Le Libre Journal de la France Courtoise - n° 173 du 30 janvier 1999 - p. 23
Chers frères
La messe de Saint Pie V

« Je suis un homme du XXe en marche vers le XVIIe. »

Je me retrouve assez bien dans cette définition. Le progrès ne consiste pas toujours à aller de l’avant mais bien, quelquefois, à retourner en arrière.

Ordonné prêtre il y a vingt ans, je n’ai célébré que la Messe de Paul VI et ce avec le plus grand respect du missel français ou latin.

Or, est-ce une inspiration du Saint Esprit ? Voilà que, de plus en plus souvent, je m’essaie à dire la Messe selon le rite de saint Pie V, presque seul puisque mon ministère ne m’autorise pas à célébrer cette Messe dans ma paroisse.

Je livre ici, non des considérations théologiques sur la Messe de saint Pie V mais plutôt le témoignage d’un prêtre qui découvre ce qui, paradoxalement, lui apparaît comme un nouveau rite.

Quiconque, habitué au rite de Paul VI, entre dans la Messe de saint Pie V est surpris par la richesse de son ornementation. Cela produit une impression semblable à celle que pourrait ressentir un fidèle, habitué à prier dans une église cistercienne, qui découvre une basilique flamboyante.

Il se sent conduit vers l’essentiel. Tout d’abord, je trouve que la Messe de saint Pie V commence bien :

« ... qui laetificat juventutem meam ». Ma jeunesse ! Comme il est vrai que ce psaume 42, qui me conduit à l’autel, réveille en moi l’enthousiasme de ma jeunesse !

Le psautier est heureusement présent dans la prière eucharistique, au moment du "lavabo" et au graduel. Il met sur nos lèvres les paroles de l’Ancienne Alliance pour les accomplir ici.

Plus fondamentale est l’invocation répétée de la Sainte Trinité avant, pendant et après le Canon par le geste et la parole : signes de croix, doxologies, conclusion de toutes les oraisons, prières au début et à la fin de l’Offertoire, avant et après la communion.

Je pense aux deux magnifiques prières du "Suscipe" et du "Platia tibi Santa Trinitas".

Le murmure des paroles du prêtre préserve son propre recueillement et crée les conditions de l’adoration alors que la diction actuelle, à haute voix, outre le risque d’emphase, fatigue le célébrant et donne un caractère sentencieux aux prières.

Un seul regret dans le rite "ancien" : l’enfouissement du "Mysteriun fidei" dans la prière consécratoire.

Abbé Guy-Marie
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