Le Libre Journal de la France Courtoise - n° 9 du 15 juillet 1993 - p. 23
Chers frères
La porte étroite

« Entrez par la porte étroite » (Mt. 7,13), nous dit Jésus.

Entrez, dit-il. C’est un appel. Nous avons tellement peur de Dieu que notre imagination se précipite sur l’image : la porte, puis sur l’adjectif : étroite. Et, dans notre humilité, nous interprétons : ça va être dur. "Entrez, mais je vous préviens, ça va être dur !"

J’ai connu un dominicain qui prêchait avec beaucoup d’humour. Non seulement il était grand, mais il était un peu large. Il disait : « La porte, c’est le Christ. Nous devons passer par lui pour entrer dans la Vie éternelle. Mais nos boursouflures nous empêchent de passer. Ce sont nos péchés, et plus précisément notre orgueil. C’est l’orgueil qui enfle. »

Gare du Nord, l’autre jour, j’ai vu une dame portant deux grosses valises ; elle prétendait passer ainsi un portillon assez étroit. C’était elle ou les valises. Cette scène m’a fait penser à ce verset de saint Matthieu. Je lui ai dit (intérieurement) : laisse tes valises et passe.

La porte étroite. En grec, sténos : étroit, resserré, médiocre, court. D’où le mot sténodactylo. Mais cet adjectif signifie aussi : de peu d’importance, petit. Merci, M. Bailly, vous me donnez à penser. Il y a dans ce mot toute la discrétion du Christ. On pourrait traduire : "Entrez par la porte discrète." Elle est peu visible. Il faut la chercher. Je connais une dame qui habite une belle maison, donnant sur un immense jardin dont les fleurs ont fait l’objet d’articles dans le Figaro. Or, il s’agit d’une maison de bourg. Pour entrer dans la maison et accéder au fameux jardin, il faut passer par une unique porte très modeste, intentionnellement discrète.

Faut connaître. Nous connaissons le Royaume des cieux. Nous en connaissons la porte ; elle est étroite et discrète.

C’est le Christ.

Abbé Guy-Marie
Sommaire - Haut de page