Le Libre Journal de la France Courtoise - n° 143 du 31 janvier 1998 - p. 23
Un jour
"N’offensez pas Dieu"

L’an 1563, la première des huit guerres de Religion exposait en proie le Pays des Lys ; les Huguenots du félon amiral de Coligny tenaient Orléans.

Les troupes du jeune roi Charles IX, à la gouverne du très papiste duc François de Guise, s’installèrent à Olivet, bourg limitrophe de la ville johannique, le 5 février. Les jours de Monseigneur de Guise étaient comptés.

Le 18, la nuit close, le duc, qu’escortait un trio d’officiers, regagna le manoir du Châtelet où il logeait. Les quatre cavaliers gravissaient le chemin qui menait à Vaslin lorsque, soudain, un bandoulier surgit d’un boqueteau et dit à Guise : « Salut à vous Monseigneur ! » A peine le duc eut-il répondu : « Salut à toi, bon chrétien ! » que l’inconnu lui déchargea une pistolétade dans le corps. Guise tenta de tirer l’épée mais, la douleur trop forte, il murmura : « Je suis mort » et tomba de cheval, inanimé.

On ramena l’illustre blessé au Châtelet. Il y rouvrit les yeux entre les bras de sa femme, Anne d’Este. Brantôme peindra ainsi le triste moment : « Est-il possible que le malheureux qui a faict le coup et celuy qui l’a faict faire [Coligny] en demeurent impunis ? gémit Anne d Este, Dieu, sit tu es juste, venge cecy ! » Son mari la reprit doucement : « Mamie, n’offensez pas Dieu en vos paroles, si c’est Luy qui m’a envoyé cecy pour mes fautes, que sa volonté soit faicte ! Puisque les vengeances Luy sont réservées, Il fera bien celle-cy sans vous ! » Et Monseigneur de Guise mourut le 24, administré par Son Eminence le cardinal de Ferrare. Venue la fin du mois, les Royaux s’emparèrent de l’assassin du champion de Rome, un protestant du nom de Poltrot de Méré. Il fut écartelé à Paris, place de Grève, le 18 mars.

Jean Silve de Ventavon
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