Le Libre Journal de la France Courtoise - n° 21 du 9 décembre 1993 - p. 24
Histoire de France
Loi salique : le poids des mots
par Aramis

Le départ d’Hervé Bourges de la présidence commune de France 2 et France 3 s’inscrit dans la formidable chasse aux sorcières déclenchée par Balladur et ses séides. Depuis plusieurs jours, en effet, les têtes ne cessent de tomber. Ce fut tout d’abord Gérard Houllier qui, comme au plus beau temps des purges staliniennes, fut contraint à l’abandon par autocritique. Puis, immédiatement après, Jean Fournet-Fayard annonçait à son tour sa démission. En un mot comme en cent, et ce quel que soit le bilan désastreux qui fut le leur, fallait-il sanctionner aussi durement ces individus qui sont aussi des hommes ? Imagine-t-on un seul instant le désarroi vers lequel on les précipite ? Pourront-ils un jour relever la tête en allant faire un loto sportif au café des sports ? Telles sont les questions que l’on peut raisonnablement se poser après le jugement d’infamie qui les accable. Certes, il ne s’agit nullement ici d’accréditer l’idée selon laquelle ils se seraient laissés entraîner malgré eux. Gérard Houllier n’était pas irresponsable à ce point. Nous nous accorderons encore pour dire que des sanctions étaient nécessaires. Mais reconnaissons avec tous les hommes qui, comme l’abbé Pierre, sont épris de justice, que la leçon ne méritait pas une telle ampleur. Car, après l’équipe première, il n’y avait aucune raison de frapper aussi l’équipe de France 2 et France 3. Et en définitive de décapiter un football français déjà mal en point.

H. Plumeau et R. Jacob

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Depuis Hugues Capet, tous les rois se succédaient comme dans une PME-PMI, de père en fils. La règle machiste dominait puisque les femmes ne régnaient pas. On appela cette loi la loi salique. Ce qui n’est pas sans rappeler quelque chose d’inquiétant, que l’on aurait pu éviter en l’intitulant la loi salienne. L’écueil phonétique (la loi s’aliène, la loi sale hyène) étant, quoi que l’on dise, moins choquant pour les consciences les plus humanistes que la résurgence soudaine d’une terminaison douloureusement chargée d’histoire. Une voie mériterait d’être creusée au nom du respect de la mémoire. Celle qui aboutirait naturellement à une nouvelle classification du langage. D’un côté seraient recensés tous les noms dont l’essence relève des droits imprescriptibles de l’Homme. De l’autre, l’établissement sous contrôle judiciaire d’une liste rassemblant tous les mots en "ique" dont la nature éminemment "fâchisante" est une menace pour l’avenir du débat démocratique. Ainsi le chien supplanterait-il le chic, dont l’arrogance est déjà une insulte aux plus démunis, qui, accessoirement, sont aussi des amis des bêtes. La difficulté à laquelle l’ensemble des forces de progrès se heurtera n’est ni la langue de bois, ni le double langage, qui, depuis 1789, sont parfaitement maîtrisés, mais le caractère profondément raciste, fâchiste et xénophohe du langage lui-même dont la perversité réactionnaire mérite d’être enfin mise au jour. L’exemple le plus probant apparaît dans sa dimension plurielle avec le bien et la bique, qui sont deux termes destinés à jeter le trouble dans la clarté dialectique du mouvement antiraciste et humaniste. Ainsi, le bien est une notion bourgeoise évidente. Au pluriel, le pire est atteint puisqu’il s’agit purement et simplement d’affirmer la propriété qui, comme chacun sait, est le vol. En revanche, la bique est un animal qui ne peut réjouir que tous les amoureux de la nature au rang desquels ne figure pas le légionnaire. Au pluriel, hélas, la déception est totale pour les écologistes et leurs amis progressistes. Ce mot, en effet, traduit une conception authentiquement nazie qui, si elle réfute l’idée selon laquelle la propriété est le vol, tend a contrario à accréditer celle qui voudrait que les biques le soient. Cela, nous ne pouvons l’accepter.

C’est pourquoi tous les partisans d’une conception généreuse et ouverte de la société Française se doivent de se regrouper au sein de comités de vigilance antifâchiste du langage, qui s’efforceront de ne pas tomber dans le piège ouvert devant eux par les mots en "ique". Zburp !

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