Le Libre Journal de la France Courtoise - n° 24 du 8 janvier 1994 - p. 22
Un jour
13 janvier 1671 - La volage princesse de Condé

La Gazette du 14 janvier 1671 publia qu’un coup d’épée avait blessé le 13, « au-dessus de la mamelle droite », Marie-Clémence de Brézé, princesse de Condé, la femme du vainqueur de Rocroy, la nièce de feu Monseigneur le cardinal de Mazarin. La chose fit grand bruit. A juste titre...

N’aimant pas plus son époux que son époux d’ailleurs ne l’aimait, Marie-Clémence accumulait les aventures d’alcôve : Madame la princesse jetait le mouchoir à n’importe quel mâle de bon air, qu’il fût tonsuré, gentilhomme, bourgeois, gagne-denier et, à la fin de 1670, elle avait même été l’amante d’un valet du nom de Duval.

A Duval, renvoyé à ses basses besognes, succéda le fringuant Roger de Bussy-Rabutin, un petit cousin de la marquise de Sévigné. Drôlerie pour tous sans importance, sauf pour le jaloux, irascible, violent Duval...

Le 13 janvier 1671, l’Othello en livrée, qu’habitait peut-être un fragile espoir de reconquérir l’infidèle, pénétra dans la chambre de Marie-Clémence. Là, un insoutenable spectacle frappa sa vue. Celui de la volage et de Roger qui, l’un et l’autre pleins d’une belle ardeur, jouaient à la bête à deux dos ! Alors, fou de colère, Duval empoigna une flamberge appendue au mur, la pointa vers Bussy ; la princesse s’interposa... et tomba poitrine trouée. « Quoique le sujet de la noise soit honorable, gronda la hautaine marquise de Sévigné, je n’aime pas qu’on nomme un valet de pied avec un Rabutin. La maîtresse lui fait honneur, le rival la honte ».

Un court temps après le déshonorant scandale, Louis XIV, à la sollicitation de Monsieur le prince, exila Marie-Clémence à Châteauroux, où « elle n’[eut] pas d’homme qui l’approch[ât] et que des enfants en dessous de douze ans pour pages et laquais ». Madame la Princesse de Condé mourut en 1696, pieusement.

Jean Silve de Ventavon
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