Le Libre Journal de la France Courtoise - n° 16 du 15 octobre 1993 - p. 24
Histoire de France
Faut-il interdire la violence dans l’Histoire
par Aramis

L’incroyable s’est produit, en cette première semaine d’octobre, à Moscou. On a tenté de troubler la célébration de la révolution bolchevique ! Ce crime est une atteinte directe aux droits de l’homme et à la démocratie dont la fragilité n’est pas à rappeler. Or, la manoeuvre, habilement préparée, vient de loin. Rappelons les faits. Le 23 août 1939 était signé au Kremlin le pacte germano-soviétique qui scellait officiellement l’alliance de la peste et du choléra. Des nazis et des staliniens. Par une fourberie sans nom les deux dictatures firent mine de se détester deux ans plus tard, en se livrant à une parodie de "Blitzkrieg" destiné à abuser de la crédulité des naïves démocraties. Ce gigantesque "Kriegspiel" fut l’occasion en vérité de rassembler sur un même territoire les forces de la haine. On juge aujourd’hui du résultat. Car ce sont ces mêmes forces fâchisto-bolcheviques qui ont tenté par la force de s’emparer, dimanche 3 octobre, depuis le Parlement, du Mac Do de laplace Rouge, de la boutique Benetton de la rue Jdanov et de la concession Rolls-Royce du boulevard des Stakhanovistes. Cette atteinte directe aux fondements de la démocratie a pu miraculeusement être écrasée dans l’oeuf par les divisions d’élite de l’ex-Armée rouge qui, à cette occasion, ont reçu une double ration de cornichons.

H. Plumeau et R. Jacob

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Après les croisades, il apparaît nécessaire d’interrompre un instant notre narration, pour s’engager dans la voie de la réflexion. Une question en effet cruciale mérite d’être posée : "Faut-il interdire la violence dans l’Histoire ?" Le problème est d’autant plus sensible qu’il n’existe aucune jurisprudence en la matière. Quant aux textes réglementaires, ils brillent par leur singulière absence. Cette énorme carence n’est pas sans conséquence dans le développement du racisme et de la xénophobie. Et surtout, à moyen terme, elle risque de mettre en péril toute l’entreprise d’édification du projet de construction européenne. Car si, comme l’a dit le Poète : « tous les gars du monde pouvaient s’donner la main », il n’y aurait plus de pickpockets. La petite délinquance disparaîtrait et avec elle la peur sécuritaire et populiste qui, selon le mot de Marek Dézaltaire, est « le terreau sur lequel se forge l’inhumanité où la main de l’homme n’a jamais posé le pied ».

Le vide juridique n’étant pas pour l’instant comblé, nous ne pouvons, en l’état, que nous pencher à nouveau, hélas, sur cet hexagone qui empêcha le monde de tourner en rond. La configuration géométrique de la France laisse d’ailleurs perplexe. Sachant que ce pays est menacé au nord par les Scandinaves, au sud par les Musulnaves, à l’est par les Germains et à l’ouest par les Anglais, son gouvernement aurait pu opter pour une forme plus simple. Par exemple le carré dont la pureté pédagogique est perçue à la fois dans les collèges des banlieues et à Sciences-po rue St-Dominique. Le choix anti-égalitaire de nos monarques réactionnaires fit bien évidemment l’inverse. Ce qui amena la République à abandonner, face à la difficulté dont elle héritait, la possibilité d’installer pleinement dans ce pays l’idéal humaniste. Dont chacun sait qu’il ne peut s’épanouir qu’à l’intérieur d’un triangle. Seule figure capable à la fois de satisfaire les esprits les plus rationnels et la crise que traversa l’habitat (si l’on tient compte du fait que les Français seraient alors tous logés à la même enseigne). Les puristes argueront qu’il nous eût fallu dans ce cas choisir entre la forme isocèle ou équilatérale. Or ceci est, nous le savons, inacceptable tant dans le fond que dans les termes. C’est pourquoi il convient, dans ces conditions, de dépasser le problème. De déclarer ouvertement que la géométrie est, elle aussi, contraire à la dignité et l’épanouissement de l’individu. Et qu’elle mérite à ce titre d’être fustigée, comme il se doit : un suppôt de l’Ancien Régime destiné à pourrir le débat démocratique.

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