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L'après Libre Journal
Les voyages de Horbiger, ou les maîtres carrés
XXII -Un petit déjeuner végétaryen
par Nicolas Bonnal

Le lendemain, lecteur, un grand beau temps. Et l’on vient me chercher avec tous les honneurs pour m’en aller voir Horbiger, non pas remis, mais transformé de sa blessure. On n’a jamais vu ça. Superscemo vient avec moi, transporté lui aussi à l’idée d’aller conquérir le monde avec mon grand envahisseur. Il me chante des poèmes tudesques appris pendant la nuit qui célèbrent le départ, la joie, les dieux, le beau chemin, et tout le reste. Dans le Kombat qui nous conduit dans la résidence très surveillée du grand bonhomme, je vois tout un tas de lampes clignoter sur les objectifs à atteindre. Mais nous arrivons.

Horbiger est grandement logé : il va pouvoir poursuivre ses mémoires, mais en modifier le titre : ce sera Lettres de mon très grand bunker. J’ai hâte de lui parler, mais saura-t-il écouter mes conseils de prudence, et ne pas précipiter le monde à sa ruine ? Certes, il y est déjà, à sa ruine, lecteur, ton monde. Il n’y a plus de beau, tout y pue et y abonde en laideur et cherté, et en non-sens aussi. Alors que... alors que Horbiger, ma foi...

J’arrive flanqué de mes Gavnuks et d’Artagnan, soucieux de toujours prévenir le pire. Je m’attends comme nous tous à un Horbiger s’en va-t-en guerre, à des discours martiaux, à des pointes de fol humour ! Que nenni, qu’entends-je ? Oui, qu’ouïs-je, brame comme une âme qu’une flamme toujours suit, notre cher Mandeville essoufflé et enfin éveillé ?

Das Licht ! Das Licht !
O dieses Licht,
Wie lang verosch es nicht !

Ach, Wagner ! On le chante en tudesque, et ce n’est pas piqué des vers. C’est du Tristan, observe d’Artagnan qui, comme tous les mélomanes, ne comprend pas les paroles mais reconnaît la musique.

C’est surtout incroyablement romantique, incroyablement mélodramatique, magiquement sentimental. Horbiger est amoureux, il parle de lumière, de soleil, d’obscurité aussi ! Anne-Huberte est fascinée par cet élan de l’âme vers le sublime du Moi. Que n’ai-je emmené ma Pollia, il est vrai qu’elle ne peut sortir le jour, ma vampiresse, et qu’elle ne peut surtout pas sortir le corps de ses bouquins...

Mais de qui donc ? Oui, de qui donc Horbiger est-il autant épris ? Qui a pu sublimer son âme, guérir sa blessure, trouvé le Graal de son coeur, dénoué l’écheveau labyrinthique de son belliqueux coeur, oui qui ?

Superscemo la voit le premier : et c’est Super Fräulein, le propre assassin de Horbiger, et hier après-midi encore. Elle est venue, s’est repentie, elle l’a guérie, il s’est laissé conquérir, lui le conquérant du monde.

Ils rêvent d’obscurité tous deux, c’est selon.

Die Sonne sank,
Der Tag verging !

Im Dunkel du,
Im Lichte ich !

Mais je vois Siméon s’ennuyer. Il rêve de Staubsauger, l’aspirateur de Fräulein. Ce petit manque d’inspiration ou d’aspirations, mais il s’en empare. Et il le passe, où il peut.

***

Horbiger n’est pas rancunier. Il est essoufflé, sur son fauteuil roulant.

- Deux heures qu’on chante comme ça, il faut souffler un peu, tu vois ?

- C’est magnifique, ce chant de l’amour et de la mort...

Ya, ça donne envie d’envahir le Pologne ! On fait un bras de fer...

- Mais Horbiger, tu es mutilé...

- Je suis mutilé d’amour, pas de guerre ! Cette histoire de dos, ça passera. On prend un petit déjeuner végétarien ?

- Plait-il ?

- Végétaryen, avec un "Y".

- Tu veux dire végét-aryen ? insistait Superscemo.

Nein, je ne veux pas dire végète, aryen, je veux dire végétaryen mit eine Y, c’est tout. Stimmt ?

- Cela veut dire quoi aryen ?

- Silence, petit russe, où je t’envoie envahir ton propre pays.

- Oh oui ! Oh oui ! Je suis si pauvre ici.

- Oui, il est temps que vous partiez pour le Drang nach Osten, tous les deux. Et que vous fassiez monter le prix de l’immobilier et baisser celui de la vie humaine. Car cela va de pair, pas vrai ?

J’avais remarqué que Horbiger parlait sans pointe d’accent teutonne maintenant, ce qui pouvait limiter l’effet comique de sa voix, sauf pour ceux que son accent énerve. Il était dépourvu de sa légendaire barbe de savant fou, maintenant, semblait grandi, quoique assis sur son dynamique fauteuil. Sniper Fräulein toute irradiée par l’amour se tenait derrière lui, le précédait et l’entourait de ses petits câlins. L’appartement était gigantesque, d’Artagnan me certifia qu’il avait le pouvoir de s’agrandir à volonté, comme celui de Dieter. Mais surtout il était sans meubles.

- Mais Horbiger, pour ton petit déjeuner, il faut une table ou bien des chaises, n’est-ce pas ?

