Le Libre Journal de la France Courtoise - n° 15 du 7 octobre 1993 - p. 3
Editorial
Un mauvais coup contre la démocratie...

Depuis le 2 octobre, les abonnés au câble de l’Ile-de-France peuvent suivre chaque jour les débats à la Chambre des députés sur l’écran de leur téléviseur.

Disons-le clairement : cette initiative de Philippe Séguin, président de l’Assemblée nationale, constituera, si elle est étendue à l’ensemble des possesseurs de téléviseurs, le coup le plus rude porté à la démocratie parlementaire depuis longtemps.

Ce spectacle achève, en effet, de ruiner le crédit d’élus du peuple déjà écorné par la loi d’amnistie qui exonéra les députés voleurs, prébendiers et corrompus de toute sanction pénale.

Que voit-on ?

Dans un hémicycle désert, une vague cohorte de rond-de-cuir grisâtres, chacun semblant le clone de celui qui l’a précédé, se presse au micro.

La tête baissée, l’oeil terne, la voix monocorde, "l’orateur" anone un texte gribouillé sur un morceau de papier, s’emmêle dans des références obscures, bafouille, s’interrompt, se répète, ne comprenant visiblement pas lui-même ce qu’il lit.

Au long de ces longues heures, parfois, Philippe Séguin lève les yeux au ciel, excédé comme un sergent de ville chargé de réglementer la circulation d’une course de lenteur.

A leur banc, les ministres, affalés, bouquinent, bavassent, feignent de prendre des notes, échangent de vagues plaisanteries qui font fleurir des sourires blasés sur leurs visages lisses.

Visiblement et pour parler net : tout ce petit monde s’emmerde. Et pas à cent sous de l’heure.

On dira que ce n’est pas nouveau. C’est vrai.

La nouveauté est ailleurs : dans le fait que, sur le même écran où ils voient d’habitude s’agiter, dans un flot de mots, de musique, de couleurs, les acteurs du "chobizenesse", les Français découvrent la grisaille, la tristesse, la nullité des acteurs du cirque politique.

On veut bien parier que cette douloureuse comparaison ne restera pas longtemps sans conséquences...

Serge de Beketch
Sommaire - Haut de page