Le Libre Journal de la France Courtoise - n° 12 du 3 septembre 1993 - p. 11
L’Histoire à l’endroit
Russie, Islam, Arménie (1)
par Bernard Lugan

"L’Arménie est comme un poignard planté dans le coeur du monde islamique et de l’univers des peuples turcs", disait-on jadis dans l’Empire ottoman.

De fait, l’Arménie constitue un isolat chrétien au sein d’un monde islamisé s’étendant de la Chine occidentale aux Balkans. Dépecée à partir du VIIIe siècle, l’Arménie historique constituait un vaste Etat depuis l’est de la Turquie jusqu’au sud de l’Azerbaïdjan, c’est-à-dire de la mer Noire jusqu’à la mer Caspienne.

Conquise, pillée, humiliée, l’Arménie ne se soumit jamais à l’Islam

Pour la première fois depuis des siècles, les 3,5 millions d’Arméniens ne sont plus sur la défensive. Ils ne sont plus contraints de subir et de résister en silence. La nouveauté historique est de taille, puisque leur armée a culbuté celle de l’Azerbaïdjan musulman et qu’une victoire est en vue au Nagorny-Karabakh.

Le Nagorny-Karabakh s’étend sur 4 400 km2. Ses 200 000 habitants sont à plus de 90 % arméniens. Dominée par les musulmans depuis le VIIIe siècle, la région a toujours farouchement résisté à l’islamisation, même si, pour survivre, il fut parfois nécessaire de simuler une conversion.

Dans ce cas, les chrétiens prenaient alors des noms musulmans afin d’échapper aux massacres et aux persécutions, mais, dès que la pression islamique se relâchait ils retournaient à leurs noms de baptême.

Karabakh signifie "jardin noir". C’est en 1936 que les bolcheviques lui ajoutèrent le préfixe russe Nagorny, qui veut dire "haut". Les frontières de la région furent redessinées par Staline qui sépara la région de l’Arménie soviétique, créant ainsi une enclave arménienne chrétienne au sein de la République socialiste musulmane d’Azerbaïdjan qu’il avait décidé de favoriser.

La défaite militaire d’Afghanistan accéléra l’implosion de l’URSS. On ne dira jamais assez combien fut aveugle et également irresponsable l’attitude de l’occident durant toute cette guerre.

Au nom d’un anticommunisme, certes légitime, mais qui commençait à ne plus être d’actualité, il a fait le lit du fondamentalisme musulman. Fort de sa victoire remportée en définitive sur les Russes, donc sur des chrétiens, il jouit désormais d’un prestige immense auprès de masses déboussolées par les défis du XXe siècle et qui écoutent de plus en plus attentivement les mollahs prêchant la guerre sainte contre l’ouest décadent et chrétien.

Les anticommunistes n’avaient pas vu que le véritable sens de la guerre d’Afghanistan s’inscrivait dans la longue durée historique. Qu’elle n’était que la forme moderne de la lutte séculaire opposant le monde slave, donc chrétien et blanc, aux peuples islamisés de la steppe ou de la montagne.

Jamais la frontière ne fut définitivement tracée entre l’Europe et l’Asie.

Depuis qu’existe la Russie, il y eut des moments d’expansion vers les steppes suivis par des périodes de recul et d’invasions. Il est insolite qu’au nom de l’anticommunisme les hommes de "droite" d’occident aient directement aidé à la reconquête islamique de l’Asie centrale. Reconquête qui faillit bien s’étendre aux Balkans avec cette véritable folie politique qui consistait à créer en Bosnie un état islamiste. Les Serbes et les Croates y ont mis bon ordre en faisant éclater l’inexistante Bosnie. Dans l’avenir, quand le matraquage médiatique aura cessé, l’on prendra enfin la mesure de l’immense service qu’ils ont ainsi rendu à l’Europe.

Avec la fin de l’URSS, toute l’Asie centrale se trouva dans une situation post-coloniale. Souvent opposés entre eux, les peuples de la steppe ou du Caucase sont néanmoins unis par la religion musulmane, elle leur permet de refaire l’unité quand il s’agit de combattre les chrétiens.

(à suivre)

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