- J’ai ! J’ai ! Mais je ne veux pas que cela altère la pureté de mes mètres carrés.

- Que veux-tu dire ?

- Le meuble pollue, le meuble encombre, le meuble est métissage. Ici je veux un massif d’une grande pureté. Une immensité toute nue. Une beauté aride et stérile. Un beau rêve de pierre, entends-tu ? Je veux la célébration de mes mètres carrés, et rien d’autre, tu entends ? Une magique célébration cubique et hors de prix... Au fait, tu étais chez Lubov, cette nuit ?

- Oui... Enfin, plutôt avec sa nièce en vérité.

- Un bon ashkénazi, lui aussi. Comme mon bon docteur Mendele, qui va bientôt passer me piquer... J’ai beaucoup aimé l’Odyssée de l’espace.

- C’était avant 2001, Orbi, c’était avant 2001... Maintenant on va vers un rétrécissement de l’espace.

- Tant mieux... mais que fais-tu, petit russe ? Petit rusé, lâche le Staubsauger.

- Mais master, je veux conquérir de l’Est...

- Eh bien partez ! partez pour le Drang nach Osten.

- Merde carrefour ! Je demande l’exil politique !

- Et moi l’asile psychiatrique...

- A l’ex-Union soviétique !

C’est ainsi qu’en plein milieu de sa confession fleurie Horbiger envoya les Gavnuks conquérir l’Est. Mais quelle ne fut pas sa surprise, lecteur, tu le sauras bientôt, lecteur. Mes autres amis se dispatchèrent dans l’atmosphère délétère du grand khan, pardon du grand camp, espérant sans doute bien grappiller ça et là quelques m² (opération qui je le reconnais un rien me rendait nerveux moi, comme dirait Superscemo, car on se doute qu’enfin Horbiger avait prévu le coup), alors même que je découvrais pour la première fois au cours de ce présent voyage l’usage et l’existence de la télévision.

Oui, cher lecteur : Horbiger avait Fräulein, qui ne cessait de se toucher le buste, comme si elle eût rêvé de devenir un éphèbe hellène (un nez faible et laine ? dirait Mandeville, soudain bien loin dans le grandiose et haussmannien appartement daté), et il avait aussi la télévision.

Il m’invita à bien écouter le programme - ou à le regarder ? - tandis que l’on nous portait enfin des chaises.

Werner fut annoncé. Il annonça la visite de Parvulesco pour plus tard. Lui-même avait filmé les Souffrances du jeune Horbiger durant toute la nuit, et ce matin il se voyait souverain avec notre amant éthéré. Il semblait très heureux.

Il y avait un reportage. On parlait des vols de maîtres carrés. On interviewait un très prestigieux procureur :

- Comment expliquer cette recrudescence de vols de m² à l’arracher ?

- A la fois au cours du m² qui a beaucoup augmenté, passant de 6 à 9 000 horions, à la multiplication de sociétés d’achat de m², qui en font la publicité ; et à la tentation de certains de revendre les vieux m² des autres.

- Que deviennent les m² dérobés ?

- Les magasins d’achat prolifèrent en ville ; certains sont présumés peu regardants sur l’origine de la marchandise...

- Et comment réagir face à la violence montante ?

- Ces vols visent la plupart des personnes vulnérables. Cela crée un sentiment d’insécurité désastreux. On est tous bien décidés à y mettre un terme.

Horbiger coupa le volume, non sans hésitation, car il pensait que cette décision allait peut-être entraver le développement justement de son précieux volume. Je vis que Fräulein ne cessait de remuer ciel et terre sous sa poitrine, mais mon hôte reprit.

- Où sont passés tes copains Mandeville et d’Artagnan ? Je les vois venir, les petits Français, toujours prêts à voler aux étalages...

- Mais Horbiger ?

- Je te garantis que je vais les envoyer dans des camps qui n’auront rien de déconcentration, moi. Je vais les faire prendre.

Il sonna. Quelques majordomes s’en allèrent à la recherche de l’espace perdu par Horbiger ou d’Artagnan. Pendant qu’Horbiger organisait sa chasse d’eau en Bavière (mais je le laissais faire), d’autres serviteurs rangèrent son fauteuil et même son écran plat. Je voyais Fräulein toujours livrée à ses problèmes bustiers. Elle souriait vaille que vaille.

- Fräulein, qu’avez-vous ?

Ach, j’ai un problème d’implantation mammaire.

- Ma mère ?

- Non, mammaire, ach... Je souffre beaucoup.

- Expliquez-vous...

- PIP fabriquait trois gammes de prothèse mammaire, lisse, texturée ou micro-texturée... Chacune avait un toucher différent.

- Très bien !

- Mais la matière était la même ! Une différence de prix de un à trois ! Ensuite j’ai dû faire une explanation...

- Une explication, Fräulein, s’il vous plaît...

- Une opération immobile, hier, consistant à se faire retirer son implant. Toutes devront s’y rendre, et nous devrons envisager une action de type industrie automobile. Les porteuses devront, rappelées par leur numéro de série, se présenter à leur chirurgien, pour faire changer leur implant.

- Mais Fräulein, quel rapport entre vos mamelons et votre immobilier ?

- Des implantations ! Des investissements ! Et maintenant des explanations !

- Et Horbiger ?

- Horbiger est très content ! Il veut libérer le sol, l’espace de tout présence impure, y compris mammaire... Il veut une race pure, une espace pur, Frei Raum, opération Lebensraum...

