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L'après Libre Journal
Les voyages de Horbiger, ou les maîtres carrés
XV - Chapitre suivant. On sort du lot...
par Nicolas Bonnal

Résumé des chapitres précédents :

Nous sommes dans un monde incroyable. Un génie venu du ciel, anciennement conseiller des écrivains rebelles, revient sur terre pour voir ce qui s’y passe ; on lui confirme qu’effectivement il ne s’y passe plus rien, toute l’activité humaine étant dédiée à l’adoration non plus des dieux mais des maîtres carrés. Notre ange rebelle se fait des amis résistants, avec qui il combat et étudie le fléau postmoderne : des enfants mutants, des écrivains mécontents, des artistes de rue, des clochards terrestres, voire même des intrus ou personnages recyclés d’Ailleurs (les décors aussi d’ailleurs, tentes, bibliothèques, salles de bal...). Certaines de ses relations ont développé des armes secrètes pour résister à cette stratégie de la spéculation et tension. Avec eux, il descend aux Enfers où il constate que la spéculation immobilière, le surpeuplement et le bouleversement des règles traditionnelles de la morale ont aussi bouleversé l’ordre immoral des lieux et aussi les stratégies punitives mises en application par une bureaucratie invisible. De même, notre ange bizarre se fait de nouveaux amis dans ces lieux terrifiants, dont l’étrange et bizarre Horbiger.

Il s’agit maintenant de remonter des Enfers, alors que l’on a découvert qu’il n’y a plus trop de différence entre ce qui se passe à la surface et ici très bas ; sauf que l’on préfère en général passer une saison en enfer que dans un bas quartier des grandes métropoles. La suite du récit devrait montrer si cet ange peut fédérer des forces suffisantes pour combattre les maîtres carrés dirigés par Dieter, Morcom et la si belle Sibylle, et rendre l’âme de l’homme au romantisme musical, littéraire et sentimental ; ou si cet ange n’est qu’un imposteur, un prétendu ange justement, qui trompe son entourage avec de bonnes vieilles méthodes théâtrales. Heureusement, il est entouré de personnages qui valent peut-être mieux que lui et pourront prendre la relève au cas où notre héros et narrateur ne pourrait relever les défis et le gant. Mais n’anticipons pas...

***

Nous achevions nos emplettes, tandis que la marquise et les autres sortaient à cinq heures. D’Artagnan et Mandeville étaient allés voir un auteur paresseux, pourvu qu’il changeât la fin et même le début (d’Artagnan trouvant son entrée très maladroite), et même l’onomastique de son roman fameux. Ce maître était resté tel qu’il était, avec sa fière allure, ses favoris, son grand front noir et son génie sans trop bouillir. Il était entouré de nègres, ne voulait visiblement rien faire, sinon se battre en duel avec un collègue russe, un éminent contemporain qui avait plus mal terminé que lui sa course sur la terre. Je pus saisir cette étonnante conversation.

- Mais maître, faites..., commença d’Artagnan.

- Quoi ?

- La modification...

- Quelles modifications ?

- Ne soyez pas butor.

- Butor, moi ?

- Vous êtes l’omniscient narrateur...

- L’omnichiant narrateur ?

- Ca suffit, Mandeville !

- L’homme ni scient narre à toute heure ? ajouta notre regrettable ami (et pas regretté, tu verras mon lecteur).

- Vous voudriez que je remplaçasse mon adoré Porthos par ce redoutable imbécile ? ronchonna le vieux maître de la littérature des devantures, pardon d’aventures, et des capes et des pets.

Prrrrr...

- Maître, pleurnicha presque d’Artagnan, je vous prie... Ne vous méprenez pas...

- Je ne me méprends pas, je ne suis pas malappris moi. Il est inconcevable que je perde mon temps à réécrire mon chef-d’oeuvre. Changer de personnages ! Et d’abord, qui êtes-vous, Mandeville ?

