Le Libre Journal de la France Courtoise - n° 11 du 5 août 1993 - p. 24
Histoire de France
Châteaux-forts : les citadelles de l’exclusion
par Aramis

Francis Bouygues, lui aussi, nous a quittés. Le destin n’a pas épargné ce nouveau Phidias qui, du parc des Princes à l’arche de la Défense, a redonné une âme architectonique et spirituelle à Paris. Son emprunte sur le génie de notre temps est d’autant plus profonde qu’il était acquis aux valeurs démocratiques et immobilières. Par nature, Francis Bouygues était un modeste qui, toute sa vie durant, resta à l’écoute des plus humbles. C’est pourquoi il introduisit sa vision monumentale de l’univers en équipant toute une gamme de pavillons bon marché d’un séjour cathédrale. Pour parfaire cette aspiration transcendantale, il ajouta, car ce lieu ne pouvais rester désincarné, un véritable autel domestique, baptisé TF1. C’est devant lui que des millions de Français se recueillent aujourd’hui avec ferveur. Francis Bouygues était avant tout un homme de goût, soucieux de faire partager ses passions au plus grand nombre. De l’esprit d’équité, avec le juste prix, à la curiosité intellectuelle la plus vive ("le club Dorothée", "premiers baisers", etc.) il cultiva en homme de modernité, un attachement à la tradition qui, de la roue de la fortune au millionnaire, conserve la famille en or. Emporté à l’heure des grandes marées (20h45), Francis Bouygues n’aura pas résisté à la grille des programmes. En effet, à 14h30, le médecin était à Honolulu.

R. Jacob et H. Plumeau

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Nous allons maintenant revenir un peu en arrière pour comprendre ce qui se passait réellement en France dans ce temps-là. Le pays tout entier était en proie à un nationalisme antidémocratique, xénophobe, raciste et antisémite, dont la force était de capitaliser les peurs et les demandes sociales non satisfaites qui montaient de la société. Ainsi, au lieu de plaider pour que soient conjuguées les valeurs universelles de la raison et de la démocratie, telles que les incarnent l’idéal républicain et la compréhension à l’égard des minorités culturelles, religieuses ou ethniques, on assista à une radicalisation inquiétante et inacceptable du phénomène inverse.

C’est pour cela que l’on construisit des châteaux forts dont certains subsistent encore, hélas, aujourd’hui. Ils sont le symbole du repli sur soi, de l’appel à la fermeture xénophobe, fabriqué à coup s d’exclusion, de discrimination et de répression. On retrouve ces trois constantes dans les murs percés de meurtrières (le mot est révélateur) ou encore les créneaux, d’où l’on pouvait tirer des flèches et jeter de l’huile bouillante. Par devant, des douves remplies d’eau creusaient un large fossé d’incompréhension. Dans de telles conditions, la délimitation intérieure de l’espace laissait peu de chance de recomposition du champ intellectuel. Même si l’on tenait compte du faible espoir que le pont levi’s offrait aux jeans des banlieues.

L’esprit rétrograde et sécuritaire domina. On se serait cru au Moyen-Age ! C’est alors que les Normands débarquèrent en... Normandie. Ce qui n’est pas le moindre des paradoxes si l’on songe, qu’entraînés par le courant ou une fausse manoeuvre, ils eussent pu se retrouver en Bretagne ou en Picardie. Certains exagèrent l’apport réel que constitua la fixation de ces nouvelles populations sur notre sol. Il convient, en conséquence,  de relativiser ce fait par rapport à une politique globale de l’intégration. Nous remarquons, en effet, et il s’agit d’un élément aggravant, que les Normands viennent du Nord, ce qui est géographiquement contraire à toutes les règles édictées à propos de l’enrichissement migratoire. De ce fait, l’intérêt du métissage proprement dit s’en trouve réduit dans des proportions considérables. Outre la multiplication des yeux bleus, déjà fortement répandus, l’augmentation du nombre des rouquins, l’apport normand n’eut, sommes toute, qu’un effet néfaste : blanchir un peu plus une pigmentation cutanée par trop laiteuse. Culturellement, ceci fit éclore la BOFgénération (beurre, oeufs, fromages) dont l’influence est négligeable.

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