- C’est beau, l’explanation. Merci de tes explications, Fräulein.

Je restais interdit, doutant de la logique de ma douce amie, et du sort de mes moscoutaires perdus dans les méandres des corridors horbigériens. Je sentais une glace comme je n’en avais pas ressenti ni vu depuis les Enfers. Je reconnus Orcus et ses feux redoutables...

***

On frappa. C’était Nabookov et notre chère Tatiana. Ils entraient avec Parvulesco, qui pensait que Horbiger était le gauleiter futur du monde neuf, où se saisir à neuf. Mort aux pauvres, dont d’ailleurs il était. C’est toujours comme cela du reste que commencent les révolutions : par une volonté des pauvres ou des riches de tuer d’autres pauvres, au nom de la richesse. De tous temps, les révolutionnaires se sont faits une certaine idée de la richesse.

Tout de suite Fräulein, quand elle vit Tanya, se fit verte, bleue, même jaune, écumante de rage. Je crus qu’elle allait succomber.

Elle tint bon. Mais elle dégaina la même mitrailleuse avec laquelle elle avait dévasté l’échine de Horbiger le jour précédent. Sur qui ferait-elle feu, en ce moment précis, mon impétueuse teutonne ? Nabookov eut le don de détourner en hexasyllabes, sinon la conversation qui ne venait toujours pas, du moins la mire de ses objectifs variables.

- Mais où est Horbiger ?

- Il est parti aux Amériques... Il chasse les moscoutaires, sur quelques arpents de terre.

- Au fond de son appartement ?

- Il est plus loin que le cap Horn... Avec Wolfgang un tel.

- Mais quel aristochat !

- C’est un autrichien.

- J’aime cet Horbiger, détenteur d’arpents purs...

- Le voilà qui revient.

Horbiger revenait, en effet, des chasses hauturières. Sur ses roues du destin, il n’avait rien trouvé. Mais de l’épique chevauchée, il gardait bonne mine. Sous bonne garde, épine ! C’est ainsi que céans, au frais de ses amis, on s’amuse...

Grâce à Dieu, Horbiger ne venait pas avec les restes de Mandeville et d’Artagnan suspendus aux bouts de pique. Mais, comme un grand veneur, flanqué de sa puissante compagnie, il dégageait une force puissante, je dirai même forestière.

Nous y étions : en compagnie puissante donc, la ronde du petit matin. Et le petit déjeuner végétarien. Il y avait des spaghettis.

- Des spaghettis, Horbiger ?

- C’était le plat préféré de Tonton.

- Tonton ?

- Nous avons aussi du maracuja brésilien, des oeufs de poule bolivienne et des feuilles de coca. Le tout accompagné de café colombien, à trente mille horions la livre.

- Mais c’est une merveille, cette nature non résiliente...

- N’est-ce pas ? Entamons. Comme dit l’autre, Am anfang war die apetite.

- Oui...

- Ceux qui vainquent, ce sont ceux qui ont le plus faim.

En disant cela, Horbiger s’étira sur son fabuleux siège. Il se fit masser par Fräulein, qui semblait revenue à de meilleurs sentiments. Puis, ayant gobergé son douzième oeuf, comme un feu roi soleil, il égrena ses rimes :

- Mais que l’on fasse entrer Don Juan Parvulesco.

- Si fait, votre majesté.

Ach, nous y sommes. Un grand moment de vérité.

Et Johannes entra, d’un air de chat botté, d’un air apitoyé. Je ne le reconnaissais plus, le vieux maître : nerveux, énergique, serein, un vrai botté. Il défia d’un fier regard d’ambitieux cet espace infini d’où d’Artagnan et Mandeville s’étaient toutefois échappés, et il nous déclara tout de go :

- Je vous admire, et je vous félicite.

Ach ! Warum ?

- Je savais que vous en étiez.

- De quoi ?

- Des nôtres, pardi. Galactique ! Vous êtes galactique ! Viracocha !

Was ?

- Cette invasion, celle des Viracocha donc, puisque je constate que vous êtes aussi peu au fait de votre éminente et transcendantale responsabilité, est attestée par la légende des hommes blancs et barbus... A l’heure actuelle, Viracocha signifie maître et sert pratiquement à désigner, ou, comme je sais que vous le préférez...

Was ?

- Le Blanc. L’aryen absolu.

- Ah ?

- L’indo germanique si vous préférez, maaaaaître !

- Magnifique ! Vous aurez un mètre carré !

Horbiger, bon couguar, tel un empereur romain jetant son esclave aux murènes, jeta au pauvre Parvu quelques crottes de Lascaux, car ainsi nommons-nous, maintenant, chers terriens, ces mètres carrés pour qui vous tuez tant. Et ainsi le nommera-t-on désormais, ce cher Jean, maître Parvu Lascaux, puisque la grotte de Lascaux, et ses tableaux rupestres, sont si inestimables, qu’on ne peut même y descendre. Quand il s’en fut repu, Parvu Lascaux ne se sentit point décontenancé. Il se redressa, et derechef il déclara :

- Maintenant je dois vous dire le sens de votre mission.

- De ma quoi ? ironisa Horbiger, qui avait mal entendu, ou avait pris ses aises.

- Ecoutez, je sais que vous êtes. Mieux encore ! je sais qui vous fûtes, et celui qu’allez devenir. Je sais les députés péronistes et les géologues qui voient dans l’élévation des continents la conséquence de la fonte des glaces...