- Un gentilhomme ma foi : je suis l’homme des ruches, le jeune libéral bien mis, bien fait de sa personne, fort en thème, doux de la gueule, bretteur bien redoutable, et baiseur patenté...

- Quoi ???

- Baiseur de bouches, baiseur de bouche !

- C’est la foi de son maître, ajouta d’Artagnan qui s’était bien repris. Mandeville m’a suivi, il roule les maîtres comme des tapis. Une vraie mise en plis !

- Que voulez-vous que j’y fasse ?

- Maître, philosophe que vous êtes, instruisez-moi, soutenez-moi ; j’ai besoin de savoir et d’être consolé.

- Consolé de quoi ?

- De mon malheur.

- Votre malheur fait rire.

Cela devenait long. Même Mandeville s’impatientait. Je sentais qu’il montait en puissance, peut-être même en ambition (chez les terriens c’est souvent même chose). Il précisa :

- J’ai déjà une maîtresse. Une riche maîtresse carrée.

- Vous jouez un double jeu, alors ?

- Double Je... Mais alors Je est un autre ?

- Normal ! Ne passons nous pas une saison en enfer ? souligna d’Artagnan qui se prêtait au jeu.

- Bon, reprenons, souligna une dernière fois Mandeville irrité. J’ai l’argent, j’ai le pouvoir, je suis rebelle. Vous pouvez m’aider, faire de moi l’un de vos grands héros. Cela relancerait votre derrière...

- Mon derrière ?

- Votre carrière !

- Ma carrière ! Mais pour qui vous prenez-vous, sacrebleu ! Allez voir là-haut si j’y suis !

- Mais maître...

- Il veut me mettre, avec ça ! Ecoutez, d’Artagnan ! Renvoyez Mandeville !

- Pourtant un bon adjoint, Homère du roman !

- Un adjoint au maire ?

- Vous me fatiguez tous deux...

D’Artagnan se leva alors, sa face blême devint terrible. Il dégaina son épée, remua sa tenue bleue et hurla au more.

- Homère du roman, je te le fais savoir à quatre pas d’ici : Si tu ne changes de gréement, j’irais voir...

- Oui, qui ?

- Oui, qui ? Pedia, peut-être (je ne connaissais pas ce nom, et toi lecteur, plus au fait que moi-même des ces modifications - sic - qui bouleversent l’ordre mental, l’ordre terrestre) ?

- J’irais voir... Cyrano !

- Celui qui a du nez ? plaisanta le romancier qui sembla accuser le coup, cligner de l’oeil et je ne sais quoi encore.

- Sire Annaud ! Ce lansquenet crochu ?

- Et ce sera bien fait ! Surtout bien envoyé !

- Je lui ferai procès ! Vous ne le voyez pas ?

- Courez, toujours courez ! Nous vous remplacerons ! hurla d’Artagnan.

- Ne nous énervons pas ! Mais après tout, en enfer, il n’y a rien à faire. Je veux donc bien changer de personnage. Un remake nous fera tous du bien. Et si je vous changeais de couleur ?

Il fut donc décidé que l’Homère du roman des devantures renverrait Mandeville en le changeant de couleur : il serait gris pour être plus local (la couleur, pas Mandeville) à la surface des écorces terrestres. Tout le monde fut content, et l’Homère du roman pourrait ainsi aider à la lutte contre les cyclopes des m². Mandeville expliqua ensuite à Horbiger peu informé ce qu’était une maîtresse carrée, nouvelle expression qui devait nourrir notre imaginaire pour la suite de nos aventures.

***

Moi j’essayais de nous défaire d’Al Dente, qui ne cessait de nous convaincre du caractère indépassable de son Enfer. Mais j’avais autre à faire, il fallait remonter, et depuis le temps que nous étions aux Enfers... Al Dente me parlait du paradis aussi, il me dit que là-haut aussi il y avait de grands changements. Je promis d’aller voir. Nous sortîmes des bois, et retrouvâmes des paysages plus rocheux et sinistres, de ceux qui inévitablement font penser à l’endroit, menant peut-être aussi vers les bouches d’Orcus (de qui, d’or qui ? demanda Mandeville). Nous étions environnés de monstres que nos petits gavnuks abattaient en riant. Nabookov ronchonnait, tandis qu’Horbiger discutait :

- Al Dente doit avoir raison. Si les Enfers ont ainsi changé, au point qu’une mère de monstre n’y reconnaîtrait pas son petit, on peut supposer qu’il en est de même du purgatoire...

