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L'après Libre Journal
Les voyages de Horbiger, ou les maîtres carrés
XX - Chapitre suivant, sans peur et sans reproche
par Nicolas Bonnal

On avait emmené Fräulein. Pour meurtre ? Qu’est-ce qui avait su se passer ? Notre petit groupe s’interrogeait sur les motifs de notre amie bourreau (il n’y pas de féminin, et c’est dommage, lecteur, dans cette langue, pour ce mot), et les idées et questions jaillissaient de toutes parts.

- C’est vrai, quoi ! Qu’est-ce qui a bien su se passer ?

- Pour ?...

- Ben pour Fräulein !

- Elle a dû péter un câble... opérateur.

- Je crois que c’est pure jalousie. Lorsque Horbiger a vanté la supériorité raciale des ukrainiennes... c’est le dernier mot qu’elle ait prononcé.

- Demande à une ukrainienne de prendre une femme de ménage, et elle a déjà l’impression que tu veux pratiquer la polygamie !

- L’Ukraine ?

- Luc Reine ? C’est un ami de notre ami, l’amant de Guillerette ?

- C’est un pays, Mandeville, c’est le pays de Tatiana.

- C’est bizarre d’ailleurs, car Nabookov a cru sa femme coupable...

- Mais pas responsable. Il faut le supporter, le Horbiger. C’est ta faute, Gerold. C’est l’abominable homme des glaces.

- Oh, il a bon dos, là Horbiger. Et il est l’idole des petits russes, de Superscemo et...

- Merde Carrefour.

- Il fait tout haut ce que ce système fait tout bas, et partout.

- Il dépeuple...

- Il retranche...

- Il découpe...

- Il remplace...

- Il planifie... le commissaire !

- Quelle misère !

Nous nous retrouvâmes dans un bain de foule d’après-midi. L’humanité avait été sauvée d’une menace affreuse, la démocratie et le marché resplendissaient. L’attentat et la hausse des prix qui s’était ensuivie avaient mis tout le monde de bonne humeur. Le temps semblait estival, bien que nous fussions en je ne sais plus quelle saison. Je n’étais pas à plaindre : j’avais retrouvé Mandeville, les gavnuks, nous avions neutralisé Horbiger. Maubert et Anne-Huberte devaient nous rejoindre. Nous avions même le cinéaste Werner pour filmer nos exploits.

***

Nous nous ennuyions, nous commandâmes à boire. C’était le moment où il fallait trouver une idée pour faire rebondir le récit. Nabookov proposa d’aller assister à une conférence de Propolis, inspirée de Lao Tze, prononcez La hausse, penseur chinois très libéral.

- Mais on les connaît les Propolis...

- Et l’autre aussi, on a déjà fait...

- Ce récit m’ennuie, ce récit m’ennuie, bougonna Anne-Huberte qui venait d’entamer sa menthe à l’eau. Il n’est pas cool.

- Il faut qu’il dure. Devenez durs, disait mon ex-maître.

- T’es pas cool...

- Ta gueule.

- T’es dur...

- Il dit aussi : ce qui ne nous tue pas nous rend plus forts !

- Quoi ? Ce qui ne nous tue pas nous rend plus vieux, oui ! Tout hussard qui n’est pas mort à trente ans n’est qu’un jean-foutre !

- Ce récit m’ennuie, ce récit m’ennuie, ce récit m’ennuie !

- Eh Maubert, elle se noie dans un verre d’eau verte, ta louloutte !

- Je veux voir un film sur la CIA...

- Tiens, Superscemo, va voir ton film sur la CIA, juste là à l’angle.

- Comment ?

- Il y a toujours un film sur la CIA dans les grandes capitales.

- C’est quoi la CIA ?

- Ce n’est pas ceux qui ont fait disparaître les deux tours pour faire monter les maîtres carrés ?

- Ne commence pas, Rococo ! On a dit que le chapitre devrait être au-delà de tout reproche.

- Très bien Darty.

- Mais les tours ont disparu au sens propre, pas au sens figuré. On ne les voit plus, c’est tout...

- Mais...

- Mais elles sont toujours là !

- Quel tour on nous a joué ?

- Quand est-ce qu’on fait quelque chose ? Sinon, je retourne à Londres ?

- A l’ombre ? Mais que fait-elle à l’ombre ?

- Mandeville, vous a-t-on dit que votre ouïe posait problème ?

- Quoi, mon oui ?

- Pas seulement son ouïe, son nom aussi !

- Mon non ? Mais nom de nom...

- On ferme !

Nous gagnâmes une belle salle de conférences, où maître Propolis se proposait d’agir et conspirer. Drake nous retrouva avec sa discrétion et son élégance habituelles. J’avais envoyé Superscemo et l’équipe russophone voir le film sur la CIA qui tourmentait tant notre jeune ami. Werner rêvait toujours de filmer de boire du lait directement d’une vache à traire. Discrètement, j’enjoignis à Maubert de se séparer d’Anne-Huberte, qui rêvait de lui jouer un tour à la façon de Lalita. Il fut compréhensif : Anne-Huberte, c’est bon pour la nuit, comme tout ce genre de minettes, me dit-il. Le jour, je dois trouver un pyjama moins rayé (je ne saisis pas l’allusion ; et toi, lectrice ?).

