que les autres, précurseurs du cocooning des sociétés modernes : banquettes rabattables, oreillers en plume, traversins et matelas moelleux qui assuraient de surcroît un gain non négligeable en matière de sécurité, à l’image de nos airbags. Ce choix économico-politique se fondait sur l’exaltation des libertés. Liberté individuelle, bien entendu, et liberté de déplacement sans lesquelles il n’y a pas de système véritablement démocratique. L’accession à un monde de perpétuelle villégiature n’était pas, cependant, du goût d’une droite extrémiste et fâchisante arc-boutée à des non-valeurs autoritaires comme l’enracinement. Pour combattre le droit au loisir et à la libre-circulation, ils employèrent les moyens les plus vils, taxant ceux du voyage de voleurs de poules et de rois fainéants. Force est de reconnaître qu’à bord de leurs chars à boeufs, ces princes avaient une activité économique quasi nulle. A leur décharge, l’absence de radio-guidage, la faible densité de l’état du réseau routier ne favorisant pas la productivité. Même si, pendant les étapes, certains d’entre eux tentèrent de relancer l’artisanat et les petits boulots. Mais la demande en rempaillage de chaises et lecture des lignes de la mains n’était pas, hélas, suffisante, les paysans étant par nature méfiants et jaloux. La situation se dégrada lentement (deux kilomètres/heure selon les experts). Jusqu’au jour où, éloignés des centres de décision (et pour cause), les maires firent une révolution de palais. C’est ainsi que les Mérovingiens disparurent. On les enferma dans des couvents après leur avoir coupé les cheveux. Avaient-ils couché avec les Allemands pour mériter un tel sort ? Assurément non. Inventeur du premier véhicule entièrement écologique, précurseur du club de Rome et du mouvement hippy, l’exemple mérovingien, s’il avait été poursuivi, nous aurait évité le trou dans la couche d’ozone.

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