- Il n’y a plus de purgatoire.

- Ou même du paradis...

- Du paradis ?

- Aujourd’hui le cercle de la mort c’est le cercle des endettés.

- Z’est la dette immonde, ach, je suis trop trôle !

- Ca va Horbiger, ne fais pas trop ton sot... Que voulez-vous dire, Nabookov ?

- Le péché, c’est debitum en latin. Ceux qui sont endettés sont les nouveaux pécheurs.

- Oui, professeur... de lettres suprêmes.

- De mon temps, on allait en prison pour dettes.

Dimitte nobis nostra debita sicut et nos dimittimus debitoribus nostris ?

Was ?

- Silence, Horbiger !

- Je n’ai pas étudié vos fourches latines, moi ! pardon, vos fourches caudines...

Pardonnez-nous nos offenses comme nous pardonnons aussi à ceux qui nous ont offensés...

- Donc ?

- Donc la dette est une offense. En contraignant les gens à s’endetter, les maîtres carrés les rendent plus coupables. Ils remplissent l’enfer de ces naïves âmes. En britannique, l’hypothèque se dit mortgage, mortgage...

- La mort et le gage.

- Mort à crédit, tueur à gages, cria joyeusement Superscemo.

- Exactement.

Nous nous tûmes. Nous regardâmes angoissés ces parois gigantesques, ces ravins déprimés. Et je demandais à Horbiger si ces parages étaient achetés, s’ils étaient sujets à une spéculation elle-même sujet d’endettement ultérieur. Il ne le savait pas.

- Seulement, chez nous, on compte en têtes...

- En têtes, on ne fait pas de bétail ! Non, ach, je rigole ! On compte en m² comme toi, pas en ha, mais en têtes de morts en quelque sorte...

- En totenkopf ? même pas en mètres cubiques ?

- Mais c’est très différent !

- Gerold ! Venez voir !

C’était la voix de mon jeune et vaillant Superscemo. Je ne t’ai pas décrit ses changements, mon cher lecteur, mais il avait encore grandi et même blondi. D’habitude les enfants foncent (dans tous les sens du terme), mais celui-ci avait éclairci. Il était devenu comme un jeune capitaine de quinze ans maintenant, responsable pour ainsi de notre sécurité dans cette partie si périlleuse de notre monde, de notre Unterwelt, Horbiger disait Urwelt.

***

Qu’avait donc vu Superscemo alias Edwin Vassiliévitch Pyvo, tu le sauras incessamment sous peu, mon bon.

Notre jeune capitaine me mena vers le grand mur. Il y avait une grotte, et là, il nous montra d’un geste qui balaya l’espace, une montagne de morts. C’est dans ce défilé que l’on avait mitraillé quelques centaines de victimes, sans doute de ceux qui comme nous passent si aisément de vie à trépas. Cette fois le Trespassing avait été plus que littéral. Etait-ce un crime de guerre dont Orbi guerre s’était une fois de plus rendu coupable, un de ces extras dont il était familier ?

Nous nous déployâmes, et nous entendîmes alors un cri curieux qui traversa l’espace néguentropique et nous glaça d’effroi.

- Ivan Mudri ! cria Superscemo.

Mudri, alias Gnil !