Le maître vint enfin et entama sa conspiration verbale au grand jour. Toujours les rodomontades et les "r" bien roulés. Je remarquais moins de présence dans la salle que la première fois ; peut-être que le maître s’était trompé de sujet, peut-être aussi que les gens se précipitaient moins à ces programmes de contestation ; au lieu que l’agence Lebensraum avait, je l’avais bien vu, passionné plutôt ces imbéciles au petit matin. Le m² à dix millions d’horions à acheter pour éviter d’être abandonné par le train de l’histoire en partance pour le Drang nach Osten... Horbiger avait raison de vouloir apporter l’Enfer à leur surface : car c’est ce qui motive les terriens, pas vrai, lecteur ?

De sa voix grave et puissante, l’orateur entame son discours :

Le Tao est comme un vase que l’usage ne remplit jamais. Il est pareil à un gouffre, origine de toutes choses du monde. Il semble très profond, il paraît durer toujours. Le regardant, on ne le voit pas, on le nomme l’Invisible. L’écoutant, on ne l’entend pas, on le nomme Tao inaudible. Le touchant, on ne le sent pas, on le nomme l’impalpable.

On n’eût su mieux dire. D’ailleurs tout le monde s’en foutait. Nabookov me souffla en quelques mots ce qu’il fallait savoir sur le déclin des religions, des sectes, des spiritualités, sur la fin de tout en somme (théologique) et de ce qui s’ensuit. Je finis par me demander après son allocution nerveuse si l’ange que j’étais ne ferait pas mieux de voyager dans le temps plutôt que dans l’espace. Mais bon, je passais parfois de fantastiques moments en compagnie de mes bons amis, pas vrai ?

Il y avait quelque chose d’indéterminé avant la naissance de l’univers. Ce quelque chose est muet et vide. Il est indépendant et inaltérable.

De quoi parlait-il ? demanda bien sûr Mandeville. Anne-Huberte baillait, Maubert se curait le nez, essayait de l’embrasser, mais elle s’y refusait. La salle commençait à se vider. Je finissais par regretter de n’être pas allé voir le film sur la CIA avec Superscemo.

L’ennuyeux orateur - dont tu auras compris, conspiratif lecteur, que ce n’était pas Parvulesco, mais un imposteur se faisant passer pour Parvulesco se faisant passer pour quelqu’un, et ce à seule fin, viendrais-je à bout de cette parenthèse, je ne sais, et ce à seule fin de déconsidérer le maître... -, persévérait dans son être ennuyeux qui semblait un non-être en soi, un truc pour Parménide, gloussa Maubert.

On regarde le Tao, cela ne suffit pas pour le voir. La perfection suprême semble imparfaite, son action n’a pas de cesse. La plénitude suprême semble vide, son action n’a pas de limite.

- Mais, Darty, la salle se vide, remarqua Mandeville.

- Oui, Rococo. Et je trouve que l’on parle bien trop de vide dans ce discours.

- C’est chinois aussi, le vrai classique du vide parfait, non ?

- Tu veux dire le vrai classique du bide parfait.

- Autant en emporte le ventre !

- Chut !

- Qui me demande de me taire ?

Mandeville se leva et alla frapper le jeune bobo qui nous avait intimé le silence. Ce geste violent nous combla tous de joie. Anne-Huberte s’éveillait, se plaignant du sommeil pesant qui lui tombait dessus chaque après-midi maintenant.

La salle se vidait, et cela sentait le complot. On nous avait attiré là dans une grande salle d’exhibition verbale et ce vide poignant nous terrassait tous. Il était temps de montrer que notre patience avait des limites et que, comme l’Eternel, nous pouvions cogner.

Je te chargerai de tes voies et tes abominations seront au milieu de toi, et vous saurez que je suis l’Eternel, celui qui frappe (que tu connais déjà, lecteur : il gaze et il cogne, on l’appelle la Gascogne).

Fallait-il que nous nous séparassions à seule fin de rosser l’assistance ? Je zoomais si je puis dire sur l’orateur et je le reconnus. C’était Suce-Kopek. Aussitôt je demandais à Werner de bien me le filmer, d’une traite si possible. Il fallait maintenant situer l’ennemi dans la salle. On le reconnaît à ses mouvements, pas à sa couleur, disait Drake. Mais là il fallait le reconnaître à son immobilité, sacré exploit s’il en fût. Suce-Kopek s’appliqua car on s’approchait de la chute, je veux dire de la chute de la maison trop chère.

