Le Libre Journal de la France Courtoise - n° 21 du 9 décembre 1993 - p. 23
Chers frères
Monsieur Martin

Année de naissance : 1902. Profession : homme d’affaires, aujourd’hui à la retraite. « J’ai monté des usines de produits alimentaires. J’ai vendu de tout : nougats, caramels, chocolats, biscuits, saucissons, jambons, mortadelles, chewing-gums et même des couronnes funéraires. Cela un peu partout en France et en Bavière. »

Pendant la guerre, M. Martin fut chargé de l’intendance de deux camps de prisonniers, près de Dijon : mille et cinq mille hommes en transit avant leur départ pour l’Allemagne. « J’ai connu les plus grands escrocs d’entre les deux guerres. J’ai personnellement connu Stavisky. C’était un grand voleur. J’ai connu Galmo, et son amante Arlette qui devint la femme de Stavisky. Galmo assurait le trafic du rhum entre la Guyane et la France pendant la Grande guerre. J’ai connu Madame Hanau. Elle était dans la finance comme moi : une femme qu’il fallait écouter, mais qu’il ne fallait pas suivre ! J’ai connu Anquetil (Georges), directeur du journal La Rumeur : un grand maître chanteur. J’ai connu Dorget à Marseille, les banquiers Oustric, Pacman et Guardala, la plus grande crapule qui puisse exister ! »

Mais, lui demandais-je, comment avez-vous gardé les mains propres au milieu de pareils gens ? Quel a été votre rempart spirituel ?

- Ma croyance en Dieu. Quand je voyageais, la première chose avant d’aller voir mes clients, c’était d’aller à la messe, le matin. Et le chapelet.

Tous les jours ?

- Tous les jours. Je n’étais pas meilleur que les autres, mais cela me faisait voir le pour et le contre.

Cela s’appelle la sagesse.

- Je cherchais des églises noires comme du cirage. Plus elles étaient noires, plus je priais !

Soyez irréprochables et purs, au milieu d’une génération tortueuse et pervertie, écrivait déjà saint Paul (Phi. 2,15).

Abbé Guy-Marie
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