Le Libre Journal de la France Courtoise - n° 6 du 12 juin 1993 - p. 22
Un jour
16 juin 1635 - Le flibustier Le Grand

L’exploit qu’accomplit le flibustier Pierre Le Grand le 16 juin 1635 est rarement évoqué. Il fut pourtant inouï... Ce jour-là, la vigie du lougre sur lequel Le Grand et ses vingt-huit matelots parcouraient depuis des mois la mer des Caraïbes signala un vaisseau espagnol voguant à tribord. Le Grand n’hésita guère. « Mes gaillards, déclara-t-il froid et souriant aux Vingt-Huit, préparez-vous à l’abordage ! » L’unité de Philippe V, le terrible rival de Louis XVIII, était forte de plusieurs centaines de Basques, de Galiciens, de Catalans, d’Asturiens et de cinquante caronades ; la coquille de noix des Frères-de-la-Côte ne possédait que trois bouches-à-feu... Le chasse-marée de Pierre fit aussitôt voile vers le nouveau monstre flottant. Même lorsqu’ « il colla comme un insecte à leur coque », les gens du galion ne s’en inquiétèrent point. L’un d’eux jeta seulement à Le Grand, bien droit à la proue du petit navire : « Que voulez-vous ? » Pour toute réponse, le Normand hurla : « Vive le Roi ! » ; et, suivi de ses lurons les armes à la main, l’intrépide escalada les flancs du gros bateau tandis qu’explosait le lougre qu’il avait donné l’ordre de saborder afin d’interdire la retraite à son groupe de braves. A présent, Pierre, le pistolet agressif, grondait au capitaine ennemi : « La soute à poudre est à nous ! Rendez-vous ou allez en Enfer ! » L’hidalgo crut le crâne menteur et, blême, renonça au combat avant de l’avoir entrepris. Le Grand avait enlevé la "capitane" de la fameuse armada de Sa Majesté catholique. Elle transportait un vice-amiral et une profusion de joyaux, d’or, d’argent, trésor qui permit à Pierre et à chacun des Vingt-Huit de jouir d’une existence de prince jusqu’à leur mort.

Jean Silve de Ventavon
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