Le Libre Journal de la France Courtoise - n° 44 du 7 septembre 1994 - p. 23
Un jour
5 septembre 1649 - La défense de "L’Habitation"

Aujourd’hui, 5 septembre 1649, il y a plus d’un mois que, à Madagascar, les aborigènes investissent le fort appelé "L’Habitation", fort qu’occupent le gouverneur de l’île, M. le chevalier de Pronis, et une grêle troupe de soldats colons. A présent, seule la sainte Providence peut sauver les Français... Lorsque la révolte éclata, les sauvages étaient dix mille, les Blancs soixante-treize. « Me rendre, jamais ! » avait grondé Pronis, approuvé par ses lieutenants, M. l’abbé de Bellebarbe, MM. de Fourquembourg et Cauche, et par la garnison. Maintenant, le nombre des assiégeants a multiplié ; trente-quatre assiégés ont péri. Qu’importe ! Les tubes du chevalier, "La Galante", un gros canon, et deux couleuvrines, tirent toujours et la poignée de braves ne cessent pas un instant de fusiller, d’estoquer... Néanmoins, « là-bas (...) le flot des ennemis s’enfle sans arrêt ». Les tribus vocifèrent à une toise de la citadelle de bois... Les vaillants de "L’Habitation" sont « assommés de fatigue, de privations (...), usés d’insomnie (...) ». Pronis a reçu une flèche dans la jambe droite, Cauche une lance dans le ventre...

A l’aube, Monseigneur le Gouverneur vêt un justaucorps brodé, des chausses de drap festonné de fils d’or, se noue à la gorge un jabot de soie : il faut être beau quand la Camarde vous muguette ! Et les Malgaches attaquent, incendient, à l’aide de dards enflammés, les entrepôts, la poudrière, sautent, plein de haine, les glacis de rondins... Les soldats-colons font front ; Pronis, quoiqu’il tremblât la fièvre, frappe et frappe, la lame meurtrière... Est-ce la fin ? Nenni-da ! Soudain, une pluie de boulets inonde les hordes barbares, et les preux voient apparaître sur la mer un trois-ponts, dont une étamine fleurdelysée orne le haut-mât !!

Madagascar demeurera terre gallique. Les Malgaches vaincus, M. de Pronis dit aux soldats-colons : « (...) ces gens madasgarois auront connu ce qu’il en coûte de nous faire la guerre. Mais, las, (...) nous aussi l’avons cher payé... Du moins le vieux renom de la France et les armes du Roi n’auront pas eu à souffrir en tout ceci. Nous nous sommes battus, ainsi qu’il sied (...) ». Puis le héros cria : « Vive le Roi ! » et trépassa.

Jean Silve de Ventavon
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