Le Libre Journal de la France Courtoise - n° 17 du 28 octobre 1993 - p. 11
L’Histoire à l’endroit
Burundi : tribalisme et démocratie
par Bernard Lugan

Le Burundi compte 20 % de Tutsi et 80 % de Hutu. Depuis la nuit des temps, les premiers dominent et les seconds sont esclaves. Chaque fois que les Hutu grognent, le pouvoir tutsi en massacre quelques milliers.

Dans les années 58-62, les Belges ayant décidé de préparer le Ruanda-Urundi à l’indépendance, les Tutsi furent massacrés au Ruanda par les Hutu soutenus par l’armée belge, tandis qu’au Burundi ils se maintenaient au pouvoir en continuant à massacrer les Hutu.

Cette opposition n’est pas ethnique puisque les deux peuples parlent la même langue, adhèrent au même système de valeurs et ont la même religion. Elle est purement raciale : les Tutsi sont des "géants" aux traits non-négroïdes alors que les Hutu ressemblent aux autres Noirs d’Afrique.

Pour tiers-mondistes et marxistes, une telle explication est insupportable. Il a donc fallu bâtir une explication non raciale de ces antagonismes.

C’est Jean-Pierre Chrétien, chercheur du CNRS, qui vécut une quinzaine d’années au Burundi, qui eut l’illumination de la vérité : tout était harmonie dans le Burundi d’avant les Blancs. Simplement les riches avaient pour nom Tutsi et les pauvres, Hutu.

La colonisation transforma une réalité économique en fait ethnique.

Avec la perversité que nous leur connaissons, les colonisateurs ont transformé un fait économique, non figé, en fait ethnique, par essence figé.

Ainsi la colonisation créa-t-elle Tutsi et Hutu raciaux... Foutaises, dites-vous ? Certes, mais M. Chrétien écrit dans Le Monde et ailleurs. Le n° 2499 (1er octobre 1993) de la revue Marchés tropicaux ouvre par exemple ses colonnes au « spécialiste des Grands Lacs qui jette un regard d’historien sur l’évolution récente et capitale de la situation politique au Burundi et au Rwanda ».

Autre exemple : Le Monde salue par son intermédiaire la modération des Hutu qui, vainqueurs des élections, ont constitué un gouvernement d’union nationale promettant « la fin des oppositions ethniques ».

Sur quoi, stupeur, un coup d’Etat tutsi rend le pouvoir à ceux qui l’avaient perdu lors des élections, le président hutu est massacré et la guerre raciale reprend.

Explication : les Tutsi n’acceptant pas la domination des Hutu, lesquels, à moins de tuer tous les Tutsi ne peuvent pas dominer, l’obligation démocratique imposée au précédent gouvernement a mathématiquement conduit à la catastrophe.

Et nous revoici à la case départ : démocratie envolée et régime militaire Tutsi au pouvoir.

Tant que Guignol continuera à palabrer sur les affaires africaines et Polichinelle à les gérer depuis l’Europe, au nom d’idéologies étrangères à l’Afrique, la catastrophe ira en s’amplifiant.

Sommaire - Haut de page