Aussitôt les rafales retentissent. Les crissements dans l’air froid se font terribles, arracheuses de têtes ou bien de sons. La roche explose, broyée sous le choc titanesque des abords. Siméon, qui lui aussi avait grandi et était devenu chef des spestnatz des Enfers, petit cerbère du camp des saints, tirait des salves de mini V² vers les parois où le terrible maquisard, oujasny partizan s’était replié pour nous agresser. Plusieurs des âmes d’écrivains qui nous accompagnaient, des diverses personnes qui avaient voulu nous suivre depuis ces temps assez reculés furent atteintes. Je vis trois ou quatre cervelles s’écraser contre les murs. Ils devront se faire réparer le cerveau dans une autre dimension ! Et Bardamu, et l’ami russe, et le poète anglois, bons pour les salles de réparation ! Les enfants partisans éclatent bien de rire, en attendant le pire !

Superscemo agite ses armes secrètes et balaie quand même l’ennemi. La bonne Fräulein Von Rundfunk essaie ses armes secrètes contre les intrus et elle hurle de rire, walkyrie de l’enfer, sous les yeux d’un Horbiger émerveillé. Wunderbar, s’écrie-t-il, heureux de voir enfin une bonne guerre en Enfer déclenchée par des terriens décoincés, car Ivan Mudri, le petit traître vendu aux maîtres carrés est lui aussi venu de la surface. C’est le monde à l’enfer ! Hurle Horbiger. Et c’est n’importe quoi, se plaignent ceux qui comme Nabookov n’ont pas de quoi tirer l’ennemi comme un lapin.

Le combat se prolonge, comme tous les combats, par habitude, par distraction, par peur de ne pouvoir se rendre. Les guerres se gagnent vite, mais elles durent. On n’aime pas les reconnaître. Superscemo est le plus fort, il dégaine plus vite, il organise bien le théâtre des opérations. Il propose un duel à Ivan Gnil, Ivan le pourri. Bientôt Ivan ruisselle de sel, et aussi de sang et nous sommes tous contents. Mais il sévit, il sourit, pointe le doigt vers moi et me dit en souriant (encore comme si j’étais un enfant) :

Tu quoque mi fili.

You Evil Side...

Il fait un geste souverain, lié sans doute à quelque dette souveraine (ou souterraine ?) ; aussitôt sortent de la montagne d’énormes dinosaures anthropophages. Ils crachent des quantités énormes de kérosène et de mètres carrés pour nous attraper. Horbiger entre alors dans la montagne, dans la bagarre plutôt et lâche son fameux cri de guerre : Ein reich Ein Volk Heineken. Au mépris de toute règle de la guerre, il se met du côté des russes. Les moscoutaires s’agitent.

Du ciel bombé de la terre creuse sortent alors des soucoupes volantes lanceuses de couteaux lasers qui bombardent les énormes triops et monstres carrés des assaillants. La bataille fait rage, découpant par tronçons des corps enfarinés (pourquoi enfarinés ? demande toujours Lui), écrabouillant des bras, des jambes et des pieds et refaisant le relief de cette région clé des enfers.

Horbiger s’est bien débrouillé, et avec lui sa coalition germano-russe sous les ordres du maréchal russe blond Vassili Superscemus. Nous y sommes presque, nous sommes et nous ne somme pas, dit l’autre et dans l’altérité (Aïe Alter ! hurle Horbiger qui vient d’être blessé au coude) du devenir nous prions nos dieux francs, l’oracle Héraclite et la soucoupe volante qui refuse d’atterrir.

Ivan Gnil, ce triomphe de la mauvaise volonté, se retire alors dans un bruit effroyable de cris d’harpies et de monstres infernaux. Ils sont bien écrasés, sous terre comme dessus, nous restons maîtres du champ de bataille, que Fräulein Von Rundfunk, promue maréchale voltaïque, a à moitié aspiré avec son fabuleux Staubsauger. Nous te retrouverons, Ivan. Pour la quatrième guerre mondiale, à coups de lasers et de mètres carrés, et même de petites pierres bien lancées par des David frondeurs.

Rameau, toujours présent, en a composé quelques-unes, des pièces, aussi vite qu’il a pu : la sarabande des enfants guerriers ; le menuet des tyrannosaures ; la chaconne du guerrier guilleret ; enfin la musette des petits cruels. Il travaille à une ritournelle sur Superscemo.

