Le Libre Journal de la France Courtoise - n° 11 du 5 août 1993 - p. 11
L’Histoire à l’endroit
La Bosnie et le mondialisme
par Bernard Lugan

Sur les ruines de l’ex-Yougoslavie, deux guerres sont menées. Elles sont très différentes l’une de l’autre. La première oppose frontalement deux authentiques nationalismes, le croate et le serbe, dans un conflit qui nous dépasse, qui ne concerne en rien notre intérêt national et dans lequel, en dépit des sympathies que nous pouvons avoir pour l’un ou l’autre camp, nous devons bien nous garder de nous engager.

Tout autre est la guerre de Bosnie où Chrétiens et Musulmans se battent, et où l’enjeu est totalement différent. Il l’est d’ailleurs tellement que les ennemis croate et serbe sont ici objectivement alliés.

Je le dis depuis des mois : la Bosnie n’existe pas ; elle fut serbe avant la conquête turque puis, une fois libérée par les Autrichiens à la fin du XIXe siècle, elle ne fut pas rattachée à la Serbie, car Vienne redoutait la constitution d’une "Grande Serbie" sur son flanc sud.

La "nation" bosniaque est donc une vue de l’esprit. En parler constitue très exactement ce que Maurras qualifiait de "nationalitarisme" par rapport à l’authentique nationalisme.

Trois religions y cohabitent : catholique, orthodoxe et musulmane. Ethniquement, une seule population y vit mais une partie d’entre elle est composée de descendants de renégats chrétiens convertis à l’islam par commodité, lâcheté ou intérêt à l’époque de la domination turque.

On nous dit que ces musulmans ne seraient pas de vrais musulmans, qu’ils boiraient du vin, consommeraient du porc, etc. Alors, si tel était le cas, où serait le problème ? Ils n’auraient qu’à se convertir et retourner à la religion de leurs ancêtres, et tout serait réglé. Isabelle la Catholique s’était trouvée placée face au même problème au moment de la "reconquista". Elle a su le résoudre.

Toute la question est de savoir si oui ou non l’Europe doit abriter une république islamique. Le président bosniaque est un fondamentaliste, et c’est pourquoi ni les Serbes ni les Croates n’ont voulu de son "Etat".

Avec une inconscience coupable, la Communauté internationale a reconnu l’inexistante Bosnie, poussée en cela par l’Allemagne fédérale. La reconnaissance de la Bosnie plaçait de facto les Chrétiens qui y vivaient dans la situation de populations dominées. Pour échapper à la loi islamique, elles n’avaient qu’une solution : le soulèvement. Et c’est pourquoi, Serbes et Croates, chacun de leur côté, ont pris les armes pour arracher leur liberté aux diktats imposés par les mondialistes.

L’affaire bosniaque est une grande leçon. Elle montre que quand des peuples ont le courage de dire "non" au nouvel ordre mondial, ils le déséquilibrent. Dans l’inexistante Bosnie, Serbes et Croates se battent pour leur culture, leur religion, leurs lois et non pour défendre leur niveau de vie. Contre les donneurs de leçons, les moralistes, les médias, contre les cosmopolitismes, ils combattent au nom de l’enracinement, au nom du droit sacré à la défense d’un sol qui leur appartient. Le droit de faire retour à la patrie croate et à la patrie serbe.

Rien d’étonnant dans ces conditions à ce que les ennemis d’ailleurs soient ici alliés. Quand ils auront définitivement arraché à l’inexistante Bosnie les terres qui sont les leurs, alors, probablement et hélas, ils recommenceront à se battre pour établir de nouveaux rapports de force à partir desquels une frontière sera enfin tracée entre Serbes et Croates.

Dans l’immédiat, séparément, puis ensemble, ils ont rendu un formidable service à l’Europe en supprimant par le fer et par le feu le projet mondialiste de création d’une république islamique dans les Balkans, tête de pont de toutes les aventures potentielles.

Une fois de plus, le sort de l’Europe s’est probablement joué dans cette région. Il serait temps de le reconnaître !


Rappelons que le professeur Lugan prépare un mensuel sur l’Afrique. Pour plus de précisions, écrire à : Bernard Lugan - BP 6 - 03140 Charroux
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