Le Libre Journal de la France Courtoise - n° 19 du 18 novembre 1993 - p. 24
Histoire de France
Louis IX, l’homme de glace
par Aramis

Fallait-il célébrer le 11 novembre autrement que dans le calme et la dignité ? La réponse est naturellement non. C’est pourquoi il ne pouvait être question de rendre hommage d’une façon ou d’une autre à Pétain. Les pouvoirs publics ont saisi parfaitement les complications inextricables auxquelles la seule évocation de ce nom pouvait conduire. En effet, Pétain nous rappelle les heures les plus sombres de notre histoire. Par ce simple fait il contribue encore de nos jours à ressusciter dans l’inconscient collectif les Chleus, les Fritz, les Boches, les Fridolins et toutes sortes de mômes vert-de-gris. Ce qui, dans le cadre de la difficile édification européenne, pousse à affaiblir de facto l’amitié franco-allemande. Et à renforcer une fois de plus le repli frileux et étriqué sur soi, tel que le prônent les partisans de ce que Jean Lapiqure nomme à bon escient « la petite France". L’ensemble des démocrates ne peut accepter cela. Entre le défilé des troupes sur les Champs-Elysées et l’ouverture des magasins de dimanche et jours fériés, ils ont choisi. Les morts, fussent-ils poilus, doivent s’effacer devant l’expression de la culture vivante. Et il est normal que, face au Drugstore et au Virgin Mégastore, les troupes se mettent, elles, en rideau. Enfin, à ceux qui seraient tentés de crier : « Vive Pétain, le vainqueur de Verdun ! », osons affirmer clair et fort notre message humaniste et européen : « Vive la collaboration franco-allemande ! ».

H. Plumeau et R. Jacob

***

Louis VIII, qui succéda à Philippe-Auguste, poursuivit la déraisonnable politique de son père, en reprenant quelques provinces supplémentaires aux Anglais. Pour sa peine, il mourut jeune, laissant sur le trône un gamin à peine âgé de onze ans, Sa mère, Banche, l’éleva comme elle put. C’est-à-dire mal, car elle ignorait à la fois Bruno Bettelheim et Françoise Dolto. C’est ainsi que le jeune Louis, à l’opposé de toute hygiène alimentaire, fut gavé de crèmes glacées à la vanille et au citron. Tout ça parce qu’au pays tugudeu Castille, il y a tugudune fille qui aime les glaces vanille et citron. A part cela, Blanche conduisit les affaires de la France à la place de son fils. Elle le fit de manière décevante, comme un homme, ou Margaret Thatcher, ce qui revient au même. C’est la raison pour laquelle sa place dans l’histoire est insignifiante au regard de Simone Veil, par exemple. Rappelons à cet effet que cette dernière demeure toujours au plus haut dans les sondages : 99 % d’opinions favorables (selon un échantillon représentatif de mille personnes ayant assisté au Yom Kippour, rue des Rosiers).

Après les glaces, ce qu’aimait le plus Louis IX, c’était la justice. Il l’aimait, bien entendu, à sa façon. Et s’il la fit sous un chêne, ce fut avant tout et surtout parce qu’il agissait comme un gland.

Selon lui, chose maintenant incroyable, il fallait que les méchants soient punis. Dans ces conditions pour le moins réactionnaires et fascinantes, il ne s’interrogea jamais sur l’enfance difficile des délinquants et les troubles de la personnalité qui y sont liés : port du bonnet d’âne à l’école, abus d’alcool auquel se livrent les parents des orphelins malheureux, etc. A aucun moment il ne s’entoura des conseils judicieux d’une commission de sages ou de psychiatres. Car il préférait s’apitoyer sur le sort des victimes plutôt que de reconnaître l’évidence en face : la culpabilité de la société tout entière. Au lieu de songer à la prévention en direction des milieux les plus défavorisés, il s’acharna à renforcer les inégalités en pendant haut et court les assassins et les voleurs. Ce refus de la réinsertion sociale pèse aujourd’hui lourdement dans la balance culturelle de la France si l’on pense à tous ces petits Knobelspiess si soudainement arrachés à l’accomplissement de leur oeuvre.

Un partisan aussi acharné de la peine de mort ne pouvait que tomber à son tour dans les travers de la crédulité et dans la xénophobie. Mais bien mal lui en prit. Lors de sa première croisade pour occuper le Saint Sépulcre, il fut fait prisonnier par les Egyptiens qu’il avait volontairement agressés. Relâché, il voulut remettre cela quelques années plus tard à Tunis. Où il meurt vraisemblablement du diabète (*).

(*) Ce sont les glaces qui nous ont mis au parfum.

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