Le Libre Journal de la France Courtoise - n° 23 du 30 décembre 1993 - p. 24
Histoire de France
Le centrisme triomphe malgré la défaite
par Aramis

Contrairement aux prévisions les plus pessimistes la reprise est en vue. La fin d’année se présente en effet sous les auspices les plus favorables. Ainsi Noël sera et nous pouvons l’affirmer avec certitude, joyeux. Ajoutons à ce signe qui est plus qu’un frémissement, que tout laisse présager dès le 31 décembre au soir, un retour officiel à l’optimisme. Selon des sources autorisées, ce regain de confiance se traduirait déjà à Matignon où le Premier ministre, Edouard Balladur, n’hésiterait plus à manifester auprès de ses collaborateurs son sentiment profond. Avec une certaine exubérance, d’ailleurs. Ainsi se serait-il ouvertement exclamé, lors de la quarante-troisième cérémonie ministérielle des voeux, faisant suite au conseil du mercredi : « Bobobonnne... annnée... et su-surtout... u-u-une... bo-bo-bonne... Sant-santé ! »

Cette déclaration s’inscrit dans un climat plus général car le triangle de Jupiter et de Saturne sera dans les Scorpions, ce qui ouvre la voie à la relance. Néanmoins, ce n’est que lors de son passage dans les Poissons que l’on commencera à en sentir les effets. Même si, autre signe encourageant, le ministre du Travail, Michel Giraud, a pu affirmer lors du congrès national des fabricants de chaussettes trouées : « J’ai confiance, mais il nous faudra clairement aborder la reprise si l’on ne veut pas garder frileusement ses deux pieds dans le même godillot ». L’espoir renaît.

H. Plumeau et R. Jacob

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Si l’on doit retenir une une chose de la guerre de Cent Ans, c’est le mauvais coup qu’elle porte à l’esprit de résistance. C’est-à-dire à une certaine idée de la France. Et non, comme le pensent les cuistres, une idée certaine de la France. Quoi qu’il en soit de cette certitude, elle ne pouvait s’accomplir puisque le cas de figure qui se présentait était contraire à la logique du sens de l’histoire, A l’inverse des prévisions météorologiques, le vent de l’histoire souffle, est-il besoin de le rappeler, d’est en ouest. Et uniquement dans ce sens. Observons au passage que l’anticyclone des Açores choisit donc derechef de se ranger dans le camp de la réaction. Cette précision d’importance étant rapportée, nous pouvons affirmer alors que la guerre de Cent Ans s’inscrit dans la même logique. Ce qui explique clairement son choix : ternir à jamais la résistance. Imagine-t-on un instant l’impasse dans laquelle se trouvaient les Français libres ? Empêchés d’installer leur gouvernement dans la capitale londonienne sous peine de basculer dans une perversion incroyable qui aurait amené les révisionnistes à déclarer que la résistance ne pouvait s’accomplir que dans la collaboration. Et ainsi ouvrir ultérieurement la porte aux situations plus insensées : demandes de carte de résistant de la part des émigrés de Coblence ou encore attribution de la retraite des speakers de la BBC à l’animateur de Radio Stuttgart, Ferdonnet.

Par bonheur les résistants n’en firent rien. C’est pourquoi l’inaction dans l’occupation peut être aujourd’hui considérée comme l’expression la plus achevée de la résistance.

Pour l’héritier des Valois, Jean le Bon, la gravité de l’heure importait peu. Et il choisit plutôt de se livrer à des manoeuvres politiciennes. C’est ainsi que, sous l’influence de son plus jeune fils, il décida de s’ancrer avec plus de force encore dans ses convictions-Méhaigneristes du monde, C’est à Poitiers que tout bascule. Le lieu n’est pas fortuit si l’on songe qu’il s’agit du fief de René Monory. La scène quant à elle mérite d’être décrite. Jean le Bon est face aux Anglais. Son fils ne cesse de le harceler. Lui criant à tue-tête : « Père, garez-vous à droite ; Père, garez-vous à gauche ! » A la fin, le roi céda. Et il partit au centre. Comme Alain Poher. Ce choix plus tard présenté comme le Bon choix, du nom du souverain, par VGE, fut lourd de conséquences. Car son refus louable des extrêmes ne les empêcha pas, comme il se doit, de se rejoindre. Et Jean le Bon fut emmené prisonnier à Londres. Son fils, malgré cette déconvenue, confirma son attachement aux valeurs modérées en s’exclamant : « Je me sens triste ! »

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