Le Libre Journal de la France Courtoise - n° 7 du 23 juin 1993 - pp. 14 et 15
Les Provinciales
Pierre Pujo et Mayotte la Française
par Anne Bernet

Chacun sait les Français peu doués pour la géographie. Quoi d’étonnant, alors, à ce qu’au temps de leur grandeur coloniale ils n’aient pas eu une vision très nette des joyaux qu’ils possédaient ? Quoi d’étonnant, aussi, à ce qu’ils s’en soient laissés dépouiller avec tant de facilité ? Le dépeçage de notre empire se fit avec tant d’aisance qu’il n’aurait pas dû rester la moindre parcelle de notre outre-mer. Lorsque Giscard arriva au pouvoir en 1974, tout acquis à cette absurdité qu’est le prétendu "sens de l’histoire", il entendait bien terminer le grand bradage gaulliste. C’est alors qu’un caillou perdu dans l’océan Indien vint se mettre en travers de ses projets ; un caillou si insignifiant que 99 % des Français n’en avaient jamais entendu parler : une petite île du nom de Mayotte.

Le 13 juin, Mayotte aura célébré le cent cinquantenaire de son rattachement à la France. Il s’en est fallu de très peu que cet anniversaire n’ait aucune raison d’être, sans l’obstination de sa population, sans la fidélité courageuse des Mahorais, et sans le dévouement d’une poignée de métropolitains qu’avait bouleversé tant d’amour envers une mère-patrie qui jouait à la marâtre, Mayotte ne serait plus française depuis longtemps.

Pierre Pujo, qui fut dès le début à la tête du combat pour le maintien de l’île dans la communauté nationale, se fait, tout naturellement, l’historien, le chantre et le témoin de cette province du bout du monde qu’il a contribué à nous sauvegarder.

La tutelle française : un indéniable bonheur

La Révolution et les guerres napoléoniennes nous auront coûté très cher.

Et d’abord cette incontestable suprématie internationale qui était la nôtre sous le règne de Louis XVI. La France émerge de ces vingt-cinq ans de désastre à genoux : saignée à blanc, ruinée et réduite à l’Hexagone, encore celui-ci est-il abondamment amputé... Louis XVIII, Charles X et Louis-Philippe vont oeuvrer en authentiques Capétiens pour réparer tout cela. C’est dans cet état d’esprit, et pour damer le pion à une Angleterre victorieuse et envahissante, qu’ils poursuivent une politique coloniale. Or, bien loin d’apparaître comme un mal, la tutelle française représente un indéniable bonheur pour certains petits peuples. Voilà précisément ce que pense, vers 1840, le sultan Andriantsouli. Ce prince malgache a été dépossédé de ses terres à Madagascar ; il s’est réfugié dans l’archipel des Comores, ces "îles de la Lune", comme les ont baptisées les navigateurs arabes.

Il donne son royaume à la France

Mais les Comores sont en conflit perpétuel les unes contre les autres, et le malheureux Andriantsouli, roitelet dérisoire de la plus minuscule d’entre elles, Mayotte, est à la merci de ses voisins plus puissants et agressifs. Car Mayotte est fertile et sa population, même si les habitants d’Anjouan la prétendent peu laborieuse, est aisée à réduire en esclavage... Victimes de raids ennemis, massacrés, les Mahorais souffrent et tremblent. Le jour où une gabare française, "La Prévoyante", accoste dans île, Andriantsouli se jette dans les bras du capitaine et déclare qu’il donne son royaume au roi de France. Ainsi Mayotte devient-elle française.

Français pour être libres !

Mayotte a des charmes exotiques, que Pierre Pujo évoque : « Le climat et la végétation sont ceux d’un pays tropical.

La chaleur y est tempérée durant l’hiver austral par les alizés qui soufflent de l’est. L’ylang-ylang, plante à parfums, le girofle, la vanille, le poivre sont les principales cultures ».