Ach ! Was ! Warum ! Prima gut !

Horbiger était enchanté, wunderbar. Et je sentais que mon vieux Parvu Lascaux avait, en bon chat botté, plus d’un tour dans son havresac pour l’enchanter plus encore. Mais il alla plus loin.

- C’est pourquoi je suis allé plus loin que tout, maître.

- Que quoi ?

- Mais que tout. J’ai défié les lois divines, humaines et physiques ! J’ai envoyé l’ange maudit aux Enfers pour vous ramener, maaaaaître !

- Mais tu me prends pour Dracula, mon diable de Roumain ! En plus, ils m’ont fait perdre à Stalingrad !

- Qui ? Les Romains ?

- Mandeville ! Les Roumains !

Mandeville venait de rentrer en effet, lui et sa légendaire sottise, mais sa rentrée prouvait enfin que la troupe Krupp de l’Horbiger n’avait pu venir à bout de notre cher d’Artagnan et de son escrime subtile dédiée au défi lancé aux maîtres dits carrés. A moins qu’il n’eût... A moins qu’il n’eût été aidé une autre fois par le si énigmatique Drake ? Ou qu’Horbiger eût des projets pour nos moscoutaires ?

Mais Parvu Lascaux n’en démord pas. Et face au Horbiger, il évoque Morholt.

- Mais c’est qui Morholt ?

- Le monstre indéterminé ? C’est vous ou le bolchevisme ?

Warum, bitte ?

- Ou la Russie soviétique ? Le monstre moderne...

- Je préfère la Russie soviétique. D’ailleurs, mes Gavnuki s’en chargent au pas de l’oie, Guscinny schag...

- Pardonnez mon cher maître j’ai oublié ces références... Mais je vous le dis en vous suppliant. Luttez contre lui.

- Qui ?

- Contre Morcom. Le génie luciférien de la finance mondialisée. Contre l’horreur anglo-saxonne. Il tue même ses enfants. C’est l’enfant de Turing et de Wellington, le fils de Blake et de Nelson, l’enfant de mort et capital...

- Qu’en penses-tu, Gerold ?

C’était la première fois, je le dois dire depuis longtemps, que Horbiger me demandait mon avis. Dans le même moment, Parvu Lascaux m’adressa son petit regard palpitant. Je me levai, avec la moue bien dure. Hélas le grande nombre d’intervenants rend quelque peu confuse cette reprise du pouvoir et de la parole.

- J’ai eu des songes, ces soirs noirs. J’ai vu des capitales. Et je sais que du ciel.

- Vous savez que du ciel...

- C’est Londres qu’on voit le mieux !

- C’est Londres qu’on voit des cieux !

- C’est l’Ombre qu’on voit le mieux !

- Un astre en vérité ! mais cette tresse tombe...

- Je voudrais vous conter... le grand acquisiteur...

- Le grand conquérant quoi ?

- Taisez-vous, la greluche ! On n’est pas nulle part, et l’empereur est mort !

- Vive l’empereur !

- Phrase réactionnaire ! On se croit en Autriche !

- Eh bien quoi ? C’est ça le service, non ?

- Oh ! tu fatigues...

- Nous en irons donc, et dès le lendemain, nous soumettre à ton plan, de vile extraction, adorer ton plaisir, ta vigilante faim, nous soumettre à la fin, qui rien nous promettait, ô vile effraction...

- Je ne comprends plus rien à la conversation.

- Il a raison. Taisons-nous.

- On se tait.

Et notre petit groupe d’abandonner cette suite d’ecchymoses verbales certainement lassantes pour toi, lecteur, et de recommencer à petit déjeuner. Tatiana avait préparé des pirojki dont Nabookov était fou, comme toute la petite compagnie. Fräulein fit une moue atroce en voyant la suprématie ukrainienne une fois de plus affirmée à la face du monde. D’autres invités survinrent, et il fallut chercher des meubles. Horbiger nous expliqua alors qu’il avait fait fortune en une nuit en vendant des m² d’ici au prix de là-bas et vice versa ; qu’en outre, il avait déjà doublé le prix de vente de son immobilier latino-américain. Il espérait agrandir son appartement désert de quelques milliers de m² supplémentaires, et cela chaque jour. Parvu Lascaux l’écoutait avec un respect mué teinté d’adoration.

- Il faut à tout prix que je vous présente Morcom. Il faut que vous partagiez le monde ; vous aurez, comme le disait Haushofer, le Heartland, le grand continent eurasiatique, pendant que Morcom s’emparera du Rimland, de toutes les îles débauchées du monde caraïbe...

- Morcom, je lui laisse son cordon syphilitique ! Pas question de discuter avec ce couillon ! On tomberait de Caraïbes en sida...

- Très drôle, vénérable maître.... Mais il faut que vous envahissiez le Tibet, c’est le toit du monde.

- J’ai connu aux Enfers un alpiniste crétin des Alpes tyroliennes qui y avait passé sept ans... Il s’était ennuyé comme un cochon. Depuis qu’il y a les Chinois, les prix ont monté comme à Garmisch. Ach, la spéculation en montagne, les pistes de ski, les boîtes de nuit, les nuits des longs couteaux, les...

- Mais Haushofer...

