Le Libre Journal de la France Courtoise - n° 8 du 4 juillet 1993 - p. 22
Le Voyageur errant
Les belles aryennes
par Nicolas Bonnal

L’Inde est le pays de la splendeur féminine. Il y a peu de civilisations, à part la chrétienne, qui ont à ce point encensé et célébré la figure de la féminité. Mais, alors qu’en Europe les belles dames du temps jadis ont laissé la place aux ménagères et "bunnies" de Play Boy, l’Inde a su préserver le respect dû à la femme, sans lequel, disait Tchekhov, nous ne sommes plus rien, y compris et surtout même sur le plan moral. Ce qui distingue en premier la femme indienne est la noblesse de son maintien et la splendeur de sa tenue vestimentaire. On se croit revenu, dans la rue ou n’importe quel restaurant, à l’époque de notre Moyen Age. C’est que toute femme est en Inde une déesse potentielle. Le panthéon indien fourmille de divinités féminines, manifestation constamment renouvelée de la vénération dont jouissent les femmes dans le subconscient indien. J’ai vu de jeunes sikhs dans un train, alors qu’ils allaient quitter non pas leur mère mais leur tante, ne cesser d’exprimer leur respect pour cette femme aux pieds de laquelle ils s’agenouillent pour baiser le sari. On est loin, très loin du manque incroyable de respect des "jeunes" d’aujourd’hui à l’égard des parents, irrespect d’autant plus répugnant qu’il est presque toujours mérité...

Le nord de l’Inde - la région peuplée par les vrais "Aryens", terme qui signifie d’abord "fidèle, noble" - est la terre d’élection des beautés du subcontinent. Même les jeunes filles ont ce maintien parfait si caractéristique de leurs mères que l’âge et l’empâtement ne viennent jamais altérer. A mille milliers de la pornocratie occidentale, de la prostitution de l’Asie jaune ou du mépris islamique, les femmes de l’Inde aryenne imposent le plus beau des droits de la femme, le droit au respect. Cela n’empêche d’ailleurs aucune de ces femmes de travailler et de vaquer à ses occupations, à ceci près qu’en Inde, à commencer par les hôtels, les femmes sont rarement en contact avec les Occidentaux. Le service est assuré par des hommes comme dans les restaurants. Cela n’empêche nullement le dialogue ; j’ai ainsi pu longuement parler avec la femme d’affaires sikh déjà évoquée, et qui était chef d’entreprise, à la tête d’un abattoir de poulets (et ce alors qu’elle est végétarienne).

Comme on le comprendra au fur et à mesure de ces chroniques, j’ai moins effectué un voyage "exotique" aux confins de l’Occident qu’un retour à nos racines : aussi n’est-ce pas un hasard si j’ai, concernant cet essentiel chapitre de la femme, évoqué le Moyen Age. On sait qu’à cette époque se développe, sous l’impulsion de saint Bernard, le culte de la Vierge et l’amour Courtois. Cet amour courtois est destiné à donner une force productrice et un but au chevalier ; la femme est, pour parler comme les Indiens, la "shakti" ou "dunamis" aristotélicienne. Source de la vie, la femme est aussi fontaine de force et de volonté. Un autre élément à prendre en compte est celui de la dépendance des chevaliers médiévaux par rapport aux femmes ; c’est que leur nature est "rajasique", soumise à l’impulsion et à l’action, à l’intuition féminine en somme. Enfin, on peut indiquer que la "Madona intelligenza" de Dante trouve son équivalent dans le terme sanscrit de "Buddhi". On a vite constaté, au travers de quelques discussions, que les Indiens ont préservé dans ce domaine comme en bien d’autres, ce que nous avons perdu. Le royaume supposé du prêtre Jean était sans doute destiné à nous redonner un reflet, une image platonicienne de notre splendeur, de notre tradition perdue.

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