Le Libre Journal de la France Courtoise - n° 15 du 7 octobre 1993 - p. 22
Un jour
29 septembre 1363
La Journée d’Auray

A vue d’Auray, aux aurores, le 29 septembre 1363, les armées de Monseigneur de Blois et de Monseigneur de Montfort se font face. Le comte de Blois et le comte de Montfort revendiquent tous deux le titre de duc de Bretagne. Blois, parce qu’il a épousé Jeanne de Penthièvre, dite la Boiteuse, nièce du feu souverain de l’Armor Jean III ; Montfort, parce qu’il est le neveu du Prince disparu. Le roi de France Charles V défend les droits des Blois, le roi d’Angleterre Edouard III, ceux de Montfort. Vont s’affronter là, bien entendu, des Bretons champions de l’un et l’autre prétendant, mais aussi moult Français et Anglais.

La plaine s’ensoleille. Monseigneur Charles et Monseigneur Jean sont à la pointe de leurs troupes ; Lord Chandos chevauche à une toise de Montfort. Messire Bertrand du Guesclin a devant lui les étendards de Lord Robert Knolles, messire le comte d’Auxerre les étendards de messire Olivier de Clisson ; les Casques de sir Hugues Calverley enveloppent une butte voisine. Nul bruit ; on s’observe... Brusquement le lévrier de Monseigneur Charles court vers les lignes ennemies, lèche la main de Montfort... « Présage... présage » murmurent, qui apeurés, qui joyeux, Franco-Bretons et Anglo-Bretons. La bataille commence. Elle apparaît d’abord indécise. Du Guesclin bouscule les heaumes et les jaquettes de cuir de Knolles, Clisson rompt les rangs d’Auxerre. "Montjoie Saint Denis !", "Saint Georges !", "Bretagne !" hurlent les Penthiévrois et les Montfortiens. Indescriptible tuerie ! Puis la Fortune tranche la rouge affaire. Auxerre vide les étriers un oeil crevé ; ses fers-vêtus, ses archers, ses goujats lâchent pied. Les gens de Calverley foncent, submergent les Franco-Bretons de du Guesclin ; le preux Bertrand doit tendre son gantelet à un écuyer d’outre-Manche. Enfin, Monseigneur Charles, blessé, tombe de selle et, d’une taillade de miséricorde, un coutelier de Montfort l’égorge.

La Journée d’Auray fut l’ultime grand choc de la Guerre de Succession de Bretagne.

Jean Silve de Ventavon
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