D’Artagnan et Mandeville se sont bien battus, tout comme Nabookov, qui s’est retrouvé avec deux V² finalement. Seul Horbiger est furieux car il est entré dans la roche au mauvais moment :

- Les petits dummkopfs, pardon russkopfs, ils m’ont gazé les couilles.

- ... Cassé les houilles ?

- Cela suffit, Van de Mille...

- Mais pourquoi Horbiger, demande un grand écrivain maudit.

- Ils avaient une chambre à Geist dans cette roche.

- C’est quoi une chambre à Geist ?

- Je vous expliquerai. Vous n’en avez pas sur terre...

- Certainement. Le nom me dit quelque chose. Sur terre ou sous l’éther ?

- Z’est la même chose, non ?

Et Rameau termine son menuet l’Empireur boréen consacré à Horbiger et ses combats malheureux, ainsi qu’une allemande à la gloire de la soldate ukrainienne, car Tatiana a bien mitraillé elle aussi les audacieux dragons qui défiaient sa sage autorité ; et s’est remise à tresser sa tresse après cette séance de crimes et châtiments. Cette noble bataille a égayé d’un jour neuf notre geste épique infernale et interminable : Nabookov compose un sonnet nommé La bataille des champs patagoniques, lesquels se trouvent en Enfer, tu le sauras maintenant cher lecteur.

***

Nous rentrons dans la montagne, et c’est cette fois c’est les cavernes. Nous tremblons presque de peur, tant il fait froid et humide, tant cette atmosphère indigne nous rappellent les joies de la surface. Les plus motivés des nôtres font la chasse aux âmes perdues, aux esprits terrifiants, aux balrogs non repentis. On retrouve des rescapés des chambres à Geist ; ils nous décrivent l’horreur du futur car cette arme menace le monde d’en haut maintenant. C’est une belle pièce montée, reconnaît d’Artagnan qui s’y connaît.

Cyrano est venu avec nous, te l’ai-je dit, lecteur ? Au final d’un détour et d’un mauvais tour, nous nous retrouvons dans un hall gigantesque, mais pas de gare. Il y a un grand plafond noir, mais cette ténèbre est comme lumineuse. Au milieu, un grand chantier, et des grilles partout.

Amidst the Hall of that infernal Court...

C’est un cercle inconnu de l’Enfer d’Al Dente. Au centre, un bien grand jeu d’échecs ; et deux joueurs bien célébrés, et prévisibles. A côté d’eux l’arbitre, notre bon Drake.

Ils sont pourpoint et fanfreluches, avec des rubans verts. Mais l’un est tout blanc, avec une peau de pierre. Un pur esprit s’accroît sous l’écorce des pierres. Tu auras reconnu nos lascars, mon cher lecteur ; et Superscemo et Siméon d’apprendre de leurs échecs. Et Drake de nous expliquer, dans son vêtement noir et sérieux, qui est DJ, qui est le maître de pierre. Autour d’eux une foule d’agioteurs, loups-cerviers et spéculateurs. Ce terrain d’échecs est comme un ring. C’est le ring, la lutte pour le ring, pour l’anneau du pouvoir, ô lectrice, vois bien. Ils se mettent à hurler comme des hyènes ou des bévues. Et tous nous parions sur le vainqueur : on dit que les échecs développent l’intelligence, et l’intelligence est plus utile aux enfers que sur terre, je te jure ô lecteur.

- Je prends le Don Juan.

- Pourquoi ?

- Il parie sur DJ !

- C’est le marché. l’image mobile de l’éternité.

- C’est le joueur. Le libertin. L’économie casino.

- C’est le grand séducteur, un homme artificiel...

- Il transforme le monde !

Mais d’autres voix fusent, plus caverneuses, des voix d’adorateurs de maîtres carrés. Elles soutiennent le convive de pierre, bien moins drôle au demeurant, qui génère un coeur de pierre, un PNB de matière.