Sans franchir sa porte, on connaît l’univers. Sans regarder par sa fenêtre, on aperçoit la voie du ciel. Cet arbre qui remplit tes bras est né d’un germe infime. Cette tour avec ses neuf étages vient d’un entassement de mottes de terre.

La porte, la tour, la fenêtre, la croissance... Autant de paraboles économiques qui pour le tout-venant relevait de l’évidence, pour moi de la provocation, que dis-je, lectrice, de la prosopopée conspirative ! Aussitôt nous nous levâmes en groupe, prêts à frapper l’ennemi en tout lieu. Mais là...

N’enclos pas le peuple en d’étroites demeures. Ne le pressure pas pour ne pas tarir ses moyens d’existence.

Tudieu ! Comme dirait Mandeville, il nous avait blousés. C’était Parvulesco qui, finement déguisé, nous avait tous trompés, se faisant passer pour un escroc se faisant passer pour lui.

- Tudieu ! mais c’est Parvulesco !

- Il nous a joués, comme au tarot !

- Au tao ?

- Il nous a tous blousés ! je rends mon tablier !

- Mon templier ? Pourquoi donc ?

- Couché, Mandeville ! félicitons le maître, allons le voir dans sa loge !

Et notre petit groupe, héroïquement, nerveusement aussi, dispersa le peu d’assistance qui restait. La conférence sur le vide aurait au moins gagné cela, d’avoir fait le vide autour d’elle. En ce sens clair obscur, elle avait bien fait mouche.

Nous trouvâmes le génie dans sa loge bien blanche. Il se démaquillait. Anne-Huberte s’essaya au maquillage, Tatiana broda sa tresse. Je lui adressai la parole avec effusion.

- Maître, nous voulions vous féliciter, vous applaudir. Vous êtes génial...

- C’est tout ?

- Gé-ni-al. Et comme vous nous avez trompés... Jusqu’au bout, nous avons cru à l’option Suce-Kopek...

- Je vous ai rrididiculisé. Pas étonnant, vous êtes des abrrutis. Mais j’ai fait place nette. Vous avez pu nettoyer les mètres restants ?

- Oui, dit d’Artagnan, nous en avons enlevé 160.

- Trrès bien !

- Comment, vous voulez dire...

- Je veux, dire, Gerold, que j’ai prononcé un discours nullissime sur le vide pour vider la salle. Au propre comme au figuré. Et cela a marché, notez bien.

- Mais que comptez-vous en faire ? Où voulez-vous les recycler ?

- Nous allons voirr... En tout cas, je vous félicite de la manière dont vous avez traité la baronne. La salope adore ce genre de traitement transcendantal et abyssal. Mais nous ne sommes pas au bout de nos peines ? Elle a aimé se faire maître ?

- Mais, maître...

- Imbécile Mandeville, je vous apprendrai les règles du libéralisme intégral, du machisme sidéral et transcendantal. Et avez-vous gardé ses mètres ? Il faut garder l’hôtel particulier comme base d’opérations boréales. Sans quoi nous allons perdre l’Endkampf final.

- Certes...

- Et vous, mon cherr... Quand vous rendez-vous en Patagonie subversive ?

- En Patagonie subversive ? Mais...

Je ne doutais pas que la Patagonie subversive fût une région très importante. Et que dans l’esprit de notre maître paradoxal déjà se développait une théorie abyssale pour la possession magique et cosmogonique de la réalité supérieure du plérome patagon (suis-je clair ?), possession qui elle-même présupposait le déploiement d’une pensée de l’être suffisamment transcendantale pour mettre fin au règne qlippothique de ces abominables mètres carrés. Voilà.

Voilà, mais tout de même je trouvais que Johannes brûlait quelques étapes. Nous restions en capitale à nous distraire bien. Et nous pouvions attendre un peu cet Ausbreiten magique dont il voulait nous affubler un peu trop tôt à mon gré. Anne-Huberte avait fini de se maquiller, et elle baillait. Parvulesco s’était remaquillé, lui. Il était tout blanc, poudré comme un courtisan, et revêtit une perruque blanche ; puis il reprit sur un ton sombre.

- Il est temps que vous montiez votre Commando Bariloche.

- Commando quoi ?

- Comme aux Enferres, mon cherre, comme aux Enferres... Vous avez Canaris, vous aurez Horbiger. Comment va-t-il ?

- Fräulein lui a tiré dessus, depuis on ne sait rien. Le docteur Mendele va le soigner.

- Excellent, tout cela est excellent. Lui nous permettra de triompher.

- Ce sera le triomphe de la mauvaise volonté de puissance !

- Du côté obscur de la farce, de monsieur Sieg Ein !

- Celui de la chèvre de monsieur Sieg Un ?

- Nous verrons, nous verrons. Pour le commando Bariloche, voyez avec Nabookov. Il est de la combine. Laissez-moi maintenant, j’ai une autre conférence à donner.

- Et sur quoi ?

- Sur la surdétermination des stratégies immobilières par la capacité de financement à long terme des organismes supports.