Scheisse, avec ton Haushofer ! Je l’ai connu aux enfers, lui aussi ! On se foutait tous de sa gueule de zozotériste.

- De zoo et de terroriste ?

- De zozo et d’ésotériste, Mandeville. Le docteur Horbiger ici présent pense comme tous les gens sensés que l’ésotérisme ne mène nulle part.

- Sauf si tu construis un temple au milieu d’une cité solaire et que tu attends que les prix montent... Tout fa monter, les enfants... Achetez du désert...

- Du dessert ?

- Le désert augmente, malheur qui recèle des déserts... Encore un autre idiot teuton.

- Il faut se bourrer de désert.

- Vous en reprendrez bien un petit peu ?

- Du désert ?

Mein Schatz ?

Ya wohl, mein Liebe ?

Fräulein avait voulu reprendre l’initiative après l’affaire des pirojki qui l’avait cruellement marquée. Elle brandissait un journal qui évoquait un spectacle. Il semblait bien moderne, le journal. Sans doute cette femme si moderne commettait-elle de graves erreurs, motivées par sa passion totale pour son fou rire découvert aux Enfers et crucifié hier.

- C’est notre Parzifal national...

- Ce n’est pas une tantouze comme votre Perceval, lui. Il a un destin...

- Je lis, meine Liebe... Parzifal est un fiston à sa maman qui le travestit en fille et lui donne un nounours en peluche pour s’amuser. C’est radical pour en faire une agréable tata.

- Attends, femme. Qu’est-ce que c’est que cette Scheisse ??? Une insulte à la Kultur ? Mais je vais raser cette ville, moi, je la viderai totalement, il n’y aura plus de spectacle, rien que des maîtres carrés...

Je sentais l’incident venir, car Horbiger, échaudé par la courtisanerie de Parvu, n’était sans doute pas prêt à recevoir dans le siphon un article insolent à l’encontre de la prestigieuse Kultur germanique.

- Des maîtres tarés ?

- Pas de veine, Parzi continue à rêver d’épée...

- Des pets ?

- Assez, Mandeville, le docteur va s’énerver.

- Qu’il s’agace ! Tant qu’il ne nous gaze pas.

- ... d’armures, de tout le tremblement de la chevalerie. Un beau jour, il part en quête. C’est qu’il veut voir le monde, le gamin.

Ach ! je préfère ça.

- Je finis : Et puis, disons-le franchement, cette histoire de Graal, aussi artistiquement impliquée, empaquetée soit-elle, finit par nous taper sur le système.

Was ? Tu n’avais rien de mieux à me lire, espèce de teutonne de l’Ouest ? Ukrainienne, un peu plus de pirojki je vous prie.

Et là, non seulement Horbiger mangea le pirojki, mais il regarda Tatiana, et il lui sourit. Il ajouta même qu’en dépit des ordres formels du début de la guerre, plus d’un grand soldat Allemand s’en était retourné dans sa patrie avec sa fiancée... C’était le triomphe total de Marthe, mais d’une Marthe silencieuse, qui ne demandait pas tant à Marie de collaborer, qu’à l’hôte des hôtes d’apprécier sa Yeda. Mais c’en était trop pour Fräulein qui vit, rougit et pâlit à la vue du sourire Urbi et Orbi. Elle se précipita sur ses armes secrètes, mais Mandeville et d’Artagnan l’avaient précédée. Ils l’immobilisèrent et même la bâillonnèrent. Horbiger la regarda avec commisération puis avec même un certain mépris.

Elle m’emmerde. Qu’on la fusille !

Ce soir, vous aimez Potemkine ?

On pourrait l’aspirer, peut-être ?

Nabookov jugea prudent de se retirer, et il retira surtout son épouse, qui restait de porphyre. Horbiger toléra cette sortie d’autant que d’autres invités rentraient, car c’était l’heure du brunch, et qu’il y avait beaucoup d’hommes politiques parmi eux, qui savaient qu’il était le surhomme qui montait.

***

Je pensais me retirer aussi, méditant cette histoire de Morcom, quand Horbiger me fit signe. A cet instant, je crus qu’il allait se lever de sa chaise roulante. Se pouvait-il qu’il ne fût pas paralysé des jambes ? J’avais des doutes sur tout, mais surtout maintenant je sentais qu’il était une puissance sur laquelle il faudrait compter, ce que je n’avais été, moi... je voyais d’Artagnan à son service, presque à son chevet, et...

- Viens ici...

- ???

- Je veux te montrer quelque chose. Ma collection, c’est mon exhibition d’art moderne. J’aime les exhibitions. L’espace est libre et pur de toute intrusion mobilière. Il y a des tableaux qui sont parfois plus cher que les m² eux-mêmes.

- C’est des toiles de mètres...

Ya ya...

- Et on peut s’évader dans les tableaux, on peut se livrer à des méditations inactuelles, à des spéculations transcendantales, comme dirait notre petit chat botté... j’aime les exhibitions. Les gens sont debout, il n’y a pas de meubles, pas de lits, ils ne prennent pas de place, nos braves gens.

Alors il se dirigea vers un des couloirs qui menait à cette salle d’exhibitions. Nous étions accompagnés par une bonne troupe de gens venus pour voir le nouveau guide vert-de-gris de l’immobilier, venu pour partager un brunch, venus pour discuter de l’art d’avant-garde. Horbiger était royalement poussé, son fauteuil roulant devenant, du fait de la concentration de ses admirateurs et quémandeurs, une vraie chaise à porteurs.

