Le Libre Journal de la France Courtoise - n° 15 du 7 octobre 1993 - p. 24
Histoire de France
Aux croisades, le professionnalisme même à l’abjection
par Aramis

Contraint sous la pression populaire de reloger les dix-sept familles de squatters africains de l’avenue René Coty (Paris XIVe), Jacques Chirac a démontré l’irréalisme de ses positions intolérantes en matière de politique sociale, de logement et d’immigration. Il aura fallut le courage et la persévérance de l’abbé Pierre pour mettre un terme à la campagne discriminatoire engagée par les nostalgiques du gaullisme. La reculade est manifeste. Même si, pour ménager son électorat, M. Chirac s’est entendu pour reloger gratuitement les mal logés dans des hôtels de banlieue, à l’écart des beaux quartiers. Ce pis aller traduit le malaise du mouvement chiraquien dont l’émergence n’a jusqu’alors tenu qu’à l’exploitation, chez les plus favorisés, de l’inquiétude du lendemain au Palais Brongniart et de la montée du chômage chez les lecteurs du Figaro Magazine. Un pavé dans la mare, au moment où seuls les éléments les plus radicaux feignent encore de croire à une victoire du leader du RPR aux prochaines présidentielles. Il est à craindre pour lui que, dans les semaines à venir, ses dernières troupes l’abandonnent pour rallier Edouard Balladur dont l’image de respectabilité, exempte de vulgarité, séduit indiscutablement des militants de plus en plus déconcertés par les écarts auxquels se livre le maire de Paris.

H. Plumeau et R. Jacob

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Le succès relatif de la croisade des pauvres gens amena les organisateurs à remanier en profondeur les conditions de l’épreuve. L’amateurisme revendiqué jusqu’alors fut supprimé. Ses détracteurs faisaient valoir que, certes, la formule était enthousiasmante, mais qu’elle ne pouvait s’accomplir avec des athlètes s’adonnant au sport de haut niveau de manière épisodique. Leur critique se trouvait renforcée par l’absence de vainqueurs, faute d’abandons, lors de la première épreuve. Par ailleurs, ils entendaient donner un caractère international à cette manifestation, seule condition susceptible, il est vrai, d’apporter des retombées médiatiques ou commerciales. Les clauses concernant la sécurité furent plus restrictives. Tout d’abord on divisa l’épreuve en deux catégories : les cavaliers d’un côté et les deux pieds de l’autre. Créant ainsi deux championnats à l’intérieur du même challenge. Ce procédé visait à s’assurer un large public auprès de jeunes dont l’engouement pour le sport pédestre n’était plus à démontrer. Tous se devaient de s’équiper conformément à des normes nouvelles de sûreté afin d’atténuer les risques de la route : casque obligatoire avec ventail facultatif, cuirasse, cote de maille et bouclier de rigueur. Le port de divers accessoires tel que brassard, faucre, cubitière, braconnière, gantelet, tassette, genouillère, jambière, soleret et poulaine étant laissé à l’appréciation de chacun.

Le jour du départ, les équipages étrangers étaient extrêmement nombreux. Ce qui posa des problèmes de traduction. Beaucoup ne sachant pas le français se contentaient de mettre un doigt en travers de l’autre en forme de croix pour signifier qu’ils venaient prendre part au championnat. Le team Godefroy de Bouillon(1) prit la tête dès le prologue de Constantinople, pour ne plus la lâcher jusqu’à l’arrivée à Jérusalem. Cette incontestable supériorité écrasa littéralement de son poids l’intérêt d’un parcours dont les difficultés étaient cependant nombreuses : déserts, batailles sanglantes, manque d’eau et de nourriture, peste. Autant d’embûches semées là par les responsables du tracé. Sept pour cent seulement des engagés parvinrent au terme de la dernière étape. Le triomphe de Godefroy de Bouillon, quoique indéniable, fut pourtant modeste. Il n’accepta pas la couronne du vainqueur (les médailles n’existaient pas encore), prétextant qu’en ce lieu où Jésus avait porté une couronne d’épines, cela eût été indécent. Pour nous, la raison de ce geste reste inexplicable. A moins que Godefroy eût percé à jour le texte du règlement mis au point par la clique seigneuro-cléricale qui, sous couvert de sport, avait en fait déclenché la plus vaste ratonnade de l’histoire.


(1) G. de Bouillon chevauchait bien évidemment un gros Kub !
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