- Sur quoi ?

- A bientôt, maître, à bientôt !

***

Anne-Huberte et Maubert en allés sous des cieux théâtraux nouveaux, nous nous retrouvâmes à nouveau en pleine rue, boulevard des Germains, nous dirigeant vers un somptueux café où nous comptions bien consommer. Je serrais contre moi ma précieuse carte dorée qui n’avait jamais défailli jusque là. Nous croisâmes à nouveau quelques nains, mais moins inquiétants et moins bruyants que pendant la nuit. La séance de cinéma terminée, je retrouvai Superscemo et Siméon ainsi que Nabookov, à qui je demandais quelques explications concernant le commando Bariloche.

En réalité, Nabookov avait déjà écrit un recueil de contes à clé sur cet important sujet métapolitique et géostratégique. Il l’avait fait intuitivement, avant même de connaître Johannes Parvulesco, comme s’il savait que les derniers feux de la bataille finale, du Endkampf très précisément, seraient allumés près de cette terre de feu tant redoutée. Terre de glace, terre de feu... Je comprenais d’autant mieux l’allusion à Horbiger, encore une allusion non perdue d’ailleurs, cannibale lecteur, mon semblable mon frère...

Pendant que Siméon actionnait sa nouvelle invention - un téléphone gobe tout, plus précisément un téléphone portable en forme de pod et gobe Nastya, la fillette qu’il aimait et détestait entre toutes -, en lui faisant absorber les rares insectes de la rue -, Superscemo me racontait ses projets. Cela faisait longtemps qu’en l’occurrence je n’avais eu de conversation suivie avec ce gavnuk préféré.

Ho lavorato benissimo - prekrasnaya rabota.

- Que veux-tu dire, Edwin ?

- Que j’ai bien travaillé.

- Cela j’ai bien compris, mais quand ? Pendant le film ?

Da, Gospodin Gerold. C’était un film interactif, très bon. Je pouvais devenir aussi moi agent secret CIA. Très bonne mission trop possible en Antarctique tout près Bariloche très good, très... je vas vous raconter. Nous lutter contre Ivan Mudri et Horbiger clown nazi turc. Les exterminer.

- Les excès terminés ?

- Mandeville !

- Désolé ! Je suis peut-être sot, mais il s’exprime en char à biais...

- Nous alors gagner et prendre grand hôtel Llao Llao, nous les maîtres de l’Univers, avec géopolitique Parvulesco, train, train.

- Et donc dans ce film de réanimation, tu as peu, malinki ritzar, mon petit chevalier bien-aimé, libérer ta maman et reconquérir le Lebensraum perdu sur les malades mentaux comme Horbiger.

- Horbiger très bon, Horbiger tout pour nous.

La rue assourdissante autour de moi hurlait. Aussi devais-je me concentrer pour analyser les révélations de Superscemo.

Lecteur, je ne connais pas le cinéma. Je n’y ai jamais été, même si depuis mon retour sur basse terre, je constate que tout le monde en fait. C’est obligé, c’est pour survivre ; il faut vendre, acheter, acheter, vendre et pour cela il fallait faire du cinéma, avant l’iPod ; de mon temps, on disait du théâtre. Mais le petit Superscemo avait compris que l’on pouvait intervenir, maintenant, et révolutionnairement, et conspirativement, durant un film ; gagner la guerre terminale, au nom de Parvulesco. En outre, il me rapprochait des dernières préoccupations liées à l’Enfer, à Horbiger, à Bariloche, au club allemand, à tout un tas de choses.

Ceci dit, Mandeville avait pour une fois raison. Superscemo ne savait plus du tout parler : son sabir mêlait les langues, comme celui de Babel ou de Salvatore, le moine fou dont on m’avait parlé qui se nourrissait de rats et donc indirectement de cadavres de... Je regardais alors, et je vis ce qui pouvait tourmenter mon jeune ami tout près de lui.

Il y avait deux hommes attablés à nos côtés, séduisants, chauves et bruyants, s’exprimant dans un italien ampoulé, avec d’amples gestes théâtraux. L’un d’eux captait particulièrement l’attention de Superscemo. Il écrasa une larme.

- C’est mon père.

- Ton père...

- Lui ne peut pas rentrer. Il ne peut pas.

- Mais pourquoi ?

- Il n’a plus chez lui, il est tout le temps café.

J’entendis en effet nos deux lascars converser, tandis que mes amis, je l’avoue, moins au fait de la langue de feu que moi-même, s’ennuyaient quelque peu.

- Sans argent, on a l’impression d’être tout nu.

- Oui, c’est comme de n’avoir pas d’arme dans le Far West.

- Si nous étions sages, nous partirions là-haut dans les montagnes et nous vivrions loin de la foire aux vanités...

- Tu as de quoi... payer ?

- Pourquoi, toi pas ?

- J’ai vite été mis à la porte... Je n’ai eu le temps de rien emporter... Tu sais, nous les artistes, nous vivons...

