Le Libre Journal de la France Courtoise - n° 59 du 10 février 1995 - p. 3
Editorial
Le super-Carpentras raté de monsieur Pasqua

Franchement, je suis déçu : Monsieur Pasqua est beaucoup moins futé que je ne croyais. Moins futé que Joxe. C’est dire... Comment ! Voilà un homme, un ministre de l’Intérieur, un serviteur dévoué des Vrais Maîtres à qui on apporte un "super-Carpentras" sur un plateau et qui n’est même pas fichu de s’en servir ? Pire : qui laisse cette affaire se retourner contre lui-même et ses services ? C’est nul !

Rappelons les faits :

Un avion d’Air Algérie fait une escale technique à Marseille. Soixante-dix passagers en descendent. Quarante-sept seulement y reprendront place au décollage. Manque vingt-trois.

Que fait Pasqua ? il donne l’ordre de retrouver ces "clandestins".

Quel manque de sens politique !

Imaginez...

La télé s’allume pour le "Vingt heures". Pasqua apparaît, sombre et déterminé.

« Vingt-trois ressortissants Maghrébins ont disparu à Marseille. J’ai aussitôt ordonné des contrôles policiers de la plus extrême rigueur.

« Au moment où je vous parle, mille policiers perquisitionnent la totalité des locaux publics et privés de l’extrême droite dans tout le sud de notre pays où les factieux sont particulièrement virulents.

« Que le peuple français se rassure : les principaux chefs des mouvements et partis nationalistes ont été interpellés.

« Quant à nos amis de la communauté musulmane, je leur demande solennellement de garder leur sang-froid.

« Où qu’ils soient séquestrés, rien ne sera épargné pour retrouver leurs coreligionnaires.

« Et si, par malheur, tel n’était pas le cas, nous saurions faire payer leur crime aux hordes racistes.

« Ce rapt collectif est intolérable et nous ne le tolérerons pas.

« Comme nous avons su terroriser les terroristes, nous saurons bien rapter les rapteurs. »

Avouez que ça aurait eu de la gueule.

Suivi d’un déifié de l’Etoile à la Concorde, Balladur derrière Mitterrand poussé dans sa chaise roulante par le Grand Rabbin à côté de l’Abbé Pierre porté à bras par le recteur de la Mosquée de Paris, le tout suivant une effigie de Le Pen pendu par les pieds, c’était au moins cinq points de plus dans les sondages.

A trois mois de la présidentielle, du nanan.

Au lieu de quoi, rien ! Pasqua n’a rien fait. Les vingt-trois sont toujours dans la nature, à la barbe des flics. Et ce n’est même pas la faute à Le Pen.

A la place de Balladur, on se méfierait, ce ratage ressemble fort à un sabotage.

Serge de Beketch
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