Le Libre Journal de la France Courtoise - n° 17 du 28 octobre 1993 - p. 24
Histoire de France
La lutte antiféodale fut avant tout antisociale
par Aramis

Enfin un grand film sur la classe ouvrière ! Fils d’un fourreur israélite, le réalisateur n’a pas caché vouloir raviver les idéaux de la gauche ouvrière dont il perpétue l’illusion lyrique. L’adaptation faite à partir d’un roman paru en Presse-Pocket va d’ailleurs dans ce sens. Ce film, dit-il, je l’ai fait avant tout pour les mineurs. Et ajoute-t-il « au-delà des mineurs, pour tous les opprimés ! ». De fait, il s’agit d’une oeuvre pour le futur qui propose une réflexion terriblement lucide à nos contemporains sur le problème de l’inégalité des chances. En filigrane se dessine l’espoir en un monde meilleur. La reconstitution minutieuse des décors fait le reste. Soulignant simplement le contraste psychologique qui oppose dans une lutte injuste le plus misérable au plus farouche.

A ceux qui seraient tentés de dire : tout ça c’est du passé ! nous rétorquerons simplement : et la mémoire ? Car c’est la mémoire qui rend la portée sociale de ce mélodrame si réelle et son capital émotionnel intact. Les mineurs ne s’y sont pas trompés. Interrogé à la sortie de la salle de l’Alhambra d’Hénin-Liétard l’un d’entre eux a répondu : « C’est super ! y’a plein d’effets spéciaux. On croirait que le Brachiosaurus est vivant ! Bravo Monsieur Spielberg ! »

H. Plumeau et R. Jacob

***

Plus malin ou mieux informé, le roi Philippe Ier n’était pas allé à la croisade. Comme pour s’excuser il avait solennellement déclaré, avec cette pointe d’affliction des nantis : « C’est moi qui m’y colle pour garder la boutique ! » En réalité, il voulait conserver un oeil sur son vassal normand, le duc Guillaume, qui, après avoir traversé la Manche, se proclama roi d’Angleterre. Et qui, en toute simplicité, décida que désormais on devait l’appeler le Conquérant. Cette profonde mégalomanie ne fit pas école. Heureusement. Ainsi lorsque Blériot traversa à son tour la Manche en 1909, il ne revendiqua ni titre, ni qualificatif ou superlatif. Bref, Guillaume, M. Bill pour les dames, était dans le collimateur royal. L’instrument de visée était du reste fort encombré. Mais on ne pouvait cependant chiffrer le nombre exact de ses occupants. D’abord parce que ce chiffre était très élevé. Or, si l’on tient compte du fait que le zéro arithmétique fut introduit par Gerber d’Aurillac aux alentours de l’an mille, il est fort peut probable que le fils de Philippe, Louis VI le Gros, en eût lui-même connaissance, tant les voies étaient peu carrossables. Quelle que soit la difficulté à mesurer avec exactitude ce chiffre, nous sommes cependant capables d’en déterminer l’ampleur puisque tous les féodaux sans exception, grands ou petits, se fichaient éperdument du roi de France, qui ne représentait pas grand-chose, sauf lui-même. Certains poussaient le bouchon encore plus loin en affectant d’ignorer qu’il existât. Ce phénomène quasi ectoplasmique du pouvoir est, lui, parfaitement impensable en République. Les travaux de Maurice Vergedu, le célèbre constitutionnaliste, sont formels sur ce point. Sa démonstration est à la fois claire et rationnelle. Ainsi, lorsqu’il écrit « Depuis le choc pétrolier de 1974, l’un des piliers de la démocratie se nomme Bison futé. » Par cette image forte, l’éminent juriste nous interpelle sur le signifiant réel du politique. Selon lui, tout concorde pour affirmer que l’existence précède l’essence. Et quel que soit le prix à la pompe. Mais revenons à ces rois qui, pour affirmer leur ego, décidèrent de lutter contre la féodalité. Ils le firent en s’appuyant sur les classes moyennes : commerçants, artisans et bourgeois. Un mouvement pré- ou anté-poujadiste en sorte, qui bien entendu excluait les masses ouvrières et laborieuses. Les débordements auxquels ils se livrèrent ne furent pas, contrairement à ce que pense le commun, incontrôlés. Bien au contraire, c’est à dessein qu’ils détruisirent en les rasant les châteaux seigneuriaux... pour empêcher que l’on y installe pour les enfants des travailleurs des centres aérés ou des colonies de vacances.

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