- Je sais, un peu comme des cigales...

- Les cigales ne vivent qu’un été, si nous pouvions vivre bien peu longtemps... Tu vois, j’ai connu la Sardaigne, la Cilicie, les plages corses, les relais châteaux, les beaux restaurants, comme tous ceux qui nous entourent... Quelque part, moi Vladimir, au prénom tant porté, j’ai vécu tout cela comme un rêve. Je savais que cela ne durerait pas, et je savais par conséquent que cela ne me satisferait pas.

- Tu en as de la chance ! Mais les gigolos, c’est comme les joueurs... On ne croit pas au temps, mais il dure pourtant.

- Le temps est un enfant qui joue au trictrac...

- Royauté d’un enfant !

Les deux hommes trinquèrent joyeusement. Ils avaient sans doute repris espoir. La lune sortit ou presque, nimbée de beauté. Vladimir, qui semblait le père de Superscemo, reprit...

- Qu’allons-nous devenir ?

- Nous allons être expulsés...

- De l’hôtel ?

- Non, du bar.

- Quelle horreur...

- Et si nous nous rendions ?

- Comment ?

- Oui, si nous avouions tous nos crimes, pardon toutes nos dettes, peut-être qu’ils nous arrêteraient ?

- Comme pour pardonner nos offenses ?

- Pardon, je ne saisis pas là...

- Nos offenses : nos dettes, debita, en latin... On reconnaîtrait nos fautes, et puis voilà... Tu sais que le Christ est venu pour nous racheter...

- Oui, c’est d’ailleurs pour cela qu’on a facilité le crédit, comme pour multiplier nos possibilités de péchés, ou bien de rédemption. Mais alors...

- On irait en prison ?

- En prison ?

- En prison ? Et alors ? Ne t’es jamais tu senti en prison ici ou là, dans un yacht ou un hôtel de luxe, dans un palais ou un avion, cabine première classe ?

- Oui... J’aimais le luxe, mais il m’ennuyait... On s’y habitue comme à l’âge, au manque de souplesse ou au mauvais vin...

- Voilà !

- Une cabine de yacht n’est rien qu’une cabine, une chambre cinq étoiles n’est rien d’autre qu’une chambre cinq étoiles... Après, on a besoin de prendre des somnifères comme tout le monde...

- Et de se réveiller comme tout le monde !

- Tout cela ne me convient plus !

- Eh bien on nous donnerait une cellule, et puis voilà... Avouons tout, avouons tout !

- Garçon !

Le Vladimir héla le garçon. Mais cette fois j’intervins, et je demandai à d’Artagnan de faire le nécessaire pour loger nos deux bobos reptiles et rebelles, qui ne pouvaient plus même se loger, condamnés à errer éternellement, de café en café, et de prendre les plus légères consommations, sans sommation, pour gruger du temps qui ne servait plus à gagner de l’argent, mais à le passer sans le dépasser (le temps). Je pris soin de cacher Superscemo qui, je l’espérais, retrouverait sa syntaxe parfaite.

Il s’avéra satisfait, me demandant simplement d’envoyer son père au père Noël pour les fêtes (« Gerold, vous l’envoyer lui Santa Claus, please, maintenant moi terminé lui... ») Les deux compères s’en allèrent. Ils furent remplacés par une petite famille de provinciaux, comme on dit ici, composée de deux binets - c’est ainsi que les surnommait Superscemo. Le chef de famille, qui avait un lointain air de Jean des Maudits, chez qui je dois dîner ce soir si je ne l’oublie pas, tenait à peu près ces propos :

- On se sent bien ici. On a notre 50 m², mais grâce à des guides architecturaux de la télévision pour bien se meubler, nous pouvons nous en sortir, ma petite famille et moi. Portes coulissantes, WC jetables par la fenêtre, garage intégré pour voiture télécommandée, lit écrasable, chien pliable, cuisine virtuelle (ma femme n’aime pas cuisiner), douche embalconnée, nous avons toutes les dernières nouveautés modernes des magazines bien-pensants pour 8000 horions du m², une véritable opportunité, vous ne voyez donc pas ? Nous faisons donc partie de ce grand homme abstrait, ce bon chrétien tancé par Marx, toujours content, hé, hé, toujours serein, hé, hé, et petit vieux avant de naître, ah, ah. Et vous, vous venez d’où ? Vous avez l’air d’un commando, hé, hé, moi j’aime l’armée, hé, hé.

- Nous ? On vient des Enfers et on va y retourner après avoir buté les connards comme toi et toute leur maisonnée.

- Merde carrefour !

- Moi suis commando Bariloche chef spestnatz. Commando exterminer idiots dostoïevskiens comme toi et relire Enéide avant. Ibant obscur sola sub nocte, toi piger espèce de Svinia maintenant ?

- Merde Carrefour !

