Le Libre Journal de la France Courtoise - n° 6 du 12 juin 1993 - p. 18
Le Voyageur errant
La danse du roi
par Nicolas Bonnal

Six mois passés en Asie m’ont convaincu : il est possible de sauver la France et l’Occident, et le plus simplement du monde, sans avoir recours à d’extraordinaires mesures. La simple observation de sociétés encore marquées par le sceau de leur tradition - et qui ne peuvent être que non chrétiennes, puisqu’il ne subsiste plus aucune société chrétienne traditionnelle de par le monde - suffit à comprendre ce qu’il faudrait tenter de faire pour sauver notre France.

Solaire, guerrière et magique

Le premier fait qui me vient à l’esprit s’est déroulé en Inde ; il s’agit d’une simple danse dans un hôtel occupé par les familles aisées venues du Gujarat. Cette danse - à laquelle participe toute la famille - est dite danse des bâtons, Danda. Deux rondes de danseurs se superposent, se mouvant en sens inverse ; chaque danseur est armé de deux bâtons qui se heurtent avant de s’entrechoquer avec les bâtons d’un autre danseur. La chorégraphie est hautement symbolique : le bâton est en Inde le Signe de la connaissance et de la puissance ; et le seigneur des bâtons était le nom donné dans l’Inde aryenne au commandeur des armées. Solaire (la ronde s’effectue autour d’un feu), guerrière, magique, Voilà l’occupation de familles bourgeoises de l’Inde moderne.

Le deuxième fait sera plus bref : un touriste allemand - nous sommes en Thaïlande - éructant dans un bureau de poste, laisse tomber une enveloppe qu’il recouvre de son pied. Alertée, la foule menace de le lyncher ; arrêté, notre touriste est condamné à deux ans de prison : il a piétiné l’effigie du roi sur le timbre-poste.

L’Inde comme la Thaïlande connaissent une prospérité sans égale dans leur histoire ; et ce, sans sacrifier rien de leur civilisation, de leur caractère ancestral. Ces derniers sont perçus non comme des obstacles mais comme des conditions nécessaires de l’épanouissement des peuples de ces pays. Le plus étonnant est que le réseau de contraintes qui semble constituer la trame de ces pays aboutit en realité à une harmonie générale. En six mois de présence en Asie, je n’ai pas entendu un enfant pleurer, fût-ce dans le bus qui m’amenait dans les Himalayas ; même les animaux en liberté sont plus confiants, puisque jamais menacés dans ces pays dignes de l’Ombrie de saint François ; les chiens n’aboient pas, ne montrent pas les crocs, épargnant même les chats ; on croit redécouvrir, en fait, l’ancienne France, celle qu’évoque Bernanos dans son oeuvre, celle d’avant l’intrusion de la démocratie dans notre pauvre histoire. Il est vrai que la démocratie est apparue au moment où la paysannerie disparaissait en France, et que les pays dont je parle sont peuplés pour les trois-quarts de paysans, les rares urbains qui y vivent venant presque tous de la brousse ou la jungle. L’homme relié ne peut être par définition qu’un homme de la terre, cette terre que jadis on unissait au ciel.

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