Le Libre Journal de la France Courtoise - n° 14 du 25 septembre 1993 - p. 23
Chers frères
« Je change ! »

C’est ma deuxième visite chez Madame N. Elle est paralysée depuis une vingtaine d’années et ne sort plus. La Conférence Saint-Vincent-de-Paul m’avait signalé cette dame de soixante ans, vivant seule dans un minuscule logement.

« Je suis évangéliste » avait-elle prévenu.

Aujourd’hui, je lui ai demandé : « Vous avez été baptisée catholique : comment êtes-vous devenue évangéliste ? »

Elle me répondit : « Une soeur de la communauté est venue me voir. Elle m’a dit : "Téléphonez au pasteur Barbac (ou Barma) ou à l’évangéliste Archange : ils font des miracles". J’ai téléphoné. Archange m’a encouragée : "Ne désespérez pas, petite soeur : dimanche dernier, il y a un paralytique qui est arrivé en brancard ; il est ressorti à bicyclette." Vous pensez si j’étais enthousiaste ! J’y suis allée. On m’a imposé les mains. Je marchais mieux. J’ai monté mes cinq étages normalement. Seulement, le lendemain matin, c’est que je ne pouvais même plus mettre un pied par terre. J’avais perdu ma guérison ! (sic). Le kiné m’a dit que c’était de la folie, que j’aurais pu me faire sauter la rotule. »

« Alors ? » relançai-je.

« Alors, j’ai cru longtemps à la guérison possible. J’ai beaucoup espéré. Mais ça ne venait pas. Le pasteur Barbac (ou Barma) m’a dit : "La saison des miracles a passé" ».

« Mais ils ne viennent pas vous visiter ? » demandai-je hypocritement.

« Le pasteur Barbac (ou Barma) et Archange n’ont pas le temps. Ils sont trop pris. Il faut que ce soit un prêtre d’une église où je ne vais jamais qui vienne me voir ! Donc, je change ! » conclut-elle énergiquement.

Je croyais entendre Clovis à Tolbiac.

Ouf ! Et si nous n’avions pas, nous, Conférence Saint-Vincent-de-Paul, pris le temps d’aller la voir... ?

Lors de ma prochaine visite, nous parlerons Sacrements.

Abbé Guy-Marie
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