La brève allocution de mon cher Superscemo, qui (Superscemo) n’avait pas encore retrouvé sa syntaxe héroïque et qui (l’allocution) suivait les propos non moins énergiques de mon d’Artagnan, qui (d’Artagnan) avait retrouvé sa hargne et sa faconde, après les moments difficiles qu’il (d’Artagnan encore) avait partagés avec Mandeville et moi-même, et un effet fort prévisible : le binet se leva précipitamment ainsi que sa benoîte et fort économe épouse qui menaça de s’adresser à la police ; Nabookov fit remarquer que tous les postes avaient disparu, vendus par le gouvernement soucieux des deniers publics. C’est ainsi que prit fin l’entretien, au regret de Werner qui, toujours discret mais toujours ferme, regretta que l’on n’eût pas gardé les binets pour les torturer plus longtemps et pour filmer leur souffrance. Il s’en alla d’ailleurs pour aller voir Horbiger dans sa chambre de l’hôpital teuton de Neue Hi.

***

La nuit se rapprochait malgré tout, et le temps très instable était redevenu mauvais. Maubert, qui venait de revenir, mais sans Anne-Huberte cette fois (il semblait soulagé, comme redevenu lui-même), me tendit une manchette d’un de ces journaux clandestins qui circulent sous le coude, mais ne sont plus guère lus. On évoquait en caractère gras un phénomène prévisible : la destruction des cimetières par des specteurs déguisés en clochards. Que pouvions-nous faire face à cela ? Il était évident que les incinérateurs fonctionnaient à plein maintenant, et que les gens oubliaient grâce à la soi-disant révolution digitale qu’ils possédaient un corps. Les récents coups de chaleur avaient aidé à la liquidation d’un très grand nombre de petits vieux, que l’on n’avait pu enterrer non plus. Et cette terre froide au centre ville réveillait de grandes ambitions chez les maîtres carrés, comme les salles de conférence pour notre cher Parvulesco. Les cimetières, cimes terres comme dit Mandeville, aussi à l’aise avec les paradigmes que Superscemo avec la syntaxe (« ma je vas incinérer toi avec boutique bazar »), étaient un des éléments clés du théâtre d’opérations futures. J’avais pourtant l’idée, et je n’étais pas le seul de ma petite bande, que les cimetières joueraient un rôle plus important que celui qu’on leur impartissait pour l’instant. Et l’avenir me donnerait raison, lecteur.

***

Maubert avait pu travailler à sa brochure, finalement. Elle s’intitulait Qu’est-ce que le tiers étage ? Elle évoquait la misère du logement, le destin des sans-logis et des éternels sinistrés de la pauvreté, qui n’avaient plus rien où se mettre. Et elle invitait à une grande révolte pour un plus grand espace vital personnalisé.

Le tiers étage disait Maubert voulait devenir quelque chose, mais on sentait bien que cela ne suffisait pas. Nous avions tous plus faim, sinon nous ne ferions pas la révolution, souligna d’Artagnan, rappelant les fortunes des uns et des autres, les maîtresses carrées de Mandeville, ma carte dorée, les bonnes fortunes de Anne-Huberte et Maubert, la contrebande de m² qu’il avait instituée avec son compère Drake. Si nous voulions le chaos, c’était bien plus pour notre bien particulier que pour une paradoxale conception du bien commun. Puisque les binets nous convainquaient bien comme les nains et la Kitzer, et puis que tout le monde était content de cette drôle de guerre, et de ses dépeuplements concertés.

Drake évoqua alors - fait rare pour ce presque muet - son modèle et ami nommé Jeudi pour qui les privilégiés seuls aiment à sa révolter, les pauvres non. Si les pauvres étaient conservateurs, alors le système actuel avait eu raison de les circonvenir et de les maltraiter, rappela d’Artagnan. Ce qui ne nous tue pas nous rend plus faibles, en un certain sens, et en privant les uns et les autres de toute ressource amis progressivement on parvenait à une inculture politique et à une soumission jamais rêvée par les élites dans aucune société du passé. J’étais bien loin du romantisme et de ses folles rêveries. Encore que non.

J’arguais pour la dernière fois de la logique érotique et esthétique de la Révolution. On m’écouta distraitement. Merde Carrefour ! On en discuta encore un peu, lorsqu’il fut question pour les uns de rentrer, pour les autres de perturber une soirée de Dieter (heureusement qu’il était là...) et pour moi de me rendre à une terrible soirée, le dîner de Jean des Maudits.

Ce dernier m’avait fait transmettre par Superscemo un message, dans lequel il m’indiquait son adresse, ses heures et d’autres politesses, comme l’endroit où nous pourrions aller chercher Fräulein Von Rundfunk, déjà relâchée suite à des pressions métapolitiques, révolutionnaires et transcendantales invisibles sauf pour toi, mon lecteur émérite qui prévoit tout.

