Le Libre Journal de la France Courtoise - n° 16 du 15 octobre 1993 - p. 11
L’Histoire à l’endroit
Somalie : Peter Pan chez les Sauvages
par Bernard Lugan

Que l’on ne s’y trompe pas, les images atroces - et pourtant largement expurgées - de la profanation en somalie du cadavre d’un soldat américain ont été largement reçues en Afrique comme un épisode « glorieux » et comme une « victoire » remportée sur les « Blancs ».

Les gesticulations de l’ONU, les scandaleuses campagnes du genre "riz des écoliers de France", les lamentables démonstrations militaires US, tout cela fut certes grotesque. Nous avons largement dit qu’il ne fallait absolument pas nous mêler des massacres intertribaux dont sont friands les clans somaliens ; mais, après les révoltantes images transmises par les télévisions, il n’y a aucune hésitation possible, la riposte doit être à la mesure de l’horreur de la profanation.

Les leaders du nouvel ordre mondial mis en échec

Il en va désormais du prestige, non pas des Américains - ce qui n’a guère d’importance en soi car il est cocasse de voir les "leaders" du nouvel ordre mondial ainsi mis en échec - mais de celui des armées occidentales.

On peut douter que M. Clinton se décide à de salutaires représailles, même si, et il importe de le redire, l’intervention en Somalie fut une erreur résultant de la dictature morale exercée par les charitabilistes de toutes obédiences et par le lobby qu’ils génèrent.

Au début du siècle, l’Allemagne fut par deux fois placée devant des situations graves pour son prestige ; dans les deux cas, la réaction fut "virile".

Pas de grâce !
Pas de prisonniers !

En 1890, le baron von Ketteler, consul d’Allemagne à Pékin, fut assassiné par les Boxers. Un corps expéditionnaire fut alors envoyé en Chine.

L’empereur Guillaume II lança lui-même la campagne en haranguant en ces termes le contingent allemand embarquant à Bremerhaven : « Pas de grâce ! Pas de prisonniers ! Il y a mille ans les Huns du roi Attila se sont fait un nom formidable dans l’histoire et dans la légende. Ainsi, puissiez-vous imposer en Chine et pour mille ans le nom allemand, de telle manière que jamais un Chinois n’ose même regarder un Allemand de travers. »

Au Sud-Ouest africain, les Herero se soulevèrent en 1903. Les actes de cruauté qu’ils commirent dépassent l’imagination. C’est ainsi que les femmes allemandes qui eurent le malheur de tomber entre leurs mains furent éviscérées et suspendues par les pieds comme l’on présente des animaux de boucherie. Le général von Trotha commandant le corps expéditionnaire allemand était un vieux soldat colonial. Il savait qu’en Afrique l’on ne doit jamais laisser atteindre le prestige du Blanc ; il massacra donc la tribu révoltée.

Clinton ne pourra se livrer qu’à une gesticulation militaire

Le 2 octobre 1904, les Herero étaient acculés et ils demandèrent les conditions de leur reddition. La réponse de von Trotha se fit sous la forme d’un Vernichtungsbefehl (ordre d’extermination) : « A l’intérieur de la frontière allemande, tout Herero, avec ou sans fusil, avec ou sans Bétail sera fusillé. Je n’accepte plus ni femme ni enfant, je les renvoie à leur peuple ou fais tirer sur eux. Telles sont mes paroles au peuple Herero. Le grand général du puissant empereur. Von Trotha. »

Monsieur Clinton ne pourra évidemment pas utiliser ces méthodes aujourd’hui moralement et juridiquement condamnables. Il ne pourra donc que se livrer à une nouvelle gesticulation militaire. Ainsi, le diktat humanitaire, notion totalement surréaliste en Afrique, aura donné à quelques dizaines de voleurs de chameaux l’occasion de remporter une victoire militaire sur la première armée du monde et sur les forces coalisées de l’ONU.

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