Le Libre Journal de la France Courtoise - n° 19 du 18 novembre 1993 - pp. 4 et 5
Quelques nouvelles du Marigot
Pas de gerbe pour Pétain, et pourtant c’est en France occupée que les Juifs furent le mieux protégés, affirme un historien israélite

Si l’on veut bien faire taire ses passions, on admettra qu’il y a du bon dans la décision de Mitterrand de ne plus déposer de gerbe sur la tombe du vainqueur de Verdun. Il aurait été indécent que le même homme, qui le 14 juillet, couvrait de fleurs les douteuses manoeuvres d’un chevalier d’industrie dépose une gerbe le 11 novembre, sur la sépulture d’un maréchal de France.

Quel symbole de l’effondrement de la France, en trois quarts de siècle, que ce rapprochement entre le politicien enrichi sur le cadavre des entreprises françaises et le grand soldat immolé à l’intérêt national !

A celui-là les honneurs, les compliments, les hautes protections ; à celui-ci les crachats, la haine et les basses injures.

C’est, au fond, dans l’ordre de cette société inversée où nous vivons.

Mais la capitulation de Mitterrand face aux exigences de la mafia qui a confisqué les intérêts réels de la communauté israélite de France au profit d’un petit nombre de provocateurs irresponsables va plus loin que cette simple anecdote.

Elle montre que ce qu’Annie Kriegel a appelé « l’intolérable police juive de la pensée » vient d’accomplir : un pas supplémentaire dans la mise en place d’une dictature digne du "1984" d’Orwell.

On peut, en effet, admettre que, victimes d’un mensonge historique forcené, de jeunes Israélites croient, tout de bon, que la deuxième guerre mondiale se résume à une aide apportée par des supplétifs allemands dans la tentative d’éradication de la communauté israélite de France par la Police de la dictature maréchaliste de Vichy.

Après tout, comme on ne dit jamais à ces jeunes que l’Assemblée nationale de 1940 a, dans son immense majorité, tous groupes politiques confondus, supplié le maréchal Pétain de prendre les rênes d’un pays foudroyé par la défaite, ils ne peuvent pas l’inventer.

Mais entendre des hommes qui savent, des hommes instruits, des "clercs", comme l’on dit, proférer sciemment des mensonges qui sont de purs et simples appels à la haine montre que l’on est davantage confronté à une stratégie de guerre civile qu’à une erreur de perspective historique.

Un exemple caricatural de ce mensonge organisé est donné par Le Quotidien de Paris qui, au lendemain de la décision de l’Elysée de ne plus fleurir la tombe de l’Ile d’Yeu, interrogeait Serge Klarsfeld présenté comme « principal acteur dans la lutte contre le dépôt de gerbe ». Ce qui, par parenthèse, donne du personnage une image plus proche de la vérité que le statut de chasseur de nazis qu’il revendique.

Après avoir, selon l’antique règle talmudique, craché dans la main que Mitterrand lui tend en se pliant à ses diktats, Klarsfeld résume ce que cette « bagarre » (le mot est du Quotidien) a apporté à notre pays.

« Les Français savent aujourd’hui, répond l’avocat, que Vichy a commis des actes qui méritent une condamnation ferme. Le fait de collaborer économiquement est une habitude des guerres. Mais faillir aux traditions d’un pays, agir contre l’honneur, a une portée incalculable. C’est pour cela que la France a perdu la guerre. A la différence du Danemark, qui a travaillé avec l’Allemagne mais qui s’est toujours refusé à livrer ses juifs... »

On admirera d’abord l’explication politico-stratégique selon laquelle la France a perdu la guerre en juin 40 parce qu’UN AN PLUS TARD elle allait obtempérer à l’ordre de l’occupant d’instaurer un « statut des juifs ».

C’est un argument d’une telle sottise et, disons-le, d’un tel racisme antifrançais, que l’on ne s’y arrêtera même pas.

On approfondira, en revanche la comparaison avec le Danemark parce qu’elle revient souvent dans les discours sur l’attitude de la France à l’égard des exigences allemandes relativement au statut des juifs.