- Moi j’investis dans la pierre.

- Pas fou...

- Cela ne s’écroule jamais, et ça monte toujours...

- La pierre monte jusqu’au ciel.

- Jusqu’à la terre, vous voulez dire !

- Elle est pierre, et sur cette pierre on bâtira notre Temple à biolars, ou à gros liards, avec ses bons marchands.

- C’est beau la pierre. On dirait du métal, de l’argent quoi.

- Priez, enfants, priez. On prie toujours dans l’immobile.

- T’es fini, mon donjon !

Le sol se craquelle, des lézardes sortent du sol, et d’audacieux dragons crachant des feux d’actions réapparaissent. Les ennemis du mythe de la caverne ont donc raison. Les pièces du jeu d’échecs se morcèlent et s’enfoncent dans le sol. Devenez mous ! Entends-je dire d’un des esprits les plus infernaux de l’endroit. Alors DJ et son convive entament un bras de fer affreux. Cette fois il ne pourra pas chuter en enfer ; il y est, avec l’autre. Rameau compose une gavotte pour les esprits suivie d’une sarabande pour les bandes d’horreurs.

Ce fut d’Artagnan qui me prévint que quelque chose ne tournait plus très rond ici très bas. Et Nabookov conclut qu’il était temps que nous en sortions, que nous en sortions déjà en quelque sorte, et que c’est pour cela que la situation devenait si terrible : nous nous rapprochions dangereusement de la surface de cette terre.

On sentait de fait que les plaques de contreplaqué n’allaient plus durer, à moins que ce ne fût la tectonique des plaques, qui venait à fatiguer. Nous allions être expulsés, nous sans-papiers, à moins que ce ne fût l’enfer, pardon l’envers. Et d’autres sbires viendraient avec nous, dont mon cher Horbiger dont j’aimerais bien à l’avenir faire un homme du monde ou presque. Mandeville me dit que la sibylle me mandait un message, qui était d’ailleurs une lettre d’amour. Je la lus en quelques secondes, et décidai de sortir.

En montant quelques marches, je croisais le sifflement froid de la pierre du convive des glaces. Il s’approche de moi et me dit d’un ton froid avant de s’éloigner :

- Investissez-moi, investissez en moi, je suis le convive de P... Je suis le templier.

- Que veut-il dire au juste ? demanda d’Artagnan... que l’investissement dans la pierre est le seul bien durable ?

- Ou bien que nous risquons en haut de nous retrouver sans maison ni couche molle, ajouta une voix ténébreuse.

- On verra bien. c’est vrai que la remontée sur terre, c’est bien plus dur que la descente en Enfer.

- En fer ?

- Horbiger !!!

- Il me faut un guide vert-de-gris pour visiter la terre !

Et nous nous rapprochâmes d’une drôle de porte de sortie.

(à suivre)

6 mai 2011 - lien permanent

Serge de Beketch : 'Mémoires Inachevés', présentés par Nicolas Bonnal et Danièle de Beketch

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par Serge de Beketch et Patrick Gofman, lors de l'émission du 11 avril 2007 sur Radio Courtoisie. (0:38)


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Nicolas Bonnal : 'Les voyages de Horbiger, ou les Maîtres Carrés'

Patrick Gofman : 'Dictionnaire des Emmerdeuses'

Nicolas Bonnal : 'Mal à Droite - lettre ouverte à la vieille race blanche'

Laurent Blancy : 'Atlas de géopolitique révisé'

Patrick Gofman : 'Vengeances de Femmes'

François Brigneau : 'Faut toutes les buter'

Jean-Paul Chayrigues de Olmetta : 'Almanach du Marquis 2009'

Laurent Glauzy : 'Extraterrestres - Les messagers du New Age'

Retrouvez le Libre Journal de Serge de Beketch sur Radio Beketch,
avec Victoria, J.-P. Rondeau, F. Roboth, Le Marquis et Gofman.

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