Le Libre Journal de la France Courtoise - n° 45 du 16 septembre 1994 - p. 22
Un jour
13 septembre 1745 - La divine "grisette"

Créée par son auguste amant Louis XV marquise de Pompadour, Madame Jeanne-Antoinette d’Etioles, née Poisson, fut présentée à la Cour des Lys le 13 septembre 1745. Lorsqu’elle effectua les trois révérences d’usage, le Roi rougit, la Reine lui sourit, le Dauphin lui tira la langue...

La Noblesse n’aima point Mme de Pompadour, qu’elle traita de "grisette", eu égard aux humbles origines des Poisson, et le peuple, niait comme il sait l’être, fit sien le mépris armorié, moquant la pauvre femme dans de crapuleux couplets, "les Poissonnades"... Pourtant, la marquise possédait « tous les talents, tous les dons et toutes les grâces ». Mme de Pompadour pensionna Van Loo, Boucher, Oudry, Nattier, La Tour et Drouais, Pigalle, Verbeckt et Falconet, Gabriel, Cochin, Oeben ; inspira l’ouverture des Champs-Elysées et des boulevards, l’édification de la place Louis XV - notre place de la Concorde -, des hôtels de Pontchartrain et d’Evreux - notre Palais de l’Elysée -, des châteaux de Champs, de Sèvres, de La Celle-Saint-Cloud et de Bellevue. Et si elle eut le grave tort de protéger les Encyclopédistes, elle sut convaincre le Très Chrétien de rompre avec la Prusse et de s’entendre de bonne amitié avec l’Empire des Habsbourg.

De nature guère voluptueuse, phtisique, la jolie marquise n’aima charnellement le Bien Aimé que de 1745 à 1750 ; en revanche, elle demeura toujours sa « soeur d’élection », égérie indulgente et d’un esprit prompt. La divine mourut le 15 avril 1765, à l’âge de quarante-trois ans. « Après un service à Notre-Dame de Versailles, on l’a enterrée à Paris, écrit Pierre Gaxotte. De son cabinet, le Roi a vu passer le convoi funèbre (...). Dans la nuit (il) a écouté les carrosses roulant sur le pavé inégal (...). De grosses larmes coulaient sur ses joues » « Voilà les seuls devoirs que j’ai pu rendre à une amie de vingt ans ! ». La défunte laissait une multitude d’objets, peu d’argent liquide. Elle fut inhumée à la hauteur du 3 de l’actuelle rue de la Paix.

Jean Silve de Ventavon
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