Le Libre Journal de la France Courtoise - n° 15 du 7 octobre 1993 - p. 11
L’Histoire à l’endroit
La renaissance des Républiques boers
par Bernard Lugan

L’idée du Volkstat sud-africain se fait de plus en plus forte dans l’ex-Afrique du Sud. Cela fait dix ans que j’écris que la partition est la seule solution susceptible de maintenir un semblant de paix dans ce qui fut la République sud-africaine. Le Monde et Libération viennent enfin de découvrir cette réalité qu’ils niaient avec obstination.

Pour les nationalistes Afrikaners,la constitution de ce Volkstat marque une totale continuité politique. Voir dans la partition un recul des Blancs revient à s’aligner sur la logique des impérialistes britanniques du siècle dernier. Bien différente est celle des Boers.

La conception britannique et celle de ses actuels héritiers, en premier lieu MM. de Klerk et Mandela, repose sur l’idée de l’acceptation des actuelles frontières internes et extérieures du pays. En d’autres termes, l’ANC et le Parti national considèrent que le rassemblement au sein du même ensemble politique de peuples disparates ne doit pas être remis en question. C’est pourquoi ils refusent en principe toute idée de partition territoriale qui impliquerait le retour à la situation du XIXe siècle, avant que les Britanniques aient entrepris de rassembler par la force les Xhosas, Zoulous, Sothos et Boers afin de les faire vivre ensemble sous l’autorité de la Couronne.

Les Afrikaners refusent donc cette logique. Les véritables nationalistes afrikaners combattaient déjà le gouvernement dans les années 1970. Ils le faisaient au nom de la Nation afrikaner. Pour eux, la politique d’apartheid, qui était une nécessité, n’avait cependant aucune chance d’aboutir dans la mesure où étaient conservées les frontières héritées des Britanniques. Leur idée était que les Afrikaners n’avaient pas vocation à dominer les ethnies noires sud-africaines, mais à vivre séparées d’elles sur un sol leur appartenant en propre. Pour eux toujours, la politique des bantustans était, certes, excellente, mais elle était dès le départ viciée dans la mesure où les Blancs gardaient plus de 50 % du territoire de la RSA.

Les Blancs renoncent au coffre-fort minier

L’actuelle évolution de la situation a permis aux Afrikaners de se dégager enfin de l’idée qu’ils devaient absolument conserver les limites frontalières léguées par les Britanniques. Ils ont enfin compris que le seul moyen d’assurer la survie de leur nation était d’imposer la renaissance des anciennes Républiques boers. Peu leur importe la ville du Cap ou celle de Durban, peuplées par des libéraux anglophones souvent gagnés à l’idéologie mondialiste. Puisque les Blancs de cette région votent "à gauche", c’est donc qu’ils acceptent de vivre dans une société multiraciale car telle est la revendication de la gauche sud-africaine. Leur sort ne concerne pas plus les nationalistes afrikaners que celui des Sothos ou des Vendas.

C’est donc à la renaissance des vieilles républiques du Transvaal et de l’Orange que nous allons assister. Elle sera la conséquence logique de la partition territoriale. Psychologiquement, le plus difficile à faire accepter aux Afrikaners fut l’idée de l’abandon de tout le Rand. Johannesburg compris, le Volkstat ne gardant que Pretoria. Mais il en allait de la crédibilité de la partition dans la mesure où les Blancs devaient montrer qu’ils ne conservaient pas toutes les ressources. Mais, plus important, la renonciation à ce véritable coffre-fort minier marquait une rupture totale avec l’Afrique du Sud britannique dans la mesure où les nationalistes afrikaners décidaient d’abandonner une région incontrôlable, peuplée par presque dix millions de Noirs en grande partie détribalisés et marxisés.

Nelson Mandela, contraint par le rapport de force, négocie en ce moment avec les chefs afrikaners sur cette idée de création d’un Etat blanc dont les frontières ont en grande partie été définies avec les Zoulous et les Sothos. En Afrique du Sud comme ailleurs, les constantes historiques demeurent. Les ignorer conduit aux catastrophes.


Pour l’approfondissement de la question de la partition, on se reportera au n° 1 de "L’Afrique Réelle". Le numéro : 100 francs franco. Abonnement : 360 francs.
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