***

Cette fois j’eus droit à Charon, toujours près de ses fous, comme on a vu, et qui savait que ma carte dorée pétait le feu. Il me mena tambour battant dans le quartier kleinebürger de mon cher specteur. Je m’y rendis avec Superscemo et Siméon, espérant que mes Gavnuks pourraient distraire ses garnements dont il m’avait dit le plus grand mal. Nabookov m’avait déjà entretenu de ces enfants qui ressemblaient plus à leur temps qu’à leur père, de ces petits privés de chips et de télévision, de ces petits secs et hargneux courant les rues catholiques mais que ma garde de mini-grognards calmerait aisément.

Tout commença dans l’escalier, car Jean des Maudits sortait faire pisser le chien. Il me dit qu’il était désolé, mais que sa femme...

- Vous comprenez, Violette ne peut ni ne veut faire la cuisine pour tout le monde.

- J’étais un peu prévenu. Alors, allons au restaurant.

- Elle ne le veut non plus : votre carte dorée...

- Et je n’ai pas carte blanche ! J’ai même le tarantass de notre cher Charon.

- Non, comprenez, si vous étiez pauvre, elle accepterait...

- Mais comme je suis riche, elle refuse de se faire inviter...

- Jean des Maudits ! Jean des Maudits ! Je ne suis pas baby-sitter ! va chercher les enfants !

Ach ! C’est une femme de tête ! Vous allez voir ! Elle a beaucoup d’humeur ! Pardon ! Beaucoup d’humour !

Une voix pénible, criarde retentit dans l’escalier. Si j’avais eu de la culture cinématographique, j’aurais pensé à la voix de la maman de la petite Elsie dans un film sur un certain M. le maudit, le presque homonyme de mon malheureux hôte... Un des enfants passa, d’ailleurs, petit diable à lunettes, pestant et me traitant de dégénéré. Je recommandai à Siméon de lui frictionner les oreilles, et puis de m’épargner l’usage des chasses d’eau de Bavière.

Deux minutes plus tard, j’étais en présence de la monstresse sacrée, luciole maigre à tête refaite qui me demanda de lui composer un poème, de m’aider à réprimander son époux, et de lutter contre l’inculture ambiante. Nous coupâmes la poire en deux et je commandais un dîner exotique avec la précieuse carte pendant que JDM mettait la table en tablier. Sa femme s’assit devant le piano qu’elle regarda avec colère.

Mais Violette était aussi une femme raffinée, capricieuse, gâtée, catholique dans l’âme et dans le sang. L’amour de Côme comblait ses sens, mais ne donnait pas satisfaction à son imagination. Il en résultait des dissentiments et d’ombrageuses rancunes.

Je décidais de jouer une belle carte culturelle ; cette épouse alléchée par le savoir, j’allais lui en laisser pour argent, ou plutôt pour son absence de dépenses. Elle avait décidé d’avoir la meilleure part, et de ne pas nous servir ; je décidais alors de jouer crânement la carte de l’ange rebelle et un génie romantique. On ne savait jamais...

- Aimez-vous Brahms ? me demanda-t-elle avec avarice.

- Madame, dès l’enfance en effet, je me suis senti un roseau pensant et me suis distingué par une attirance pour les choses les plus élevées, et je passe de longues heures à méditer...

- Que c’est beau... JDM, va faire cuire les pâtes !

- ... sur les thèmes nobles et beaux. C’est donc cette curiosité désintéressée, cette noblesse d’esprit, cette attitude romantique, aristocratique, idéaliste, légèrement anachronique à notre époque...

- Que c’est beau ! Continue, mon bon, que c’est beau ! JDM, il parle comme un livre ! Récite-moi un poème ! Ecris m’en un, please !

- ... qui, à ce que je suppose, m’avait permis d’accéder aux petits fours de la baronne Kitzer et à ses extraordinaires déjeuners du vendredi.

- Il n’est pas question que je vous fasse à bouffer.

Elle alla piocher les Evangiles, et là, d’un doigt vengeur :

Le Seigneur lui répondit : Marthe, Marthe, tu t’inquiètes et tu t’agites pour beaucoup de choses. Une seule chose est nécessaire. Marie a choisi la bonne part, qui ne lui sera point ôtée.

Quel beau coup en vérité, la vérité qui nous rend libre.

Habitué aux tudesques luthériennes et aux calmes orthodoxes depuis le début de mon séjour sur terre, je découvrais la colossale originalité de l’insupportable catholique, convaincue, comme un historien romantique de mon temps, que Dieu avait jadis changé de sexe - jadis au temps des pèlerinages du catholicisme ferroviaire s’entend. J’ignore ce que me voulait le pauvre JDM ; mais certes il lui deviendrait difficile de prétendre à une police de la pensée rigoureuse sur le terrain politique après s’être ainsi fait piétiner devant moi par son accorte épouse.

Marthe, occupée à divers soins domestiques, survint et dit : Seigneur, cela ne te fait-il rien que ma soeur me laisse seule pour servir ? Dis-lui donc de m’aider.