Outre cette charmante énumération qui rappelle que l’île de France chère à Bernardin de Saint-Pierre n’est pas très lointaine, Mayotte, bien située par rapport au canal de Mozambique, a une situation stratégique qu’il faudrait être aveugle pour mésestimer. Voilà précisément quelle est l’île que Valéry Giscard d’Estaing s’apprête à larguer en l’an de grâce 1974... Pour la simple raison que les Comores désirent leur indépendance. Toutes les Comores ? Non, justement ! Vassalisée, esclavagée, massacrée, torturée aussi longtemps qu’elle a été sous la domination de ses voisines, qui ne parlent pas la même langue et n’appartiennent pas aux mêmes ethnies, la population mahoraise, qui s’est jadis donnée à la France pour leur échapper, refuse de retomber sous leur coupe.

Ces pauvres gens résument leur point de vue du plus paradoxal des slogans : « Nous voulons rester français pour être libres ! »...

Brimades et vexations

Scandale entre les scandales ! Des colonisés qui s’accrochent à leurs colonisateurs !!! Dans les sphères gouvernementales, quelques belles consciences tentent de raisonner ces imbéciles qui n’ont rien compris : noirs et musulmans, comment diantre pourraient-ils bien être français ?! Qu’ils soient contents ou pas, la France ne veut plus d’eux. Point final ! Et, histoire de les dégoûter, les autorités françaises les livrent à l’administration comorienne sur le point d’être indépendante... Les Mahorais connaissent alors une période de brimades et de vexations, de violences et d’emprisonnements arbitraires d’autant plus scandaleuse qu’ils sont touours citoyens Français, comme, d’ailleurs, leurs persécuteurs...

Le sens de l’honneur

Ce que les Mahorais comprennent, c’est ce qui les attend si la métropole les abandonne vraiment : un génocide, ni plus ni moins...

Ils crient au secours comme des désespérés... Mais que peuvent-ils attendre ? N’a-t-on pas semblablement abandonné les catholiques indochinois, les harkis et quelques autres martyrs ? Les quarante mile Mahorais connaîtront le même sort tragique et injuste... Et voilà tout !

C’est alors que quelques métropolitains refusent d’être complices de ce lâchage qui risque de se terminer en massacre. Sans y croire d’abord, mais par sens du devoir et de l’honneur, de l’Action française au Parti socialiste, en passant par toutes les tendances politiques, des hommes soucieux de l’intérêt national se dressent, entament, avec des moyens dérisoires, une campagne de presse et d’opinion.

Mayotte restera française

Le gouvernement comptait perpétrer son mauvais coup dans l’ombre et dans l’indifférence générale : c’est raté ! Soutenus par les Réunionnais, les Martiniquais et les Guadeloupéens, qui voient dans le sort de Mayotte la préfiguration du leur, défendus par des amis têtus et décidés, les Mahorais font face à une république déshonnête qui ne recule devant aucun procédé.

Et ils gagnent la partie... Mayotte restera française.

Pierre Pujo fait le récit de ce combat dont il est fier, et à juste raison.

Un petit morceau de France

Mais, surtout, il évoque cette île et ce peuple si méconnus. La beauté des paysages, les possibilités de développement, il dit tout cela. Et puis, la gentillesse des Mahorais, leur foi, si rare aujourd’hui, en la France. Leur amour pour elle, pour sa gloire, pour ses traditions, pour sa langue.

Ce petit morceau de France original, avec ses coutumes ; cet islam adouci, où la femme tient une place prépondérante, où elle est propriétaire du domicile conjugal puisqu’elle y vit et y élève les enfants.

Cette femme mahoraise qui fut en première ligne dans le combat pour rester français.

Pour que cette histoire d’amour et de fidélité ne soit pas à sens unique, il faut lire Pierre Pujo ; et grâce à lui, découvrir enfin Mayotte la Française.


"Mayotte la Française", Editions France-Empire. 110 Frs
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