Le Libre Journal de la France Courtoise - n° 11 du 5 août 1993 - p. 23
Chers frères
La tentation

L’abbé Carmignac, célèbre exégète, mort il y a quelques années, auteur d’une énorme étude sur le Notre-Père, refusait de dire cette prière dans sa traduction oecuménique à cause du « Ne nous soumets pas à la tentation ». Il la considérait comme blasphématoire. La traduction latine ne lui plaisait pas davantage. « Et ne nos inducas in tentationem » : ce décalque du grec est presque pire. Il ne peut y avoir de relation positive entre Dieu et la tentation. Car qu’est-ce que la tentation ? C’est une incitation au péché, c’est une excitation au mal. Seul le démon est capable de cela.

Que proposait-il ? « Garde-nous de consentir à la tentation. » Garde-nous, dans le sens de Jn. XVII,15 : « Je ne te prie pas de les enlever du monde, mais de les garder du mauvais. » L’idée est de maintenir une certaine distance entre le démon et moi. Je le connais. Je me connais. Je connais ma faiblesse. « Empêche-nous d’entrer dans la tentation. »

Car la question est de ne pas entrer. Si j’entre, je suis perdu. La bonne vieille traduction : « Ne nous laissez pas succomber à la tentation » suppose qu’on y soit déjà un peu entré. Il faut penser : ne nous laissez pas entrer, Seigneur.

Jésus disait à Pierre, Jacques et Jean, au soir du Jeudi Saint : « Veillez et priez pour ne pas entrer en tentation : l’esprit est ardent mais la chair est faible. » (Mc. XIV,38). Ce verset et celui de saint Jean sont d’excellentes clés pour comprendre la sixième demande du Pater.

Le Nouveau Catéchisme enseigne : « Nous demandons à Dieu de ne pas nous laisser prendre le chemin qui conduit au péché. » (p. 577).

Abbé Guy-Marie
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