Le Libre Journal de la France Courtoise - n° 13 du 16 septembre 1993 - p. 11
L’Histoire à l’endroit
Russie, Islam, Arménie (2)
par Bernard Lugan

Nous avons vu dans le précédent numéro du Libre Journal comment, avec la fin de l’URSS, la mosaïque des peuples de la région caucasienne se souleva, non contre le communisme, puisqu’il était déjà mort, mais contre la présence coloniale russe.

Une fois de plus, certains, de notre famille de pensée, se trompèrent et de guerre et d’ennemi en se réjouissant de ce nouvel échec soviétique. Or, cet embrasement du Caucase était d’abord la revanche des peuples du sud contre leurs anciens maîtres slaves, impériaux avant 1917, bolcheviques ensuite. Un mouvement séculaire.

Divisés entre eux mais unis lorsqu’il s’agit de combattre les chrétiens, tous ces peuples firent circuler dans la région les armes livrées hier aux maquis islamistes afghans par une administration américaine une fois encore à la limite de la débilité géopolitique. Résultat : les Kirgiz, les Kazaks, les Ouzbeks, les Turkmènes, les Azèris et bien d’autres encore sont surarmés. L’Iran les ravitaille également, ainsi que la Turquie mais dans une moindre mesure et au coup par coup.

Une fois de plus, l’aveuglement US est total car l’on peut légitimement se demander "que deviendront les colossales quantités d’armes livrées aux Turcs par les Américains quand la Turquie décidera de renouer avec ses constantes historiques expansionnistes..."

C’est en septembre 1988 que des pogroms anti-arméniens éclatèrent à Soumgait et à Bakou, capitale de l’Azerbaïdjan. Les Arméniens se vengèrent en massacrant les Azèris dans le Nagorny-Karahakh. Les émeutiers musulmans d’Azerbaïdjan s’en prirent ensuite à tous les Européens vivant dans la république et Moscou réagit militairement pour tenter de les protéger, puis de les évacuer.

Une opération "type Kolwezi" fut alors déclenchée, les paras russes furent largués et les fusiliers marins mis à terre. Certains, à "droite", ne comprirent pas la nouvelle nature des affrontements et ils dénoncèrent la « renaissance de l’impérialisme communiste ».

Le mouvement déborda l’Azerbaïdjan et la plus grande partie du monde islamique ex-soviétique s’embrasa dans un gigantesque mouvement anticolonial.

Les plus exposés étaient les Arméniens. Qu’allaient-ils devenir au milieu de cet océan islamique déchaîné ? Pour ceux du Nagorny-Karabakh, l’avenir était clair : la fuite en Arménie, le massacre ou la soumission à leurs maîtres azèris.

La situation était très exactement la même que celle des Croates et des Serbes de Bosnie qui se voyaient, du jour au lendemain, devenir des citoyens d’un Etat islamique. Comme eux, ils refusèrent ce diktat et ils prirent les armes. De même que la Croatie et la Serbie soutenaient et aidaient leurs frères de Bosnie, l’Arménie n’abandonna pas les siens.

Les événements connurent une accélération à partir de septembre 1989 quand le parlement d’Azerbaïdjan vota une loi de souveraineté sur le Nagorny-Karabakh. Ainsi, sur les ruines de la présence soviétique, un Etat musulman qui était en passe d’être gouverné par les fondamentalistes décidait-il qu’une région chrétienne lui était définitivement soumise. La réaction arménienne ne tarda pas et, le 1er décembre 1989, Erevan annonça officiellement que le Nagorny-Karabakh faisait partie intégrante de l’Arménie.

Le 13 janvier 1990, à Bakou, la capitale de l’Azerbaïdjan, un pogrom coûta la vie à plusieurs centaines d’Arméniens. Les viols furent systématiques, depuis les fillettes jusqu’aux vieilles femmes. Le 14, la guerre éclata quasi officiellement le long de la frontière séparant l’Arménie de l’Azerbaïdjan et dans le Nagorny-Karabakh.

L’ex-Armée rouge organisa alors la protection puis le départ des Européens (Russes, Ukrainiens, Biélorusses, etc.) qui vivaient en Azerbaïdjan.

De toutes les régions musulmanes, l’exode se produisit, immense reflux de population résultant de la dislocation de l’Empire.

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