L’appartement était gigantesque, peut-être illimité. La résidence Lebensraum couvrait déjà plus qu’un étage d’immeuble, comme un pâté de maison. La salle d’exposition semblait immense aussi, et susceptible de donner lieu à ces espaces glissants qui m’avaient tant frappé chez Morcom et les autres. Mais Horbiger avait fait vite.

Elle s’appelait la Galerie de la Glace, titre, mon bon lecteur, que notre bon ami avait choisi en hommage à sa théorie sur la cosmogonie glaciale.

Il n’y avait que quelques toiles, ce qui illustrait sa théorie de l’espace pur, et contraignait les badauds à se concentrer devant de rares chefs d’oeuvre, laissant l’initiative au vide, ou plutôt au désert. Il me montra un étrange tableau très réaliste représentant un représentant en train d’acquérir des terrains quelque part en Patagonie ou dans les steppes d’Asie centrale. Gorgés de pétrole puis de résidences ducales.

- Tu fois, c’est le grand acquisiteur...

- Le grand inquisiteur ?

- Mandeville !

- Acquérir, le geste suprême, serein, impérial, beau... Le geste du grognard, le geste conquérant...

- J’ai des doutes...

L’acquisition demeure la raison d’être de tout, elle est l’origine de toutes les opérations que le monde qualifie de pas très propres. Certes il y a quelque chose de répugnant dans le caractère de notre ami ; et le même lecteur qui, chaque jour, cependant, rencontre pareil homme, partage avec lui le pain et le sel, vivant ainsi des heures agréables, le méprisera et l’aura en horreur en le reconnaissant dans le héros d’un drame ou d’un poème.

Pendant que je me remémorai ces lignes d’un grand poète que j’avais jadis inspiré, et qui traitait aussi d’affaires étranges, Horbiger se lançait dans des péroraisons brillantes et peu variées.

Il nous montra ensuite d’autres oeuvres toujours peintes dans ce schéma hyperréaliste, comme on dit aujourd’hui. Nous avions appris le nom d’un tas de peintres, qu’il fallait rendre célèbres pendant un quart d’heure suivant le schéma de la petite warhole, comme dit Mandeville, pour les rendre plus chers. Horbiger parla alors de la nécessaire fonction de la vision, qui n’a plus rien à voir avec la vision du Greco ou d’un poète, bien plutôt avec la vision de l’enferiste, toujours dixit Mandeville, évoquant un collectionneur affairiste moderne. Il me semblait d’ailleurs que ce dernier, comme mon bon d’Artagnan, avait été recruté par notre surhomme ; mais dans quel but et pour combien de temps ?

L’exposition se poursuivait avec l’évocation de la dure genèse ou jeunesse plutôt de notre héros -héraut ? - et une toile intitulée Le roman noir d’une chemise brune. L’artiste avait voulu célébrer la grandeur d’âme de Horbiger au temps de la Vienne impériale, où avaient su si bien se mêler des populations si diverses, et pour le plus grands bien de tous. La pauvreté avait été l’occasion de souffrances innombrables pour mon surhomme, et il en avait logiquement conclu qu’il aurait le droit de dépeupler, une fois arrivé au pouvoir. Le même peintre avait décrit les années de voyage et d’apprentissage de mon héros, et c’était le guide vert-de-gris de la Patagonie... Pourquoi la Patagonie, d’ailleurs si chère aux Juifs agacés de l’antisémitisme et alors inquiets de l’agitation de l’orient dit moyen ?

Lorsque j’étais descendu aux Enfers, j’avais senti l’importance de cette terre de feu, de glace et bien de feu, pour mes hôtes mystérieux. Arrivé en haut, au pouvoir cette fois, Horbiger avait voulu lui rendre hommage. Mais s’y était-il rendu de son vivant, pardon je veux dire avant sa descente aux Enfers... il me faudrait lui demander, mais cela serait difficile, vu le nombre d’interviewers qui l’enserraient de leurs réseaux subtils.

Les idéals se succèdent, on les dépasse, ils tombent en ruines, et puisqu’il n’y a pas d’autre vie, c’est sur ces ruines encore qu’il faut fonder un idéal dernier.

Venait ensuite un tableau dépeignant les efforts sportifs de ma vedette, intitulé Le chevalier plus tonique. On y voyait Horbiger en perchiste autrichien aux Jeux de Berlin, quand l’Autriche était encore une nation, et pas une province du Reich. Et Horbiger faisait tout ce qu’il pouvait pour tomber de sa perche, voulant par là prouver que l’Osterreich n’existait pas, ne pouvait pas exister, n’existerait pas, et qu’il n’y a qu’une seule grande Allemagne. Ce cours de défaite supérieure précédait deux plus grandes toiles, assez grandioses en vérité, et qui se nommaient Bal tragique à Nuremberg et surtout L’an prochain à Berchtesgaden. Ces splendeurs de l’art pictural, qui mesuraient chacune vingt bons m², illustraient les tentations grandiloquentes de notre homme, certains diraient mégalomaniaques.

La descente aux affaires évoquait plus discrètement les richesses plutoniennes dont je t’ai déjà parlé, lecteur. Les entrailles de la terre regorgent de métaux et terres rares, dont sont friands vos industries ; et il se pourrait que Horbiger en ait la clé et la propriété, avec sa bonne main et son espace supérieur.

