Le Libre Journal de la France Courtoise - n° 180 du 14 avril 1999 - p. 23
Chers frères
Deditque

Au soir du Jeudi Saint, le Seigneur prit du pain, « Il le bénit, le rompit et le donna... Benedixit, fregit, deditque ». Ces trois mots de la consécration figuraient au dos de l’image d’ordination du Père Hans-Urs von Balthasar. Ils ne disent pas seulement le geste de Jésus tenant entre ses mains le pain de l’Eucharistie ; ils éclairent toute la vie du Christ et, du même coup, notre propre vie de disciples. Jésus-Christ est en effet le Béni du Père, son Fils de toute éternité, rompu, par sa Passion, et donné aux hommes pour qu’ils reçoivent sa vie en partage par sa Résurrection. De ces trois verbes appliqués à la Semaine sainte, le plus important me paraît être le troisième : « ... et il le donna, deditque ». Le don, l’offrande est un trait commun aux trois jours saints. Lors de la Sainte Cène, Jésus offrit son corps en nourriture : dans sa Passion, Il livra sa vie en sacrifice et, par sa sainte Résurrection, Il est donné aux hommes pour être avec eux, toujours, jusqu’à la fin des temps.

Si l’on considère maintenant les mêmes événements, mais du côté du Père, comme nous y sommes encouragés cette année, l’expression « Il leur donna » a Dieu le Père comme sujet. L’Eucharistie n’est plus seulement une offrande au Père mais une offrande du Père, sacrifice et communion. Quant à la Résurrection, elle est interprétée comme un don du Père, le don que le Père nous fait de son Fils ressuscité. En effet, par sa Résurrection, Jésus est plus présent que jamais à nos vies. Le paradoxe est le suivant : tandis que par sa Résurrection Jésus n’appartient plus qu’au domaine du Père, qu’il n’est plus soumis aux contingences de la vie terrestre, qu’il est devenu « homme céleste » (I Co 15), Dieu son Père le prend en Lui et le donne au monde.

Nous-mêmes, à sa suite, par le baptême, et nous les prêtres plus spécialement encore par l’ordination, nous avons été séparés, mis à part de ce monde et pourtant envoyés dans ce monde pour y être les témoins et les ministres de l’Evangile ! Benedixit, fregit, deditque... Bénis, baptisés, consacrés, brisés par les épreuves et donnés à Dieu et à nos frères !

Abbé Guy-Marie
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