Le Libre Journal de la France Courtoise - n° 12 du 3 septembre 1993 - p. 24
Histoire de France
987 : la forfaiture
par Aramis

La gravité des obsèques du roi des Belges, Baudouin Ier, doit être un motif d’inquiétude pour tous les démocrates, les hommes et les femmes de progrès et l’ensemble des républicains sincères. La solennité avec laquelle les deux plus grandes chaînes de télévision françaises se sont prêtées à la retransmission de l’événement montre à l’évidence que, sous les dehors bonhomme, Edouard Balladur a entrepris de saper par les directives ultra-réactionnaires les fondements de la liberté. Cette liberté que nos ancêtres ont payée du prix de leur sang est menacée de disparaître. Ainsi l’on étouffe toutes les manifestations célébrant le bicentenaire de la Convention montagnarde, l’installation du Comité de Salut public par Robespierre et ses amis du peuple. C’est la Révolution tout entière que l’on tente d’enterrer en menant ainsi au tombeau un despote étranger. L’insulte à la laïcité y fut d’ailleurs totale. En se complaisant dans une émotion qui n’avait pas lieu d’être, Léon Zitrone se livra à de parfaites provocations cléricales, affirmant sans vergogne : « Mon Dieu, que le temps passe vite ! » ou encore « Dieu sait que j’en ai commentées, des obsèques ! ». Quant à ceux qui se seraient laissés abuser par la tenue blanche de la veuve Saxe-Cobourg, qu’ils sachent qu’il existe des manières plus dignes de célébrer le culte de l’Etre suprême. En luttant contre la prolifération du Gotha dans nos banlieues par exemple.

H. Plumeau et R. Jacob

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Robert le Fort, dont on ignore toujours s’il tient son nom de sa musculature ou de l’odeur qui s’en dégageait, engendra des descendants dont le plus arriviste d’entre eux réussit avec une incroyable audace à bafouer les règles les plus élémentaires de la démocratie. Il s’appelait Hugues Capet et il commit son forfait en 987. Cette date, ô combien lourde de conséquences, nous la supportons encore aujourd’hui. Examinons les faits dans l’ordre.

Acoquiné avec un suppôt de la superstition et de la crédulité, l’archevêque de Reims, Adalbéron, il provoque la réunion d’une assemblée à Senlis. S’agissait-il d’agir sous le prétexte fallacieux d’une réforme constitutionnelle ? On ne sait pas, mais on demeure en droit de la subodorer. Certains arguerons de l’habileté de la manoeuvre en expliquant que la complicité d’un membre du haut clergé était pleine d’astuces en cette fin de millénaire où les seigneurs et tous les exploiteurs avaient maintenu le peuple dans la peur stupide, irrationnelle et scientifiquement erronée d’une fin des temps. Que de progrès accomplis en dix siècles par les hommes d’église qui désormais se penchent sur des sujets autrement plus précieux, des fléaux véritables comme le racisme, l’exclusion, le sida ou le divorce des prêtres. Adalbéron eut, lui, le culot de présenter Capet à l’élection du roi de France, au nom d’une valeur réactionnaire abstraite parce que inquantifiable : la sagesse d’esprit. Il ajouta, ce qui montre que l’on nageait alors en plein racisme biologico-politique, la noblesse du sang. Ces mots font frémir. On croirait entendre un Pétain ou un Le Pen dont l’exaltation d’une prétendue fierté nationale causa le nombre de crimes que l’on sait.

Duc de France, comte de Paris et d’Orléans, Hugues Capet fut choisi, malgré un cumul honteux des titres et mandats. Pouvait-il en être autrement ? Il est à craindre que non. En effet, les esprits avaient été conditionnés comme rarement par la chevalerie qui ordonnait au chevalier d’être doux avec les faibles, de défendre la veuve et l’orphelin et de se conduire toujours comme un bon chrétien. Autant de leitmotivs inquiétants qui ne pouvaient conduire qu’à la rigueur fascisante de l’ordre moral. Quelques démocrates héroïques, soucieux du droit à la différence, refusèrent le vote des pleins pouvoirs. Tel fut le comte de Périgord. Hugues Capet monta sur le trône. La consultation d’archives innombrables nous permet d’expliquer le choix de cet objet de mobilier sur lequel il resta plusieurs années, malgré l’inconfort. Il souffrait d’aérophagie. C’est de là que date le roman de Capet-des-pets.

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