Dans la nuit noire de son kvartira chichement éclairé, et devant des bouteilles d’eau vide, il n’en démordait pas et il poussait toujours son petit gloussement de rire bête :

- C’est un honneur pour moi... de vous avoir... à ma table.

- Notre, JDM, notre...

- Oui, à notre table ! C’est même un paradoxe, vous savez ! Un prince de la pensée a raconté une histoire sur des... policiers philosophes qui noyautent, qui noyautent un groupe de terroristes.

- Sers à table, JDM, sers à table. Je ne suis pas votre serveuse !

- Et... et, figurez-vous que le paradoxe est que le groupe se retrouve exclusivement composé de...

- De terroristes !

- Non, ma Violette ! De policiers !

- Mais c’est ridicule ! Tu es ridicule ! JDM, si tu es si ridicule, je... Mais, où sont les enfants ? Et est-ce que les petits russes se sont lavé les mains ?

- Ils ont une chiotte portable, alors vous savez ?

- Un quoi ? Oh, je sors !

Elle sortit derechef à la recherche de tout le monde et s’époumona en fonçant vers un jardin qui avait, m’assura mon serveur, une grande réputation d’ésotérisme. Mais je restais sur ma fin, dans les deux sens du terme. Je profitais de l’absence de l’hôtesse des nerfs pour me curer les narines et commander du vin. L’hôte continuait à jouer au devin de village.

- Oui, ce grand British, car tous les British sont grands, n’est-ce pas, a décrété en son temps...

- A décrété en son temps ?

- Que le, que les révolutionnaires étaient tous des...

- Etaient tous des ?

- JDM, descends tout de suite !

- ... agents secrets ! Vous savez par ailleurs qu’un train de hausse commence cette nuit. Tout le monde va bien souffrir, et nos élites vont s’offrir, si je puis dire... une petite fête. Il y a ceux qu’on tient, et ceux qu’on ne tient pas, et ceux-là vont souffrir, nous avons-nous aussi nos armes bien secrètes, nous allons vous mettre la pression, la dépression, hé, hé...

- Jean des Maudits, je ne suis pas ta bonne !

- Et moi je suis ton homme, ma bonne, hé, hé, hé... Je dois distiller de l’ennui à mon ami, et petit à petit il ira se pliant sous les lois des sérums de vérité. Cochon qui descendit, cocon qui s’en dédie !

- Jean Maudit, dernier avertissement !

Et lui de s’exécuter. Il descendit promptement, de ses quatre longues jambes d’orque étendard les escaliers, et partit à la recherche de la barbare ribambelle. Je restais devant le vin et son improbable bibliothèque de policier politique, habitué à déjouer tous les complots possibles contre sa chère république. Qu’avait-il voulu me dire, l’idiot ? Ou qu’avait-il voulu que je pensasse ? Que mes amis ici présents, les Nabookov, les Maubert et Sylvain, les d’Artagnan et Mandeville, les Pierre et le clochard quechua étaient des flics ? A moins qu’il ne voulût que je le pensasse, comme ça... je fus interrompu par l’arrivée de sa fillette, une mioche chevelue, rogue et assez sale. Elle sanglotait.

- Ouin.... tes salauds de russkopfs ont gobé mon petit frère dans leur chiotte...

- Et ils ne l’ont pas rendu ?

- Ouin... c’est surtout qu’ils n’ont pas voulu me prêter leurs chiottes...

Alors, lecteur, n’écoutant que mon courage, ou plutôt ma lucidité, je mis le vin restant dans le havresac, me précipitai dans la rue, hélai mes Gavnuks et mon chauffeur, et m’éloignai en roulant, plus qu’en courant, de ce repaire de fous. Jean des Maudits poursuivit le tarantass de Charon comme pour me saluer de son air grand et sot.

Sans doute pensait-il m’avoir assez perturbé pour un soir. Quant à l’épouse, je t’en reparlerai...

(à suivre)

9 septembre 2011 - lien permanent

Serge de Beketch : 'Mémoires Inachevés', présentés par Nicolas Bonnal et Danièle de Beketch

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par Serge de Beketch et Patrick Gofman, lors de l'émission du 11 avril 2007 sur Radio Courtoisie. (0:38)


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Nicolas Bonnal : 'Les voyages de Horbiger, ou les Maîtres Carrés'

Patrick Gofman : 'Dictionnaire des Emmerdeuses'

Nicolas Bonnal : 'Mal à Droite - lettre ouverte à la vieille race blanche'

Laurent Blancy : 'Atlas de géopolitique révisé'

Patrick Gofman : 'Vengeances de Femmes'

François Brigneau : 'Faut toutes les buter'

Jean-Paul Chayrigues de Olmetta : 'Almanach du Marquis 2009'

Laurent Glauzy : 'Extraterrestres - Les messagers du New Age'

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avec Victoria, J.-P. Rondeau, F. Roboth, Le Marquis et Gofman.

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