Une vie se poursuit, une vie se termine. L’artiste célébrait maintenant les défaites du titan. Il y avait Mon compas, par Adolphe Equerre ; Sparte accuse, la fameuse Bataille des champs patagoniques, qui avait permis à mon diablotin de remonter parmi vous, mes lecteurs, et le manuscrit trouvé à Stalingrad qui détaillait les raisons d’une défaite dont j’ignorais même l’existence à mon arrivée sur la terre, raisons qui avaient nom les Roumains et les Italiens, mais Horbiger est souvent si partial, pardon, spatial...

Et puis il y avait un beau tableau bien lyrique, où Horbiger bien nu, en dieu du Valhalla, défiait le cosmos et se prononçait comme d’ailleurs moi en mon temps dans le silence éternel des espaces infinis contre toute faiblesse paroissiale ou autre.

Bref il y avait de quoi voir, et je ne saurais trop te recommander, lecteur, de te rendre à cette exposition - explosition ? - métropolitaine à la gloire du grand acquisiteur, des maîtres carrés et des millions et des milliards d’horions.

***

Je m’étais sans le vouloir un peu éloigné de mon idole, et j’avais été un peu bousculé par la foule cocasse de ses adorateurs, quand mon attention fut attirée par une relative agitation plurielle, dans un coin de la grande galerie de la glace. Je m’approchais : il y avait des individus, et même des enfants qui s’ébattaient devant des peintures. Ciel ! C’étaient Maubert et Sylvain ! Il y avait même Pierre et l’éternel Baptiste ! Ils organisaient une contre exhibition en quelque sorte, destinée à se moquer de la mégalomanie du mentor du Lebensraum.

On avait sur d’affreux gribouillis écrit d’autres titres tout aussi ronflants et parodiques que possible. L’exposition hostile se nommait l’Etre de mon Bunker, et elle tançait les marottes de notre fou rire venu des affaires, pardon de Mein Führer venu des Enfers. Le secret de Maître Corne Heil montrait un meunier dont le moulin allait trop fort, et à qui il ne restait que des mètres carrés de gravats à la fin.

Plus drôle encore était la chèvre de monsieur Sieg Ein, qui dénonçait les obsessions immobilières d’un vieux propriétaire, et la volonté de vivre et de puissance d’une jeune fièvre, pardon d’une jeune chèvre, qui fonçait sur les jeunes chamois à travers les genêts.

Maubert qui me salua enfin, quoique je demeurasse discret, pour ne pas attirer l’attention des sévices de sécurité, avait aussi illustré le tiers étage ; et de dénombrer l’insatiable appétit de certains, et de tous, et la médiocrité de cette vie mal logée. Je vis alors Anne-Huberte qui tournait en patins en tenue bien violette et mangeait des pirojki qu’avait dû lui remettre Tatiana - elle n’était pas sortie, elle ? -, pendant que Sylvain mettait une dernière couche à son tableau intitulé l’Ecume des tours ; tableau abstrait, comme tu l’auras compris, lecteur.

Tout cela donnait vie à l’exhibition ; et, alors que nous nous attendions à des mesures de représailles, nous eûmes au contraire la douloureuse surprise de nous voir entourés de fans, journalistes et supporters venus célébrer les mutins de Panurge, les provocateurs endiablés, les artistes rebelles et les militants d’Art up. La baronne était là, pendue à Mandeville, la sibylle était là, et Dieter, Suce-Kopek, et les autres. Tous adoraient le projet, sa fraîcheur, son audace, son truc. Même Horbiger parut content, quand il arriva, poussé autant que porté par dix adorateurs muets.

***

Alors, il tira un grand rideau noir, blanc, rouge et il nous montra le Futur Testament. On voyait une boîte, un aviateur et une fillette.

- Vous savez ce que c’est ?

- Non, Maître, non...

- C’est une boîte...

- Et un mouton dedans ?

- Non, il n’y a rien dedans.

- Merveilleux !

- La petite Fräulein ne veut rien voir dans cette boîte qu’un bon maître carré !

- Vive Horbiger !

- Et demain même un bon mètre cube !

Heil heure-big-heure !

- Venez voir !

- Venez boire ?

- Mandeville !

- On va voir !

Ein grosse désastre !

Nous nous ruâmes tous devant un poste de télévision géant et très plat. On y projetait un reportage sur la prise... de Berlin. Qu’avait-il pu se passer ?

On y projetait un film sur la guerre et la paix, et qui narrait les mésaventures des Gavnuks alliés aux Allemands au temps de ton cher Napoléon, mon bon lecteur francophone. Et voici ce qu’il en résultait.

- Pourquoi s’est-on arrêtés ?... La route serait-elle barrée ?... Est-on déjà sur les Français ou quoi ?...

- Non, on n’entend rien. Ils auraient tiré.

- Tout à l’heure, on nous pressait, on part, et voilà qu’on s’arrête sans savoir pourquoi au milieu d’un champ... Encore ces maudits Allemands qui embrouillent tout ! Au diable ces imbéciles...

- Oh maudits Allemands ! Ils ne connaissent même pas leur propre pays.

- Quels ordres stupides ! Ils ne savent pas eux-mêmes ce qu’ils font, dit l’officier, et il s’éloigna.