La France, son armée écrasée par le rouleau compresseur allemand, son peuple jeté sur les routes, son gouvernement en fuite, a signé l’armistice le 22 juin 1940. A cette date, le Danemark était occupé depuis deux mois. La fin du régime de Vichy est intervenue le 20 août 1944. La Libération du Danemark par les troupes britanniques date du 5 mai 1945.

Pendant cette période, si l’on sen réfère au Quid, les Danois qui, à en croire Klarsfeld, se seraient « toujours refusé à livrer leurs juifs » ont perdu six mille morts et disparus sur les vingt mille sujets danois de confession hébraïque que comptait la population. Dans le même temps, la France, elle, a perdu quatre-vingt-dix mille des trois cent mille Israélites français ou réfugiés.

C’est-à-dire que le pourcentage de pertes est exactement le même : 30 %.

Ce pourcentage est le plus bas de toutes les nations ayant connu l’occupation allemande.

L’URSS, contre laquelle on n’a jamais entendu Monsieur Klarsfeld proférer la moindre plainte, a laissé disparaître 71,4 % de ses deux millions de citoyens israélites.

La Pologne, 85 %. La Belgique, dont le cas n’est jamais évoqué dans les grandes leçons d’histoire officielle assénées sous la protection de la loi Gayssot qui prohibe le révisionnisme, a laissé 45 % de ses quatre-vingt-dix mille juifs partir à la mort. Les Pays-Bas, qui aujourd’hui exploitent la tragédie d’Anne Frank pour s’attribuer un certificat d’héroïsme dans le combat contre l’antisémitisme, ont livré, en proportion, deux fois plus de juifs que le gouvernement de Vichy : 60 %.

C’est cette réalité que prétendent occulter Klarsfeld et son équipe de pousse-à-la-haine.

Heureusement, d’autres ont plus de bon sens. C’est le cas de Maxime Steiner qui, dans un récent numéro de la revue des Annales, évoquait avec beaucoup de bon sens et d’honnêteté ce qu’il appelle le « paradoxe français ».

Les chiffres qu’il donne sont légèrement différents de ceux du Quid mais ils en confirment le sens.

Dans Le Monde, jean-Pierre Rioux écrivait à ce sujet : « En soupesant l’affreuse comptabilité des morts, il (Maxime Steiner) établit en effet que les trains nazis ont acheminé vers Auschwitz, Sobibor ou Maidanek, jusqu’à l’été 44, 78 % des juifs vivant en territoire néerlandais (soit environ 100 000 déportés), 43 % de ceux qui peuplaient la Belgique (25 000 déportés) et seulement - si l’on ose dire - 28 %, selon les dénombrements de l’époque, ou 25 %, selon les estimations actuelles, des juifs de France : soit 73 800, sur une population d’un peu plus de trois cent mille personnes ».

Encore faut-il considérer que le sort des juifs de France a été directement lié à leur nationalité puisque, Si 43 % des juifs étrangers ont été déportés, ce pourcentage passe à 17 % pour les citoyens français.

C’est, et de très loin, le chiffre le plus bas de toutes les communautés israélites nationales en Europe occupée. 50 % des juifs roumains ont disparu, 50 % des Hongrois, 85 % des Tchécoslovaques, 90 % des Lituaniens et des Lettons, 80 % des Grecs, 75 % des Yougoslaves et 70 % des Autrichiens.

En clair, et c’est Maxime Steiner qui parle : « C’est la France qui... bénéficiait des conditions politiques les plus propices à la réalisation optimale de la solution finale. Le résultat y fut des plus médiocres ».

C’est le moins que l’on puisse dire, en effet.

Et nous laissons à Maxime Steiner la responsabilité de sa conclusion, tant elle est riche de méditation sur les vraies responsabilités du maréchal Pétain et du Régime de Vichy : « En exploitant toutes les ressources des sociétés où ils opéraient, les services allemands réussirent avec le plus de succès à les débarrasser de leurs juifs là où l’appareil d’état n’adhérait pas à leur idéologie. En somme, les comportements racistes et antisémites et xénophobes furent, à l’ouest de l’Europe, bien plus redoutables pour leurs victimes quand ils n’étaient pas le fait des plus militants ».

C’est justement ce que ne disent pas Klarsfeld et ses complices en mensonge historique.

Serge de Beketch
Sommaire - Haut de page