Le Libre Journal de la France Courtoise - n° 10 du 25 juillet 1993 - p. 23
Chers frères
La lumière du monde

« Ne point faire voir, mais se laisser voir », disait Frédéric Ozanam, fondateur des Conférences Saint-Vincent-de-Paul. Nous devons nous situer entre l’ostentation et le respect humain. Deux passages de l’Evangile s’éclairent mutuellement. Se laisser voir. Dans le Discours sur la montagne, Jésus dit : « Vous êtes la lumière du monde... Aussi votre lumière doit-elle briller devant les hommes afin qu’ils voient vos bonnes oeuvres et glorifient votre Père. » (Mt. 5,14s) Briller n’est pas éclairer. La nuit, dans mon église, la lampe du tabernacle brille. Je la vois de partout dans l’église, mais elle ne m’éclaire pas. Ce qui compte, c’est d’être vu. Dieu donne à certains d’éclairer par leur sainteté, par leur intelligence.

Ne point se faire voir.

Un peu plus loin, Jésus poursuit : « Gardez-vous de pratiquer votre justice devant les hommes, pour vous faire remarquer d’eux... Que ton aumône soit secrète. Ton Père est là, dans le secret... Il entend ta prière, il voit ton jeûne. » (cf. Mt. 6,1s).

Se faire voir, c’est cultiver sa gloire. Se laisser voir, c’est abandonner à Dieu le soin de manifester sa gloire à travers nous, souvent à notre insu. Je fais le bien, je pratique la justice, l’on n’en saura rien, cela est mieux pour moi. On me voit, on m’a vu : c’est bien pour Dieu. « On avilit beaucoup et on gâte le secret de la conscience, chaque fois que l’on manifeste aux hommes les biens dont elle est enrichie, car on n’a alors pour récompense que le fruit d’une gloire passagère. » (S. Jean de la Croix, Maxime 323).

Abbé Guy-Marie
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