Tout de suite Horbiger s’approcha de l’écran et vit que quelque chose, comme vous dites maintenant, ne tournait pas rond. Et ce n’était pas tout : après ce bref extrait des guerres napoléoniennes, nous eûmes la surprise, la douloureuse surprise s’entend, pour certains d’entre nous, ou d’entre eux, mon lecteur, ou d’entre eux, de voir Superscemo et Siméon sur le petit, ou plutôt sur le grand extra plat écran, comme dirait Superscemo, et ils prenaient Berlin. Sur leurs tarantass ils attaquaient la royale cité prussienne, et ils la prenaient à la tête d’une arme russe blanche et même rouge. Maubert goguenard commentait la scène pendant qu’Anne-Huberte soufflait des bulles immobilières sur le monde comme il va.

- Ils prennent Berlin... Ils prennent Berlin...

- C’est l’opération Berlin l’enchanteur, dixit Superscemo lui-même.

- Ils prennent Berlin... Ils prennent Berlin...

- Berlin l’enchanteur, c’est un festival d’art dur, pas vrai Gerold ?

- Un festival d’Arthur ?

- Bravo Mandeville !

- Dans le mille Mandeville ! Arthur et Berlin ?

- Ils prennent Berlin... Ils prennent Berlin.

Horbiger écumait de rage. Il tomba de son fauteuil roulant, et il y remonta sans crier comme toujours : Mein Führer ! Je marche ! Cette fois, cela ne marchait pas. Il se contenta d’éructer, alors que Fräulein revenue lui proposait un suicide dans le petit bunker assiégé par les troupes russes ; oui, mais ses propres troupes russes ! Il fallait reconnaître qu’il n’avait pas de quoi être satisfait. A coups de Staubsauger, de Magic Toilets & Co, les Gavnuki avaient fait bien des dégâts parlementaires ou autres dans la royale cité berlinoise.

- Les petits traîtres, les petits traîtres... ce sont des tartares, des asiates, des tartaro-kalmouks. je les réduirai en esclavage, j’en ferai de la farine animale pour nos cochons, je les déporterai en Sibérie ou même en Cybérie, je les réduirai en poudre...

- Horbiger !

- Je leur vendrai des mètres cubes au fond des océans au prix du boulevard des Germains, je les forcerai à l’acheter et à la consommer... Je les dépècerai pièce par pièce, je les dévorerai à dents nues...

- A dents nues ? Il a la dent dure !

- Ils seront nus comme la pièce !

- De belles pièces en vérité...

- Ils boiront la Tass jusqu’à la lie, ces petits bolcheviks...

- Mais Horbiger, enfin !

Was ?

- Berlin est à l’Est !

Il me regarda d’un air méprisant et supérieur, le front plissé, comme si je venais de lui faire un affront.

Und ???

- Et c’est le Drang nach Osten !!! Vous leur avez commandé d’envahir l’Est, ils se sont exécutés.

Mein Goth ! C’est vrai... Suis-je bête tout de même.

- Une bête immonde, en vérité...

- Je pensais qu’ils iraient vers l’Est... Vers Sophie...

- Varsovie ?

Et c’est ainsi que je sauvais la tête ou la peau des petits Gavnuks qui sans cela... auraient mis Berlin tout à sac. Horbiger s’adonna à une de ces spéculations métaphysiques dont il avait le secret depuis son voyage aux affaires, et il conclut philosophiquement.

- Qu’on rachète Berlin Ouest au tarif de 1945.

C’est par cette formule légendaire que prend fin le chapitre sur le petit déjeuner Végétaryen, qui est aussi à censurer. On dit que Horbiger aurait aussi ajouté ces phrases interrogatives destinées à dépeindre son momentané moment de dépression dû à la trahison supposée de nos si chers Gavnuks :

- Qu’est ce qui est mal ?

- Hein, Horbiger ? Tu demandes toi ce qui est mal ?

- Les gars ! Orbi demande ce qui est mal ! Orbi guerre et paix !

- Qu’est-ce qui est bien ? Que doit-on aimer ? Que doit-on détester ? Pourquoi vivre ? Et que suis-je, moi ? Qu’est-ce que la vie ? Qu’est-ce que la mort ? Quelle force gouverne tout ?

(à suivre)

23 septembre 2011 - lien permanent

Serge de Beketch : 'Mémoires Inachevés', présentés par Nicolas Bonnal et Danièle de Beketch

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par Serge de Beketch et Patrick Gofman, lors de l'émission du 11 avril 2007 sur Radio Courtoisie. (0:38)


Archives du Libre Journal de Serge de Beketch en ligne

Archives du Libre Journal de Serge de Beketch à télécharger

Nicolas Bonnal : 'Les voyages de Horbiger, ou les Maîtres Carrés'

Patrick Gofman : 'Dictionnaire des Emmerdeuses'

Nicolas Bonnal : 'Mal à Droite - lettre ouverte à la vieille race blanche'

Laurent Blancy : 'Atlas de géopolitique révisé'

Patrick Gofman : 'Vengeances de Femmes'

François Brigneau : 'Faut toutes les buter'

Jean-Paul Chayrigues de Olmetta : 'Almanach du Marquis 2009'

Laurent Glauzy : 'Extraterrestres - Les messagers du New Age'

Retrouvez le Libre Journal de Serge de Beketch sur Radio Beketch,
avec Victoria, J.-P. Rondeau, F. Roboth, Le Marquis et Gofman.

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