Le Libre Journal de la France Courtoise - n° 144 du 12 février 1998 - p. 23
Chers frères
Charles

Combien de fois l’ai-je aperçu dans l’église déposer un cierge à l’autel de la Vierge ou à genoux devant le tabernacle ? Combien de fois l’ai-je entendu sonner au presbytère, à l’improviste : « Mon père, auriez-vous le temps de me confesser ? »

Comme beaucoup de juifs convertis, Charles entre peu à peu dans le christianisme comme dans une expérience de plénitude. Deux ans, j’ai admiré le progrès de sa foi. Les difficultés que posent à un Israélite les dogmes catholiques sont, pour nous autres, des sujets de réflexion très intéressants. Nos vérités, en effet, aussi vraies soient-elles, ne s’imposent pas à l’intelligence humaine. Charles a surmonté ces difficultés les unes après les autres : Jésus Dieu, Dieu Trinité, l’Eglise Institution, Jésus Hostie... et, dernièrement, l’apôtre Paul, si rebutant et si fascinant pour un juif.

Ce fut pour lui l’occasion d’une découverte importante : la présence presque sensible de Jésus dans son Eglise et l’impossible retour au judaïsme de celui qui en a pris conscience. Cela explique l’insupportable assurance d’un Etienne, d’un Pierre, d’un Paul face aux juifs dès les premiers mois de l’Eglise. Pourquoi saint Paul tourne-t-il le dos si résolument au judaïsme ?

Charles, de retour d’Israël, répond à sa propre question : « J’étais entré dans une synagogue pour prier. J’ai retrouvé les prières de mon enfance, les psaumes chantés et l’odeur du bois des pupitres ; j’ai retrouvé les châles de prière et le regard plein de lumière et de tendresse du rabbi. Mais un sentiment de tristesse s’écoulait en moi, que je ne pouvais définir ». L’assurance de saint Paul. Sa superbe, dirait-on, Charles la comprit de l’intérieur : « Il me manquait la présence du Seigneur. J’étais comme Paul, lui que l’on a accusé de renier sa foi et son peuple. Choisir le Christ, ce n’est pas renier sa foi mais l’accomplir et rendre témoignage aux prophètes de l’accomplissement des Ecritures. Aller dans une synagogue sans rendre témoignage de Jésus m’est devenu impossible ; ce serait me couper de la fol qui me fait vivre maintenant. »

Abbé Guy-Marie
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