Le Libre Journal de la France Courtoise - n° 18 du 5 novembre 1993 - p. 24
Histoire de France
Philippe Auguste brise un beau rêve
par Aramis

La France se porte bien. Enfin ! Nos clubs de football se qualifient pour les quarts de finale des coupes d’Europe. Notre tennis fait des miracles à Bercy. Nos otages sont libérés en Algérie. Nos ancêtres les Gaulois avaient raison. Le ciel a finit de tomber sur les habitants du sud-est. Nous avons de nouveaux billets de banque. Nos entreprises se privatisent brillamment. Les avions de nos compagnies nationales sillonnent derechef l’azur éthéré. Nos chômeurs n’arrêtent pas de chômer. Nos délinquants de délinquer. Simone Veil de veiller. En un mot c’est la stabilité tant espérée qui triomphe.

Trois indices le confirment chaque semaine : le loto, les impôts et Balladur. Malgré la crise, le loto consolide son implantation dans les bureaux de tabac. Particulièrement le mercredi et le samedi. Dans la difficile épreuve que traverse la croissance, les impôts quant à eux poursuivent méthodiquement leur progression. Edouard Balladur a donc raison de confier aux journalistes sa confiance. Souhaitons que ceux-ci aient l’obligeance de la lui rendre en ne la gardant pas par devers eux. Tout ceci est le fruit de sa politique de rigueur que le regretté Président Pompidou traduisait d’une formule : le changement dans la continuité. Santé, sobriété.

H. Plumeau et R. Jacob

***

La lutte antisociale contre la féodalité fut tout compte fait un fiasco. En effet, avec la Normandie, l’Anjou, l’Aquitaine et la Guyenne, le roi d’Angleterre était plus puissant en France que le roi de France lui-même. Faut-il d’ailleurs parler de France dans ces conditions ? Puisque le beurre, la crème fraîche, les caramels de Normandie et le camembert étaient macle in England, Idem pour le Chinon, le Saumur-Champigny, le Bourgueil, les rillettes et les rillons. Ne parlons pas du foie gras du Périgord, des vins du Bordelais, de Cahors, de l’Armagnac. Tout était anglais. A ce train-là, Mauriac se serait appelé Somerset, Chaban général et ADG Déconan Doyle. On mesure l’étendue du désastre. La culture française en prenait un sacré coup. Certes, pour se consoler on pouvait toujours tâter du Bourgogne ou du Châteauneuf, mais reconnaissons que ces vins sont plus lourds à digérer. D’accord, il y avait le Beaujolais nouveau. Mais quand même ! Son goût de banane ne pouvait lui attirer qu’un succès relatif à une époque où le chimpanzé était encore inconnu. Bref, rapport qualité/prix, le XIIIe siècle ce n’était pas cela.

Cette période, nous allons le voir, fut celle des occasions manquées. Grosso modo la moitié de la France était, nous l’avons dit, anglaise. L’autre s’affirmait française, mais l’empereur d’Allemagne la guignait. Par charité sans doute. A la place du roi de France, si le bon sens l’avait emporté, il eût été logique de la lui donner. Cela nous aurait épargné bien des guerres et des déboires. A commencer par ces villes de cure dont le rôle fut funeste dans un pays de surproduction viticole. Les Français se seraient alors tout naturellement divisés en porteurs de casques à pointe et adeptes du melon. Et pour cette dernière proposition les efforts que nous connaissons aujourd’hui nous auraient été économisés eux aussi. Seuls restaient à régler les problèmes de circulation automobile entre les zones britanniques et germaniques. Une broutille. Paris aurait été également divisé, La rive droite se rattachant logiquement du boulevard Macdonald au quai Kennedy à l’influence anglo-saxonne, tandis que de facto la rive gauche devenait allemande. La force d’interposition multinationale se serait trouvée sur la Seine, à bord des Bateaux-mouches. Ainsi la France n’existant plus pouvait se flatter de donner sa première flotte à l’ONU.

Cette splendide image de marque se brisa comme un rêve quand le belliciste Philippe-Auguste devint roi.

Il fit la guerre aux Anglais, puis aux Allemands, qu’il défit en 1214 à Bouvines. Par sa faute la France se fit. Et prospère en plus. Ce qui le rend plus insupportable encore aux yeux de ceux qui viscéralement sont attachés aux droits de l’homme.

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