Le Libre Journal de la France Courtoise - n° 14 du 25 septembre 1993 - p. 3
Editorial
L’incompétence impunie

Il est un homme en France à la place duquel on n’aimerait pas se trouver aujourd’hui : c’est le juge d’application des peines qui a remis en liberté "pour bonne conduite" Patrick Tissier, l’assassin de la petite Karine.

Sans sa mansuétude, l’assassin serait encore en prison et la fillette encore en vie.

Chaque meurtre d’enfant rouvre le dossier du rétablissement de la peine de mort. C’est aussi inévitable qu’inutile puisque, dans ce domaine comme dans d’autres, la démocratie confisquée refuse au "peuple souverain" ce qu’inlassablement la majorité réclame : la mise hors d’état de nuire définitive des monstres sociaux.

Ouvrira-t-on au moins le débat sur le pouvoir et la responsabilité des juges ? Le cas Tissier pourrait en être l’occasion exemplaire.

Tout démontre, dans le passé de ce criminel pervers multirécidiviste que la remise en liberté n’a pu être décidée que par incompétence criminelle, automatisme bureaucratique, ou délire idéologique.

A dix-sept ans, Tissier tente de violer et d’étrangler la seconde femme de son propre père ; à dix-huit, il tente d’assassiner une prostituée ; à dix-neuf, il viole et étrangle sa fiancée.

Condamné à vingt ans de réclusion, il n’en fera que la moitié. Relâché, il enlève une femme et la viole. Il est remis en prison pour dix ans.

Cinq ans plus tard, libéré pour "bonne conduite", il viole une adolescente et tue une fillette.

Cet homme est une bombe. En prison, il est comme désamorcé. Le libérer, c’est allumer la mèche.

Cela, n’importe quel imbécile est capable de le comprendre. N’importe quel imbécile, mais pas n’importe quel juge.

Le magistrat qui a libéré Tissier a tué aussi directement et sûrement Karine que si, chauffeur scolaire en état d’ivresse, il avait lâché son volant.

A deux différences près : conducteur alcoolique, on lui aurait retiré son permis et son emploi ; magistrat incompétent, il garde son poste, son salaire et le loisir de remettre en liberté n’importe quel fou criminel.

Chauffard ivrogne, il aurait eu sa photo à la une des journaux. Fonctionnaire calamiteux, il garde l’abri de l’anonymat.

Impuni !

Serge de Beketch
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